Yéhia Haqqi

Yéhia Haqqi est né le 7 janvier 1905 dans une ruelle du quartier populaire de Sayeda Zeinab au Caire. Il a terminé ses études de droit en 1954. Son travail dans le corps diplomatique lui a permis de connaître de nombreux pays : la Turquie, la Libye, l'Italie, la France, etc. et plusieurs langues, entre 1930 et 1953. Ses talents littéraires se sont épanouis très tôt. Il a publié, dans Al-Fagr, sa première nouvelle Folla, Mechmeche et Loulou, en 1926. Parmi ses nombreuses œuvres, son roman autobiographique La Lampe d'Oum Hachem (1944) est incontestablement un des chefs-d'œuvre du siècle. En 1962, il s'est consacré au travail littéraire, comme rédacteur en chef de la revue Al-Mégalla, où il a joué un rôle critique très important et a introduit nombre de jeunes écrivains sur la scène culturelle. Il est mort en 1992.

 

Le 7 janvier dernier, l'écrivain égyptien Yéhia Haqqi aurait eu 98 ans. L'Hebdo publie à cette occasion une nouvelle extraite du recueil Oum al-awaguiz.

Faillite d’une marieuse

Ce que je déteste le plus en moi, c’est le fait de me laisser terriblement influencer par ceux que je fréquente comme amis. Moi, pourtant pauvre, je vécus une période nullement courte à suivre avec intérêt les cours des actions et des titres, étonné par leur baisse et heureux à leur hausse, car, à cette époque, j’avais un ami qui était boursier. Ces deux dernières années sont passées sans que ne cessât ma réflexion, nuit et jour, sur les problèmes du mariage en Egypte ; chose que je dois à mon ancien ami Abdel-Aziz Fawaz.

Son père était secrétaire de chef-lieu et, à l’instar des bédouins, il avait passé sa vie à se déplacer d’une contrée à une autre. Quand il obtint son diplôme des arts et métiers, Abdel-Aziz fut nommé à l’inspection de l’irrigation au Soudan et je ne le vis plus pendant dix ans ; période durant laquelle il avait économisé pour la dot. Puis il fut muté au Caire, où il arriva sans connaître pratiquement personne à part moi. Il se mit à me voir fréquemment et à passer les soirées avec moi, qui rompis avec mes autres amis et laissai tomber certaines de mes affaires à cause de lui.

C’était il y a deux ans et je me souviens encore aujourd’hui quand il s’était ouvert à moi, la première fois que nous nous revîmes, sur son désir de se marier. C’est qu’il est un jeune homme sans vices, en bonne santé et la dot est prête. Il a même en sa possession une collection rare de peaux de serpents, de lézards et de crocodiles, ainsi que des éventails en plumes d’autruches qui lui épargnaient les dépenses en cadeaux à offrir à la mariée, qui est encore inconnue.

La deuxième fois que nous nous vîmes, Abdel-Aziz se mit à me consulter et à se plaindre de ses problèmes. Il me dit :

— J’ai un collègue qui me propose une de ses proches qu’il couvre d’éloges (je compris que son mariage était devenu un sujet de discussion dans son service.) Il m’a demandé de l’accompagner dans une visite aux parents de la jeune fille pour la voir, mais j’ai décliné sa proposition car je suis timide et il m’est pénible d’arriver dans une demeure où tout le monde sait — même les domestiques — que je viens en prétendant. Comment échapper au sentiment que je viens m’imposer aux gens ou bien que je suis englué dans un problème à cause de mon manque de savoir-faire et ma … Ma pudeur m’interdit également de blesser l’amour propre d’une famille par un refus, si la jeune fille vient à ne pas me plaire. De plus, par mon refus, je n’échapperais aux mots cinglants que ne manquerait pas de m’infliger toute la famille — la jeune fille en tête — après que nous ayons échangé de faux sourires et saluts dans le salon.

La nuit suivante, il vint me dire :

— Je me suis mis d’accord avec mon collègue pour qu’il me fasse connaître sa cousine au cinéma et j’ai pensé qu’il serait correcte que ce soit moi qui paye les billets d’entrée. Ça se passera demain et il m’a promis qu’il ne mettrait pas la jeune fille au courant, qu’elle ne saura donc pas que cette sortie au cinéma est organisée pour la soumettre à un prétendant et que la rencontre aura lieu comme par pure coïncidence, et non comme une rencontre organisée intentionnellement.

