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- Jalons
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1944 :
Naissance à Samakh en Galilée.
1969 : Licence ès lettres à l'Université
de Beyrouth.
1981 : Romans Toffah al-majanine
etTelka al-maraa al-warda.
1982 : Secrétaire général de
l'Union des écrivains et journalistes palestiniens.
1990 : Roman Bohayra waraa
al-rih, prix d'Estime de l'Etat.
1994 : Conseiller culturel du
président Arafat, et premier sous--secrétaire d'Etat au ministère
de la Culture.
2002 : Président du Haut Conseil
de l'éducation et de la culture.
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Palestine
. Homme de lettres et homme d'action, Yéhia
Yakhlef, président du Haut
Conseil de l'éducation et de la culture palestinien, plaide
pour l'humanisme, dans lequel il voit l'avenir de son pays.
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Sur
le front de l'espoir |
| Dans son
dernier roman Yawmiyat al-ijtiyah wal somoud (Chroniques
de l'invasion et de la résistance), Yéhia Yakhlef veut résister
à une époque violente, du fait des agressions israéliennes
quotidiennes, et lui opposer un cri d'espoir, un appel à
la détermination, à la persévérance. « La nuit est
propice à la confidence », dit-il. Il arrive donc
au rendez-vous en costume foncé, attentif, présent et disponible,
le regard clair, il commande un Nescafé. C'est alors parti
pour une nuit de confessions, celles d'un homme brillant
de lucidité et étonnant de maturité. Pour ne pas s'encombrer
du tas de souffrances que charrient les circonstances explosives
en Palestine et pour préserver ce qui lui reste d'innocence,
il commence par le début (de sa vie). Né dans le village
de Samakh, au bord du lac de Tibériade en Galilée, il y
a passé des jours paisibles. Puis, par une matinée froide
et pluvieuse de 1948, à l'âge de trois ans, il est poussé
par l'occupant israélien sur le chemin de l'exil, en direction
d'Amman, en Jordanie, avec sa famille et ses compatriotes.
« Plaintes et lamentations s'élevaient, je ne comprenais
pas grand-chose. J'ai eu le réflexe de m'accrocher à la
poitrine de ma mère. Je regardais longuement son visage
où les gouttes de pluie se mêlaient aux larmes. J'ai constaté
que quelque chose de grave s'était passé », explique
Yakhlef.
Il acquiert brusquement
la conscience du pire : la lâcheté de l'ennemi. C'est
à travers ce souvenir qu'il découvre qu'il est parvenu à
se lier aux autres, à ses compatriotes, à l'univers du vivant,
à une transcendance à laquelle tous croient. Pour lutter
contre la dispersion, les Palestiniens ont cherché à nouer
des liens plus solides. Ils se sont résignés à la vie dans
les camps de réfugiés ou sous l'occupation, sans toutefois
tout laisser tomber. Dans un va-et-vient entre ouverture
et fermeture, liberté et protectionnisme, ils s'attachent
à l'idée de la patrie, qui les guide. « Il
n'y a pas d'Etat sans territoire, et sans une logique de
l'ancrage territorial. On ne peut pas être quelqu'un en
étant de nulle part. L'objectif israélien de faire de nous
un peuple nomade, apatride, dissous dans les pays d'accueil
est pour l'essentiel un fantasme. Quand
on se coupe de ses racines et qu'on n'est plus de nulle
part, on n'est plus rien. Face à cette réalité, le renoncement
à la culture est une grave erreur. Elle nous pousse à tirer
le meilleur parti de nous-mêmes, et exploiter au mieux nos
spécificités. C'est dans cette perspective qu'il faut placer
l'approche de la culture ».
