A
la fin de novembre dernier, les autorités ont accusé
Nabil Al-Maghrabi, un des fondateurs de l'Organisation
unie du Djihad et condamné en 1981 dans le grand
procès du Djihad à la suite de l'assassinat
du président Sadate, de tentative d'évasion et de
reconstitution des groupes de l'organisation. Par
ailleurs, lors de la première semaine de janvier,
les autorités
sécuritaires ont annoncé l'arrestation de 43 personnes
accusées d'appartenir au Djihad et de préparer
des opérations terroristes contre des intérêts étrangers,
américains et israéliens, en Egypte et de grandes
personnalités et des institutions vitales dans le
pays. Les autorités avait accordé un intérêt pareil
à ce même groupe il y a environ 6 mois en arrêtant
des dizaines d'islamistes accusés de réanimer le Djihad
et d'organiser des opérations de violence et de terrorisme
contre différents objectifs.
La première
remarque à faire concernant les deux événements est
que dans le premier, les personnalités sont reconnues
pour leur appartenance au Djihad. Les plus
célèbres sont Nabil Al-Maghrabi et Yasser Al-Serri,
condamné à mort et actuellement en fuite à Londres.
Mais, les noms figurant dans le second procès sont
tout à fait inconnus non seulement pour les experts
dans les affaires islamistes mais pour les islamistes
mêmes. Si les accusations dans ces deux procès sont
vraies, ceci signifie qu'il y a une continuité entre
les différentes générations du Djihad qui se
transmettraient les idées théoriques et les points
de vue. Ceci signifie également que leurs théories
sont susceptibles de renaître et de se réactiver malgré
les nombreuses années qui séparent les générations
et malgré les nombreux événements qui prédisaient
le contraire.
En réalité,
il faut considérer cette déduction avec énormément
de méfiance. Les circonstances actuelles de ce qu'on
appelle le Djihad et les ambiguïtés des deux
procès n'aboutissent pas à cette déduction. Premièrement,
en parlant du Djihad, il ne faut pas le considérer
en tant que groupe au sens propre du terme et le comparer
par exemple avec la Gamaa islamiya qui est
complètement différente du point de vue organisation.
Il est historiquement connu que ce groupe n'a été
formé en tant qu'entité unie que dans les années 1980
quand l'auteur du livre Al-Farida (L'Obligation),
Mohamad Abdel-Salam Farag, avait uni plusieurs petits
groupes qui s'étaient formés en Egypte depuis le début
des années 1970 en un groupe unifié portant le nom
du Djihad, fondé sur une base morale unique
qui était ce fameux livre. En même temps, cette même
personne, et d'autres avec lui, ont décidé d'unir
ce nouveau groupe avec la Gamaa islamiya pour
en faire une seule organisation dont les membres ont
assassiné Sadate et tenté de renverser le pouvoir
en 1981. De plus, cette organisation jouit depuis
sa fondation d'une entité organisationnelle cohérente
en plus d'un commandement uni et d'un haut degré de
loyauté et de stabilité intérieures.
Ceci
signifie que loin de la Gamaa islamiya, qui
jusqu'aujourd'hui est gérée par ces mêmes principes,
les groupuscules du Djihad sont restés vivants
après sa séparation de la Gamma islamiya en
1984. La situation s'est aggravée après que la Gamaa
islamiya, avec des rangs et un commandement unis,
eurent décidé d'arrêter tout recours à la violence
et de se diriger vers l'action politique depuis 1997.
Le Djihad s'est alors divisé en deux parties.
La première est formée des membres présents à l'intérieur
de l'Egypte et dans des lieux d'asile européens. Ce
groupe a suivi le même principe que la Gamaa
qui consiste à renoncer à la violence. Il comprend
un nombre important des dirigeants et des fondateurs
du groupe. Quant à la seconde partie, elle est constituée
de membres qui résident en Afghanistan, au Pakistan
et en Asie en général et dirigée par Aymane Al-Zawahri.
Ceux-ci adoptent les slogans du dissident saoudien
Ossama bin Laden portant sur la lutte contre les Etats-Unis,
l'Etat hébreu et les Etats occidentaux en général.
Ils ne sont pas plus de 100 à 200 seulement et la
plupart avaient déjà étés arrêtés et emprisonnés en
Egypte. Par conséquent, ils sont tous connus par les
appareils de sécurité en Egypte et dans d'autres pays.
Il est
clair que pendant les années qui ont suivi cette division,
le groupe de l'extérieur dirigé par Al-Zawahri a perdu
tout contact avec l'intérieur que ce soit sur le plan
des relations avec les anciens membres du Djihad
ou de sa capacité de mobiliser de nouveaux membres.
Leur nombre est donc resté fixe, et a même connu une
baisse à cause de l'assassinat et de l'emprisonnement
de certains membres.
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On
peut donc déduire qu'il est fort probable que les
43 personnes accusées d'appartenir au Djihad
n'ont aucune relation avec le groupe de l'extérieur
commandé par Al-Zawahri, ni même avec le Djihad
de l'intérieur dont la plupart des membres sont en
prison ou libres après avoir renoncé aux idées et
aux pratiques de violence. Selon les autorités égyptiennes
de sécurité, il est probable que ce groupe de jeunes
islamistes se sont élancés, sous l'effet de « ce
que font les autorités israéliennes contre les Palestiniens
et du soutien américain absolu pour la politique du
premier ministre israélien Ariel Sharon ».
C'est probablement la raison qui a poussé ces jeunes
à « se venger » en attaquant les
intérêts des deux Etats. C'est peut-être pour ces
causes qu'ils ont ressuscité les anciens principes
du Djihad, sans que ceci signifie l'existence
de cadres organisationnels déterminés qui les rassembleraient
ou les rattacheraient au Djihad de l'extérieur
ou de l'intérieur.
Cette
tendance a été probablement renforcée à la suite des
événements du 11 septembre. Ces événements peuvent
conduire à la résurrection des principes du Djihad
contre « les ennemis extérieurs »
de la nation islamique et non du Djihad intérieur
contre les directions de leurs pays.
Quant
au procès concernant la tentative de fuite de Nabil
Al-Maghrabi, il n'est pas également loin du fait qu'il
existe beaucoup de groupuscules au sein du Djihad
égyptien. Le plus probable est que l'accusation
réelle adressée à Maghrabi est celle annoncée par
les autorités qu'il « tient à ses anciennes
idées et principes ». Une accusation qui
fait ici clairement allusion à la transformation de
la majorité de ses compatriotes qui ont renoncé à
la violence pour œuvrer politiquement. Ce qui constitue
un danger sécuritaire à cause du poids politique de
Maghrabi.
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