Et naturellement, le collègue faillit à sa promesse et la jeune fille se vêtit de la plus coûteuse et acheta une paire de chaussures pour la circonstance.

Abdel-Aziz arriva tôt au cinéma, choisit une place discrète située près de l'entrée de la salle et se mit en devoir de scruter les spectateurs qui entraient jusqu'à ce qu'il aperçut, de loin, son collègue. Mais la cohue était telle qu'il ne put voir le visage de la jeune fille. Il parvint tout juste à en entrevoir quelques parties éparpillées entre les épaules, les fez et les couvre-chefs. Son cœur tressaillit quand il les vit accompagnés d’une vieille femme, aux yeux prédateurs et il comprit que c’était lui la proie attendue. Prenant alors son courage à deux mains, il entra dans la rangée où ils s’étaient installés et son collègue se leva pour le saluer chaleureusement, avec l’étonnement feint de cet heureux hasard qui les faisait se rencontrer. La famille s’arrangea pour que le siège d'Abdel-Aziz se trouvât à droite de celui de la jeune fille, mais à peine s’était-il assis que les lumières furent éteintes. Sa voisine demeura, tout le temps de la projection, comme hypnotisée, ne tournant sa tête ni à droite ni à gauche. La mère, quant à elle, le cou comme pris d’un torticolis, demeura la tête penchée dans sa direction, durant toute la séance, ne le quittant pas de ses yeux qui dégageaient, dans l’obscurité, une lueur qui ne brillait pas moins que celle qui émanait de la cabine de projection et venait éclairer l’écran. A l’entracte, Abdel-Aziz vit que la jeune fille portait au poignet une belle montre faite de poudre de diamant, mais il remarqua qu’elle était bloquée sur dix heures vingt. L’obscurité se fit de nouveau puis les lumières s’allumèrent et le public se déversa hors de la salle, accompagné par une marche militaire rythmée. Son collègue se mit à héler un taxi — alors que ses proches n’habitaient pas très loin de là — puis ils disparurent le laissant là, noyé dans sa sueur et c’est comme ça que s’acheva la séance de cinéma, ainsi que l’exposition de la jeune fille.

* * *

Abdel-Aziz dit en se plaignant :

— Dis moi comment je peux prendre une décision définitive à propos d’une question dont dépend mon avenir et mon bonheur, après une rencontre furtive comme celle-ci ?

Puis il vint me trouver quelques jours après, avec, dans les yeux, l’expression de quelqu’un que Dieu aurait soumis à une épreuve décisive, et il me dit qu’il avait — par le biais du ministère du Culte — rencontré une jeune fille au zoo et une autre — par le biais du siège du gouvernement — près de Chicorelle, et enfin une troisième — par le truchement du ministère des Communications — dans le jardin Andalousie. Seulement, la première était petite de taille alors qu’il la voulait grande, la deuxième était grande, mais aux formes rondes alors qu’il la voulait élancée et la troisième était brune, alors qu’il la voulait blanche ; c’est qu’il revenait du Soudan et il avait horreur des brunes.

Je ne pus m’empêcher de le plaindre et priait Dieu pour qu’il lui vienne en aide dans sa grande détresse.

Mon ami avait désespéré de réussir à rencontrer l’élue de son cœur hors de la demeure familiale et, à force d’entraînement et d’exercice, sa timidité avait disparu et il n’eut plus peur de se présenter comme prétendant par la grande porte.

A Manial Al-Roda, il avait vu une jeune fille qui tenait à peine debout, tellement elle était maigre ; à Abbassiya, il avait vu une autre, mais elle avait les yeux qui louchaient ; enfin, à Choubra, il en avait vu une troisième, seulement elle était dartreuse.

Je lui dis que le mariage était une loterie, et il acquiesça. Seulement, je me rendis compte qu’il ne comprenait pas cette sagesse comme signifiant qu’en de telles choses, la réussite était entre les mains de Dieu et non entre celles des hommes. Il avait pris le mot loterie comme voulant dire qu’un shilling joué devait rapporter cent livres, sinon on devait se considérer comme perdant.

