Pourquoi Saddam céderait-il le pouvoir ?

Par Salama Ahmed Salama

Tous les médias arabes et étrangers avancent actuellement une même idée. Ils prétendent que la simple démission de Saddam Hussein ou son départ de l'Iraq permettrait d'éviter la guerre, mettrait un terme à l'escalade militaire en vertu de laquelle Bush continue à mobiliser ses forces et épargnerait donc à la région d'avoir à subir la colère américaine. Bien plus, cela rendrait le sourire à Bush et égayerait un peu le visage renfrogné de Rumsfeld.

D'après les rumeurs, Saddam pourrait se réfugier dans plusieurs pays après son départ volontaire de l'Iraq. On a d'abord dit que la Libye lui avait proposé l'asile. Puis après le démenti libyen, on a dit que Blair avait proposé que l'Egypte l'accueille car il y avait effectué ses études et parce que l'Egypte a déjà donné l'asile à nombre d'ex-rois et dirigeants, dont le Chah d'Iran !! Mais l'Egypte a refusé. Puis selon la dernière rumeur, le président russe Vladimir Poutine élaborerait une initiative de paix basée sur l'exil de Saddam et un émissaire russe aurait déjà contacté Bagdad à ce sujet, ce qui signifierait que Moscou serait prêt à accueillir le président iraqien.

Il est clair que toutes ces rumeurs sont sans fondement. Elles font partie de la guerre psychologique, de la propagande américaine. Cette guerre a pour objectif de convaincre les peuples arabes et notamment leurs dirigeants que la principale menace qui pèse sur l'Iraq et la région est le président iraqien et son régime, que les Etats-Unis ne veulent rien de mal aux Arabes et que si les dirigeants arabes parviennent à convaincre Saddam de démissionner, les relations américano-arabes deviendront excellentes.

En fait, un changement majeur est survenu dans la campagne de propagande américaine : on est passé de la nécessité d'anéantir les armes de destruction massive de l'Iraq à la nécessité de se débarrasser du régime iraqien, Saddam Hussein en tête. Ce changement est lié aux résultats des inspections qui ont prouvé que les allégations américaines et britanniques étaient fausses. Il est donc devenu indispensable de trouver un autre objectif à la guerre. Dans un premier temps, les Arabes ont cru à cette histoire d'abolition des armes de destruction massive et ont demandé à Saddam Hussein d'obéir à la résolution du Conseil de sécurité relative au retour des inspecteurs pour épargner une guerre à l'Iraq. Et maintenant ils croient avec la même naïveté que le départ de Saddam mettra un terme au problème. Ce ne sera certainement pas le cas.

Au départ, les avertissements de Bush concernant les dangers représentés par les armes nucléaires, chimiques et biologiques fabriquées par Saddam Hussein dans les palais, les mosquées, les écoles et même dans les chambres à coucher retentissaient dans le monde entier. Maintenant, le danger est représenté par Saddam Hussein en personne. Pourtant, un journaliste américain de renom (bien introduit auprès des rois et présidents arabes) a montré que la guerre a pour objectif véritable le pétrole qui ne doit pas être sous le contrôle d'un dirigeant comme Saddam Hussein !! Mais quelle est la différence entre Saddam Hussein et un autre ? Pourquoi les Américains n'acceptent-ils pas le président vénézuélien alors qu'il a été élu par son peuple et œuvrent maintenant à le détrôner ?! A cause du pétrole, bien sûr !!

Le monde arabe et les élections israéliennes
Par Dr Abdallah Al-Achaal*

Tout nous incite à suivre avec intérêt les élections israéliennes et de tenter même d'avoir une influence sur leur déroulement. Si l'on jette un coup d'œil sur les programmes électoraux des différents candidats, on sera à la fois terrifiés et surpris. Car lorsqu'il s'agit de la question palestinienne, on les trouve tous rivalisant sur un seul point : lequel d'entre eux est le plus capable d'éliminer les Palestiniens, de les pousser à se soumettre, de violer la loi internationale et d'écarter en plus les éléments arabes qui font partie du soi-disant régime démocratique israélien. Et ce, après que les politiciens eurent convaincu la société israélienne que les deux peuples palestinien et juif ne peuvent pas vivre en paix côte à côte et que l'élimination des Palestiniens, et non pas les négociations, est le seul moyen pour réaliser le bien-être du peuple israélien. Ceci doit attirer également l'attention de l'Occident qui ne cesse de vanter la démocratie israélienne et qui pense que l'Etat hébreu est le prolongement du patrimoine culturel et politique occidental au Proche-Orient. Si le peuple juif ne pense plus qu'à l'assassinat et l'élimination des Palestiniens, à la démolition de leurs maisons et à leur humiliation et choisit son premier ministre en vertu d'un programme qui fait prévaloir ces aspects, ceci mérite qu'on s'y arrête.

