L'Armoire (Al-Doulab), une chorégraphie et mise en scène de Walid Aouni, du 16 au 18 janvier au petit théâtre de l'Opéra, à 20h. Tél. : 737 05 87. Terrain de l'Opéra, Guézira.

 

Danse Théâtre . Première création collective des jeunes danseurs de la Troupe de l'Opéra du Caire, L'Armoire, spectacle osé, sans manquer de finesse, d'humour et de sensibilité, valait une reprise.

Comment déranger tout en finesse

A la maison, les armoires constituent un espace de rangement. Elles ont aussi la fonction de préserver les vêtements de la poussière. Au théâtre, les danseurs de la troupe de danse moderne ont posé leur armoire en biais. Car elle n'est qu'un support pour la présentation/représentation de ce qu'elle renferme et que nous verrons dans un rapport frontal. Comme toutes les choses qui cachent, les objets qui dissimulent, les paravents, les portes, les voiles des baldaquins (et des visages), les housses, les taies, les rideaux, etc. notre armoire sur la scène a conservé, miraculeusement, les danseurs, leurs fantasmes, leurs désirs enfouis, leurs joies et leurs peines. De cette armoire à quatre battants, sont projetés ou sortent lentement les actants de leur propre histoire ou de celle qu'ils se sont appropriée. Histoires vraies ou chimériques, plutôt vraies, même si elles ressemblent aux romans policiers du début du siècle, ces histoires composent les méandres de leur mémoire.

Quand les battants de l'armoire s'entrouvrent, on peut apercevoir, suspendus comme les vêtements, les danseurs qui, un à un ou deux à deux, vont se détacher de cette entité fixe et imposante, pour nous faire partager leur dessous. C'est-à-dire leur penchant à la débauche et le travestissement; les soutiens-gorge que portent les garçons étant seulement le signe complémentaire du désir en dessous. Toutes les scènes relevant de l'homosexualité dégagent un érotisme presque spirituel à tendance musclée, tandis que celles des travestis, on dirait qu'ils exercent un rituel sacré accentué par des chants liturgiques. Les accessoires et objets utilisés ne cachent aucune métaphore tant ils sont directs et visibles : les couteaux sont aiguisés et pointus. Mais l'humour apparaît soudain quand la jeune amoureuse ouvre un écrin rouge pour avaler des dragées ou des bonbons acidulés : ce sont des boules de naphtaline qu'elle croque pour se donner la mort en criant : « habibi, habibi  ».

Pour une première création collective, on peut dire qu'elle n'a pas toutes les hésitations des débuts ni les rajouts pour prouver des prouesses. Ces jeunes de 20 ans ont la souplesse de l'âge de leur corps, l'inventivité que leur permet l'intrépidité et la hardiesse de leur élan, le professionnalisme dû à un long travail d'improvisations en ateliers. Ces jeunes créateurs, parce qu'ils ont le droit à juste titre d'avoir confiance en leur potentiel artistique, n'ont pas eu peur de s'engager dans une aventure à risque. Ils ont su l'assumer en proposant des situations aujourd'hui délicates mais c'est surtout leur façon de s'exprimer qu'il faut les admirer. Il est certain qu'ils ont le sens de la concision, qu'ils savent gérer le suivi de leurs histoires qui peuvent être complètement dichotomiques. Le choix de leur musique (source : Tarek Charara) et sa répartition ne passent pas inaperçus.

Merci à Heba F, Sayed A, Ahmed Z, Karima B, Ahmed A, M. Moustapha, M. Zein, Samah S et Moustapha H.

Walid Aouni, leur précepteur artistique, peut se flatter de leur résultat.

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