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Soudan . Vice-président de la Commission des Affaires arabes et de la sécurité au Conseil consultatif, Mohamad Bassiouni a récemment accompagné le ministre de l'Information, Safouat Al-Chérif, dans une visite au Soudan, où ils ont rencontré différents protagonistes de la crise soudanaise. Il livre ici son analyse de la situation et le rôle de l'Egypte.
« Si le Sud se sépare, le Soudan pourrait devenir une deuxième Somalie »

Al-Ahram Hebdo : Comment évaluez-vous les négociations actuellement en cours entre le gouvernement et la rébellion sudiste de l'Armée de libération du Soudan (SPLA) ?

Mohamad Bassiouni : Les négociations ont commencé à Machakos (Kenya) le 20 juillet 2002, et sont parvenues dans un premier temps à un accord-cadre. Le plus important dans cet accord, c'est d'avoir donné au peuple du Sud-Soudan le droit de décider de son sort par un référendum. Il y aura également une commission indépendante pour surveiller la mise en place de l'accord de paix pendant la période intérimaire de 6 ans, plus 6 mois pour la préparation. Cette commission doit faire une évaluation vers la moité de cette période.

— Ce référendum ne risque-t-il pas d'aboutir à la séparation du Sud-Soudan ?

— Ce qui importe, c'est la préservation des intérêts nationaux égyptiens qui se résument ainsi : garder la profondeur stratégique de l'Egypte, préserver l'eau et la stabilité à nos frontières du sud. Ceci parce que le Soudan représente la profondeur stratégique naturelle de l'Egypte. Nous faisons tout ce que nous pouvons pour empêcher l'indépendance du Sud. Nous faisons tout ce que nous pouvons pour préserver l'unité du Soudan. Mais dans le cas où l'indépendance du Sud serait proclamée, nous devrons traiter cette question de manière pratique comme une réalité, de manière à l'utiliser également pour réaliser les intérêts nationaux égyptiens. C'est pourquoi il est très important de préserver les contacts et le dialogue avec la direction non seulement du Nord, mais aussi du Sud. Et établir des ponts avec tout le peuple soudanais.

J'aimerais ici soulever une question importante : la présence au Soudan de troupes armées diverses. Il y a celles du gouvernement, de la SPLA (l'Armée de libération du Sud-Soudan), de John Garang, des forces amies partisanes du gouvernement, de l'Ouganda, stationnées au Sud pour lutter contre les opposants du gouvernement ougandais. Ceci est très dangereux et rend difficile la stabilité au Soudan. Ceci pourrait très facilement transformer le Soudan, en cas d'indépendance du Sud, en une deuxième Somalie.

— Quelle est votre évaluation de la politique américaine vis-à-vis du Soudan ?

— Les Etats-Unis sont en train de faire pression pour qu'on parvienne à un accord au Soudan le plus rapidement possible. Les raisons de ces pressions sont économiques : les ressources pétrolières soudanaises. Ensuite, les Etats-Unis désirent présenter à leur opinion publique un succès, quel qu'il soit, dans leur politique étrangère. Il faut remarquer qu'ils n'ont pas remporté, depuis l'accession au pouvoir de George W. Bush, le moindre succès en matière de politique étrangère. La troisième raison réside dans la dimension idéologique. De plus en plus, on voit la Chine gagner du terrain au Soudan. Ce succès se propage même dans les pays voisins. Or ceci représente un problème sécuritaire dans la région de la mer Rouge, notamment pour les bases américaines qui y sont installées. La quatrième raison est relative au conflit religieux entre l'islam et le christianisme, et la volonté américaine, sous l'impulsion du courant fondamentaliste chrétien de l'Administration Bush, de créer une zone tampon entre les Arabes et les Africains.

— Pensez-vous que certains acteurs internationaux ou soudanais cherchent à empêcher l'Egypte de jouer un rôle dans un règlement politique ?

— C'est plutôt le contraire. Les Soudanais veulent que l'Egypte joue un rôle dans les accords de Machakos. Quand l'accord-cadre a été finalisé, ils voulaient y inclure l'Egypte. Les Soudanais veulent bien que l'Egypte participe. Mais c'est l'Egypte qui, historiquement, ne veut pas être partie intégrante de tout processus qui touche à l'unité territoriale du Soudan. C'est un principe. Et Safouat Al-Chérif leur a expliqué cela. Mais tout en laissant clairement savoir que nous sommes attachés au principe de l'unité territoriale du Soudan.

Propos recueillis par
Randa Achmawi

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