D'autant plus que l'Etat hébreu, qui se dit démocratique, insiste à confirmer son statut d'état juif refusant la présence sur ses territoires de non juifs. Et si nous le taxons d'Etat raciste, on nous accuse d'antisémites et d'anti-juifs.

Les candidats au poste de premier ministre s'accordent sur un point : l'injustice qu'il faut infliger aux Palestiniens. Et s'il n'est pas question en ce moment que les Arabes mènent une action militaire contre Israël pour arrêter cette injustice, il est donc inévitable qu'ils interviennent avec l'Occident notamment, pour influencer les élections israéliennes. Et ce, pour éviter les conséquences désastreuses inéluctables qui découleront du climat qui prévaut actuellement en Israël.

Comment ceci peut-il se faire ? Il faut s'adresser à l'opinion publique israélienne qui influence les programmes des candidats et en faisant en sorte que les sondages effectués auprès de cette opinion publique favorisent le candidat le plus enclin à la paix et non pas à l'extermination et la consécration de la situation humiliante actuelle.

Cette mission incombe à tous ceux qui ont intérêt à ce que la paix puisse prévaloir dans la région. A leur tête viennent les Etats-Unis dont l'intérêt est que les électeurs israéliens choisissent un premier ministre qui ne leur cause pas de l'embarras et qui ne les oblige pas à choisir entre les Arabes et Israël. La paix est également dans l'intérêt des juifs vivant à l'extérieur. Les juifs en Afrique du Sud avaient publié le 23/10/2001 une déclaration dans laquelle ils ont fait part qu'ils sont concernés tant par la paix et le bien-être des Palestiniens que des Israéliens et par la paix internationale en général. Bien plus, la déclaration a mis en relief le rapport de la commission parlementaire sud-africaine d'établissement des faits qui avait visité Israël et les territoires palestiniens en juillet 2001 et qui avait établi que les Palestiniens subissaient le même traitement qu'ont connu les noirs en Afrique du Sud sous le régime de l'apartheid. Enfin, la déclaration a insisté sur le fait que la sécurité des deux peuples est inhérente.

Quant aux juifs américains, leur capacité à influencer la politique et l'opinion publique en Israël est indéniable. D'aucuns jouent même un rôle dangereux en mobilisant l'opinion publique américaine contre les Palestiniens. Enfin, il est bien connu que la coordination entre la communauté américaine juive et les autorités israéliennes est complète.

Quant à la troisième partie à qui importe la paix en Palestine, c'est l'Europe. L'Europe doit se départir de son hésitation. Il n'est plus suffisant d'entendre ses leaders condamner la politique et les pratiques israéliennes. L'Europe a été tranchante dans la position qu'elle avait adoptée vis-à-vis du gouvernement d'extrême droite en Autriche. Elle a imposé des sanctions sur ce pays, ce qui a finalement provoqué le recul du parti d'extrême droite.

Il y a également le monde arabe, puisque le bilan des élections israéliennes influence la vie de chacun de ses citoyens. Il faut qu'il soit conscient que les initiatives ne suffisent plus. La diplomatie arabe doit s'activer et être cohérente. Elle doit bien choisir ses outils politiques et médiatiques pour convaincre le peuple juif et les Arabes israéliens que le chemin de la paix commence par les urnes. Le monde arabe doit se tenir fermement face à tout candidat qui appelle à la guerre et à l'anarchie sans craindre d'être accusé d'intervenir dans les affaires internes israéliennes. Il doit déclarer dès à présent qu'il ne reconnaîtra aucun candidat qui appelle à la guerre.

Ces parties réunies, notamment l'Europe et le monde arabe doivent coordonner les efforts pour empêcher ces crimes commis contre les destinées des peuples de la région et ces violations des règles qui régissent les relations internationales. Sinon le résultat ne sera pas surprenant : Sharon l'emportera avec une majorité écrasante. Ainsi sera renouvelé le mandat de la terreur.

*Politologue
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