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La résistance par la culture
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Il grandit
dans ces principes qui le conduisent à transcender tous
les tourments et les pérégrinations. Sa première référence
était sa mère, qui, comme toute mère palestinienne, lui
donne les premières notions de culture à travers ses contes
sur le lac de Tibériade, leur ancien village de Galilée,
son patrimoine folklorique, ses reliefs et l'effet de l'agression
israélienne sur lui, l'orientant ainsi vers ce qu'il faut
voir, entendre et savoir. « Ma mère est ma réserve
de mémoire », dit-il. Ensuite, vint l'école du
camp de réfugiés d'Amman, où il apprend dans un froid glacial,
vêtu comme ses camarades d'un manteau de laine, taillé dans
une couverture par l'UNRWA (l'organisme de secours aux réfugiés
des Nations-Unies), devant se contenter pour les repas d'œufs
durs et de comprimés d'huile de poissons. Plus tard, il
comprend qu'il a besoin d'exprimer cette expérience, de
la traduire en mots, il a besoin d'écrire pour vivre. Dans
son roman Toffah al-majanine (Les Pommes des fous),
il revient sur tout cela. Il y refuse l'usage de certains
mots fatals tels que mort, destruction, déperdition, mais
évoque, dans un même élan, le rêve de découvrir ce qu'il
y a derrière les montagnes et le désir de retrouver un espace
de liberté dans l'imaginaire. La culture était son moyen
de résister.
Dans la pâleur
du camp de réfugiés, les restrictions, le froid et la faim,
c'est ainsi qu'il a trouvé son salut. Il est devenu lui-même.
Il a pu entendre la voix de la conciliation, de l'espoir,
qui manque cruellement dans ces circonstances. L'espoir
de vivre, de continuer la lutte pour récupérer la terre.
Pour lui, il n'y a pas de lutte sans culture et pas de culture
sans morale. Toffah al-majanine est un fruit répandu
en Palestine et dans les environs, qui donne une force provisoire
à celui qui le consomme. Le mot de la fin du roman est que
la véritable force des Palestiniens réside dans leur culture
et dans leur volonté d'autonomie. Il ne suffit pas de continuer
la lutte, sans qu'elle soit liée à un système de valeurs,
une culture. « On n'a pas grand-chose à gagner dans
l'imitation des autres. Or, la proximité culturelle est
un atout dans les opérations de rapprochement, d'alliances
et de fusion. L'objectif
est simple : s'appuyer sur la culture pour renforcer
la détermination et la solidarité, la volonté de prendre
en main son destin. Le Palestinien doit prendre conscience
de sa valeur culturelle pour s'affirmer dans le monde »,
souligne Yakhlef.
Il n'a pas
dévié de cette ligne, la culture est devenue toute sa vie,
sa respiration. En préparatoire, il lit beaucoup et va chercher
du côté de Gobrane, Damaa wa ibtissama (Larme et
sourire). Il commence à écrire en secondaire des chroniques,
mémoires et songes qu'il publie dans des revues arabes.
Pendant ses études à l'Institut de formation des enseignants
de Ramallah, qui dépend de l'UNRWA, sa conscience politique
se forme. Cela coïncide avec la constitution de l'Organisation
de Libération de la Palestine (OLP) qui ressuscite l'identité
nationale palestinienne. Après une licence ès lettres à
l'Université de Beyrouth, il abandonne l'enseignement et
noue des engagements solides avec l'OLP, s'investit dans
des actions concrètes au service de son pays. Il n'oublie
pas que la Palestine se bat non seulement sur le plan de
l'éducation, mais aussi de l'existence politique.
Il vit parmi
les résistants, dont il écrit l'histoire, et raconte la
souffrance au quotidien des populations qui s'accrochent
malgré tout à la vie et à l'espoir ; il publie alors
dans la célèbre revue libanaise Al-Adab. Celle-ci
l'introduit dans le monde littéraire à l'instar d'Ahmad
Abdel-Moeti Hégazi, Salah Abdel-Sabour et Amal Donqol. « Les
Palestiniens peuvent perdre une bataille, mais leur identité
nationale demeure forte à travers leur détermination à vivre
dans l'espace de l'espoir ». Son credo ressemble
à celui de Mahmoud Darwich : « Nous élevons
l'espoir comme d'autres élèvent leurs enfants ».
