A la maison,
les armoires constituent un espace de rangement. Elles ont
aussi la fonction de préserver les vêtements de la poussière.
Au théâtre, les danseurs de la troupe de danse moderne ont
posé leur armoire en biais. Car elle n'est qu'un support
pour la présentation/représentation de ce qu'elle renferme
et que nous verrons dans un rapport frontal. Comme toutes
les choses qui cachent, les objets qui dissimulent, les
paravents, les portes, les voiles des baldaquins (et des
visages), les housses, les taies, les rideaux, etc. notre
armoire sur la scène a conservé, miraculeusement, les danseurs,
leurs fantasmes, leurs désirs enfouis, leurs joies et leurs
peines. De cette armoire à quatre battants, sont projetés
ou sortent lentement les actants de leur propre histoire
ou de celle qu'ils se sont appropriée. Histoires vraies
ou chimériques, plutôt vraies, même si elles ressemblent
aux romans policiers du début du siècle, ces histoires composent
les méandres de leur mémoire.
Quand les battants
de l'armoire s'entrouvrent, on peut apercevoir, suspendus
comme les vêtements, les danseurs qui, un à un ou deux à
deux, vont se détacher de cette entité fixe et imposante,
pour nous faire partager leur dessous. C'est-à-dire leur
penchant à la débauche et le travestissement; les soutiens-gorge
que portent les garçons étant seulement le signe complémentaire
du désir en dessous. Toutes les scènes relevant de l'homosexualité
dégagent un érotisme presque spirituel à tendance musclée,
tandis que celles des travestis, on dirait qu'ils exercent
un rituel sacré accentué par des chants liturgiques. Les
accessoires et objets utilisés ne cachent aucune métaphore
tant ils sont directs et visibles : les couteaux sont
aiguisés et pointus. Mais l'humour apparaît soudain quand
la jeune amoureuse ouvre un écrin rouge pour avaler des
dragées ou des bonbons acidulés : ce sont des boules
de naphtaline qu'elle croque pour se donner la mort en criant :
« habibi, habibi ».
Pour une première
création collective, on peut dire qu'elle n'a pas toutes
les hésitations des débuts ni les rajouts pour prouver des
prouesses. Ces jeunes de 20 ans ont la souplesse de l'âge
de leur corps, l'inventivité que leur permet l'intrépidité
et la hardiesse de leur élan, le professionnalisme dû à
un long travail d'improvisations en ateliers. Ces jeunes
créateurs, parce qu'ils ont le droit à juste titre d'avoir
confiance en leur potentiel artistique, n'ont pas eu peur
de s'engager dans une aventure à risque. Ils ont su l'assumer
en proposant des situations aujourd'hui délicates mais c'est
surtout leur façon de s'exprimer qu'il faut les admirer.
Il est certain qu'ils ont le sens de la concision, qu'ils
savent gérer le suivi de leurs histoires qui peuvent être
complètement dichotomiques. Le choix de leur musique (source :
Tarek Charara) et sa répartition ne passent pas inaperçus.
Merci à Heba
F, Sayed A, Ahmed Z, Karima B, Ahmed A, M. Moustapha, M.
Zein, Samah S et Moustapha H.
Walid Aouni,
leur précepteur artistique, peut se flatter de leur résultat.
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