Voulant
donner toute sa chance à la conférence de paix de
Paris, qui doit se tenir ce mercredi 15 janvier, les
protagonistes du conflit ivoirien se sont mis d'accord
pour faire baisser la tension sur le terrain. Ainsi,
deux mouvements rebelles de l'ouest ivoirien, le Mouvement
Populaire Ivoirien du Grand Oue st
(MPIGO) et le Mouvement pour la Justice et la Paix
(MJP), ont signé dimanche à Lomé (Togo) un cessez-le-feu
sous l'égide de la Communauté Economique Des Etats
d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO). Ils ont rejoint le
Mouvement Patriotique de Côte-d'Ivoire (MPCI) — le
plus ancien des mouvements rebelles en lutte contre
le régime du président Laurent Gbagbo depuis le 19
septembre — qui avait conclu un accord de
cessation des hostilités avec le gouvernement le 17
octobre. Il contrôle une grande partie du nord
du pays et du centre, notamment la ville de Bouaké,
la deuxième de Côte-d'Ivoire. Le MPIGO et le MJP avaient
d'autre part accepté d'arrêter les hostilités avec
les troupes françaises.
L'accord
de dimanche a été conclu par le sergent Felix
Doh pour le MPIGO et le commandant, Gaspard Deli,
pour le MJP. Tous deux ont confirmé leur présence
à la table ronde interivoirienne qui s'ouvre en France
ce mercredi pour tenter de résoudre la crise qui secoue
la Côte-d'Ivoire depuis bientôt quatre mois. La réunion
de Paris doit réunir, du 15 au 23 janvier, les partis
représentés à l'Assemblée nationale ivoirienne et
les mouvements rebelles. La table ronde doit être
suivie le 27 janvier d'un sommet de chefs d'Etat africains,
sous l'égide de l'Onu. Les leaders des formations
politiques ivoiriennes devraient se livrer à un double
exercice : essayer de se mettre d'accord sur
une indispensable recomposition politique, et discuter
avec trois mouvements rebelles qui tiennent une bonne
moitié de la Côte-d'Ivoire, au nord et à l'ouest.
Le premier volet est sans doute le plus important
car, au cœur du débat, il y a la pérennité du pouvoir
du Front Populaire Ivoirien (FPI) du président Laurent
Gbagbo. C'est fortement affaibli que le pouvoir ivoirien
va s'asseoir à Paris face à des adversaires politiques
qui ne croient plus beaucoup aux engagements présidentiels,
et face à des rebelles qui veulent se débarrasser
de lui. Le gouvernement a toutefois un avantage notoire
dont il jouera : la solidarité, quasi obligatoire
mais pas forcément de bon cœur, de la communauté internationale
à l'égard d'un pouvoir légitime attaqué par les armes.
« Le
MPIGO sera à Paris, je serai à Paris », a
déclaré samedi le sergent Doh. Pourtant, un porte-parole
du MPIGO avait annoncé la veille que son mouvement
boycotterait la table ronde du 15 janvier en raison
d'« attaques gouvernementales » contre
ses positions à Toulépleu et Bloléquin, à la frontière
du Liberia (extrême ouest de la Côte-d'Ivoire). Les
forces gouvernementales avaient bombardé jeudi la
zone de Grabo, à environ 200 km au sud de Bloléquin,
tuant 15 civils et blessant trois rebelles, selon
le MPIGO, le plus actif militairement des trois rébellions
ces dernières semaines.
Le 3
janvier, à l'issue d'un entretien avec le chef de
la diplomatie française, Dominique de Villepin, le
président ivoirien Laurent Gbagbo s'était engagé à
s'« abstenir de tout acte de guerre sur tous
les fronts, centre, nord et ouest ». Selon
des sources ivoiriennes et françaises, les autorités
politiques et militaires ivoiriennes ont reconnu que
des Mi-24 « étaient bien entrés en
action » jeudi, mais dans le cadre d'une
« opération militaire contre des rebelles
qui descendaient de Grabo vers Tabou », un
port proche de la frontière libérienne, à une soixantaine
de kilomètres plus au sud. |
Le
calme relatif sur le terrain intervient au moment
où le déploiement du contingent de la Communauté
Economique Des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO),
qui doit relever les troupes françaises dans leur
mission de contrôle de ce cessez-le-feu, a accusé
un nouveau retard et a été reporté à une date encore
indéterminée. Seuls quelques dizaines de soldats de
la CEDEAO, sur un total de 1 264 hommes prévu
à terme, sont pour l'instant arrivés en Côte-d'Ivoire,
le 3 janvier. Le début du déploiement du reste du
contingent, composé de militaires du Sénégal, du Ghana,
du Togo, du Niger et du Bénin, était prévu pour vendredi
dernier, mais leur venue a été repoussée sine die,
a déclaré un officier ouest-africain à Abidjan, sous
couvert de l'anonymat. L'armée sénégalaise a de son
côté annoncé que le « premier contingent sénégalais »
de cette force ouest-africaine doit quitter Dakar
pour la Côte-d'Ivoire le 14 janvier. Le Sénégal doit
fournir 650 soldats, « articulés en trois
sous-groupements d'environ 200 hommes chacun »,
a précisé dans un communiqué la Direction de l'Information
et des Relations Publiques (Dirpa) des armées sénégalaises.
« Le premier échelon sera mis en place le
14 janvier et l'envoi du reliquat se fera ultérieurement,
sur demande de la CEDEAO », a ajouté le texte
sans préciser le nombre de ceux qui doivent arriver
le 14 janvier.
Le principe
de la force africaine, qui sera commandée par le général
sénégalais Pape Khalil Fall, avait été arrêté par
la CEDEAO le 29 septembre à Accra (Ghana). Ces « Casques
blancs » doivent théoriquement relever à
terme les quelque 2 300 à 2 500 militaires
français de l'Opération Licorne qui assurent la surveillance
du cessez-le-feu conclu le 17 octobre par le MPCI
sous l'égide de la CEDEAO.
|