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Aide . Avec le Partenariat pour le Moyen-Orient lancé par le secrétaire d'Etat américain, l'aide à l'Egypte doit mettre l'accent sur les réformes politiques et sociales. Explications.

Les Américains changent de cap

Bien que les responsables de l'aide américaine au Caire affirment que rien n'a changé pour eux avec les préparatifs de la guerre contre l'Iraq, une simple visite au siège de la mission à Maadi donne le sentiment d'une certaine tension. En fait, les mesures de sécurité sont de plus en plus draconiennes. La mission a reçu des menaces d'attaques il y a quelques semaines. Sans aucun doute, l'anti-américanisme est actuellement à son apogée en Egypte. Et il va certainement croître si la guerre commence.

La détérioration des relations entre les Etats-Unis et l'Egypte a des répercussions financières. Le président américain a décidé, il y a quelques mois, de rejeter une demande égyptienne de 130 millions de dollars d'aide supplémentaire après la condamnation à sept ans de prison du sociologue égypto-américain Saadeddine Ibrahim. Une décision qui a été suivie par un refus catégorique de la part du ministre des Affaires étrangères, Ahmad Maher, de toute immixtion américaine dans les affaires intérieures du pays.

Mais la presse égyptienne, officielle et d'opposition, est allée plus loin en lançant une campagne appelant le gouvernement égyptien à annuler le programme d'aide économique (qui atteint à peu près 650 millions de dollars) pour ne plus donner aux Etats-Unis d'instrument d'intervention dans les affaires du pays. Le programme d'aide a été critiqué comme étant favorable à l'économie américaine plus qu'à l'économie égyptienne. En effet, le programme stipule que le gouvernement doit utiliser l'aide pour importer des produits américains exclusivement. Mais quand la campagne anti-américaine a commencé à dépasser certaines limites, le président Moubarak lui-même est intervenu pour rappeler que les relations avec les Etats-Unis étaient stratégiques et que le gouvernement ne pouvait pas accepter une détérioration des rapports égypto-américains. En fait, l'Egypte reçoit chaque année plus qu'un milliard de dollars d'aide militaire qui semble indispensable pour l'armée égyptienne.

Si la classe politique égyptienne est divisée sur la position à adopter vis-à-vis de la politique américaine au Moyen- Orient après le 11 septembre, le courant dominant dans le gouvernement égyptien veut contenir la tension entre les deux pays. Mais celle-ci dépend également de ce qui se passe au sein de l'Administration américaine. En fait, la théorie des « Failed States » (les Etats en faillite) gagne de plus en plus de terrain au sein de l'Administration Bush. Cette théorie a été développée au sein de l'American College of War pour désigner les Etats arabes qui ont échoué en matière de développement économique comme de libéralisation politique et qui ont ainsi créé un terrain propice à l'épanouissement du terrorisme qui a finalement débordé hors du monde arabe pour arriver aux Etats-Unis. Le premier effet concret de cette théorie a été le lancement, le mois dernier, d'un partenariat entre les Etats-Unis et le Moyen-Orient. Selon cette initiative, les Etats-Unis ne vont pas se contenter de tenter de libéraliser les économies des pays arabes, mais ils vont aussi se préoccuper de libéraliser leurs systèmes politiques.


Aide, commerce et démocratie

L'aide américaine à l'Egypte a subi un changement important, il y a deux ans, avec le lancement du slogan « From Aid to Trade », signifiant le passage du soutien direct à l'économie égyptienne à une politique mettant l'accent sur le développement des liens commerciaux entre les deux pays. Ainsi, les Etats-Unis et l'Egypte ont conclu un accord selon lequel l'aide doit diminuer de 5 % chaque année jusqu'à sa disparition totale. La nouvelle politique américaine post-11 septembre veut également se concentrer sur l'éducation, la participation politique et la démocratisation. Par exemple, la mission américaine va organiser des stages pour les journalistes égyptiens aux Etats-Unis pour « leur apprendre à couvrir les événements avec plus d'objectivité ». Un autre programme va octroyer des fonds aux communautés locales afin de les encourager à définir leurs besoins en termes de services.

Selon l'ambassadeur américain en Egypte, David Welch, un dialogue avec le gouvernement égyptien est en cours pour restructurer l'aide. Des ressources pourraient être transférées d'un programme à un autre. Il faut rappeler que la ministre de la Coopération internationale, Fayza Aboul-Naga, a effectué une visite aux Etats-Unis il y a trois semaines. Selon l'ambassadeur américain, les responsables à Washington ont discuté avec la ministre des efforts à faire en matière d'éducation, d'amélioration de la condition des femmes et de participation politique.


Vers une suppression de l'aide ?

L'aide américaine à l'Egypte a toujours eu un fort aspect politique. Il est donc difficile de savoir ce que va devenir cette aide sans prendre en considération les changements de la politique américaine au Moyen-Orient. Si les faucons de l'Administration l'emportent et déclenchent une guerre contre l'Iraq puis se tournent vers les autres pays de la région pour les « encourager » à faire des changements politiques, il n'est pas exclu que l'aide soit totalement annulée ou radicalement modifiée. La classe politique américaine ne manque pas de théoriciens qui avancent l'idée que l'aide accordée à l'Egypte est une perte d'argent. A titre d'exemple, on peut mentionner un célèbre article de Bryan Johnson cité dans Christian Science Monitor août 1998, dans lequel il montre que les votes aux Nations-Unies de plusieurs pays récepteurs de l'aide américaine ont systématiquement été contre les Etats-Unis. L'Egypte notamment, deuxième pays bénéficiaire de l'aide américaine après Israël, a voté contre les Etats-Unis 67 % des fois.

Il faut dire qu'une annulation de l'aide américaine ne serait pas aussi catastrophique qu'il semble à première vue. L'aide étrangère (américaine et non-américaine) à l'Egypte est en baisse constante depuis les années 1980 en pourcentage de PIB (voir graphique). Autrement dit, même si le montant absolu de l'aide étrangère n'a que légèrement baissé, l'effet de l'aide sur l'économie égyptienne a beaucoup diminué. En effet, alors que l'aide est presque stable, l'économie, elle, ne cesse pas de croître.

L'annulation de l'aide est également loin d'être une catastrophe pour la simple raison que le programme américain n'a pas été un bien grand succès, si on le compare avec le plan Marshall en Europe après la deuxième guerre mondiale et avec le soutien économique américain aux pays d'Asie du sud-est. Il est vrai que l'aide américaine a fourni un soutien non négligeable en ce qui concerne l'infrastructure ou le planning familial. Mais après plus d'un quart de siècle d'aide américaine, l'Egypte reste toujours un pays sous-développé, frappé par un taux de chômage et de pauvreté très élevé. Il serait injuste de mettre ces problèmes sur le compte de l'aide américaine, bien sûr, mais il serait illusoire de ne pas constater que l'aide étrangère en général, et l'aide américaine en particulier, n'a pas réussi à moderniser le pays.

Samer Soliman

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