Il rencontre Ghassan Al-Kanafani dont il admire l'humanisme,
qui transparaît dans ses romans Rigal taht al-chams
(Des Hommes sous le soleil) et Aëd ila Haïfa (De
Retour à Jaffa), et surtout dans ce dernier où il imagine
le retour lucide d'un Palestinien à Jaffa. Yakhlef croit
à la liberté qu'offre l'écriture. Il ressemble à ses contemporains :
Mahmoud Darwich, Samih Al - Qassem, Tewfiq Ziyad, Amir Habibi,
Ghassan Al-Kanafani, Samir Azam et d'autres écrivains de
l'intérieur ou de la diaspora, insurgés, résistants mais
profondément humains. Grâce à eux , la littérature de la
résistance palestinienne a pris une dimension profondément
humaine et permis que se pérennisent les idéaux palestiniens :
celui de la liberté et des droits de l'homme, celui de la
justice et de la solidarité, celui de la démocratie et du
progrès. D'où l'adhésion de tous aux valeurs de cette littérature.
« Le
livre est le meilleur support de notre culture. Il fait
connaître nos forces, nos recherches, nos arts, et présente
au monde nos convictions politiques »,
explique Yakhlef. |
Retour en Palestine
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Après plus
de trente ans d'exil, il rentre à Ramallah avec les accords
d'Oslo. C'est la fusion totale à la patrie qu'il décrit
dans son roman Nahr yastahem fil bohayra (Un Fleuve
se baigne dans le lac) comme deux fleuves qui se mêlent.
L'Autorité palestinienne le charge de renforcer et de développer
l'identité nationale palestinienne à travers la culture,
qui mérite une bien meilleure image. De poste en poste,
et en interaction avec les ministères de la Culture et de
l'Education, il met au point des stratégies pour améliorer
les infrastructures, écoles, universités, centres culturels,
services publics. Ensuite il s'intéresse aux besoins et
aux aspirations des populations. « Nous continuons
à vivre une iliade chargée de trop de tragédies »,
dit-il. Il organise les examens du bac, dans un contexte
dangereux, où les étudiants risquent de mourir sous les
balles de l'ennemi en allant à l'école ou en rentrant.
Il stigmatise
l'opération israélienne du « mur de sécurité »
et l'amalgame entre résistance palestinienne et terrorisme.
« La sécurité ne peut être fondée sans la garantie
des libertés et la fin de l'occupation. Mais il faudra attendre
longtemps avant que la valeur normative de ce principe ne
soit solennellement reconnue et approuvée par Israël »,
et d'ajouter : « Les droits de l'homme palestinien
à la liberté et la souveraineté dans son Etat sont passés
du stade de la revendication politique à celui de la reconnaissance
mondiale et idéologique ». Il ose le lyrisme « Dans
la région séparant Jéricho de la passerelle menant à Aman,
j'ai constaté que le printemps palestinien est passé par
là. Dans un champ de mines planté par les Israéliens, la
verdure et les prunes ont poussé. La nature a repris ses
droits en dépit de la volonté de Sharon ».
Il sait conserver
cette fraîcheur d'esprit qui fait la qualité de ses œuvres.
Les titres de ses romans : Toffah al-majanine,
Al-Mohra (La Petite Jument), Bohayra waraa al-rih
(Un Lac au-delà du vent), Telka al-maraa al-warda
(Cette Femme-fleur) sont comme des projecteurs qui balisent
le chemin de la mémoire. Dans son dernier roman Yawmiyat
al-ijtiyah wal somoud, il creuse davantage. Au « il »
froid, épuré, il oppose ou plutôt propose un « je »,
non pas un « je » narcissique, mais plutôt
une manière de donner un peu de chair et de souffle à une
époque d'indifférence, où l'appel à la paix des Palestiniens
est resté sans réponse. Il s'est posé la question « Où
est la sortie de la violence ? ». Aujourd'hui,
il répond simplement : « La sortie est dans
l'ici et le maintenant, dans la tentative et non dans la
réussite » . Il incarne les vertus de son peuple :
le courage, la générosité, la gaieté, le goût de la vie
et celui des lettres, le respect de la cause palestinienne
et l'ivresse de la liberté.
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Amina
Hassan
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