A la fin, par souci d’économie de temps et d’efforts, je lui conseillai de recourir aux services d’une marieuse. Il me demanda si j’en connaissais une et, par chance, il y avait encore dans notre quartier, une marieuse célèbre du nom de Zennouba. Sa mère avait été une vendeuse ambulante et, ayant apparemment connu le veuvage alors qu’elle était encore jeune, Zennouba, pour gagner sa vie, n’avait pas trouvé d’autre issue que celle de faire le métier de sa mère. Elle l’avait même dépassée et avait ajouté à son activité héritée, celle de marieuse. Les voisins parlaient de sa grande fortune et de sa terrible parcimonie dans les dépenses. Pour elle, c’est comme si les chiffres avaient été créés d’abord pour compter l’argent. Malgré sa jeunesse, elle portait un voile noir et ses habits étaient vieux et usés bien que propres. Elle avait des doigts comme des serres de rapaces qu’elle serrait sur un antiqusac à main digne d’être exposé dans des musées. Elle semblait boiter légèrement, car le talon de sa chaussure était usé et tordu et portait des lunettes avec un cadre en fer blanc, au travers desquelles elle regardait le monde avec ses yeux grossis exagérément par les verres. Sa parole était ensorcelante et ses arguments imbattables.

J’accompagnai Abdel-Aziz chez Zennouba qui lui jeta un regard dans lequel je compris qu’elle lisait le chiffre vingt-cinq livres, clairement écrit sur le visage du client et qui représentait le montant de sa commission. Je le laissai avec elle et sortis ; rien n’est plus détestable pour un courtier que de voir une tiers personne entre lui et le client.

 

* * *

Zennouba lui offrit une tasse de café et un agenda plein de noms et d’adresses de candidates, d’informations sur leurs proches qui avaient un certain pouvoir, un certain degré d’instruction, ainsi que la quantité de legs qui leur reviendrait à la mort du grand-père ou de la grand-mère, après une longue vie bien sûr.

S’ouvrirent alors pour Abdel-Aziz les portes d’un monde nouveau et il se mit à tourner les pages de l’agenda comme s’il lisait une histoire passionnante qui lui captiva l’esprit et le cœur. Ensuite, Zennouba revint avec une série de photos de jeunes filles dans lesquelles il y avait les souriantes, les timides ou les effrontées. Il y avait également celles qui portaient une robe de soirée et celles qui choisissaient de s’habiller en paysanne et s’étaient allongées près d’une jarre. Abdel-Aziz, l’affamé, se trouva soudain devant un banquet appétissant. Il ne sentit pas le temps passer et finit quand même par s’arracher de chez Zennouba en lui promettant de revenir deux jours après. Quand il fut dehors, il sentit que la vie était douce et que cette soirée était la plus agréable qu’il eût passée au Caire depuis son retour du Soudan. Il souhaita qu’une telle soirée puisse se répéter.

Le jour du rendez-vous vint et Abdel-Aziz se dirigea résolument vers la maison de Zennouba. A peine s’était-il installé et avait-il but son café que sa langue se délia et il se mit à se plaindre des déboires et vicissitudes de la vie du célibataire, et Zennouba se mit à le questionner sur sa famille, son passé, ce qu’il aimait manger et boire, les endroits où il passait ses soirées et avec qui il les passait. Il se plaignit de la solitude et lui dit :

— Je ne trouve aucun compagnon, si ce n’est ton voisin que tu connais. Il est silencieux, a l’esprit ailleurs et est un habitué des cafés. Chaque fois que je le quitte, je jure ne plus le revoir, mais je ne connais personne d’autre que lui.

Elle lui rétorqua :

— Dieu te fera rencontrer une belle mariée, fille de bonne famille. Remets-en toi sincèrement à lui.

Sa tendre compassion lui alla droit au cœur et il se leva pour aller s’asseoir à côté d’elle sur le canapé et lui dit :

— Mis à part toi, je n’ai trouvé personne qui me comprenne. Je m’en remets, madame Zennouba, à ton esprit clairvoyant et à la bonté de ton cœur. Zennouba remarqua alors qu’un bouton du vêtement d'Abdel-Aziz était sur le point de tomber. Elle se leva pour aller chercher un fil et une aiguille. Abdel-Aziz remarqua que sa démarche était élégante et que sa taille était svelte. Mais son regard fut contrarié par les cheveux qu’elle portait ramassés sur la tête et il détesta les boucles d’oreilles avec pendentif en forme de cœur transpercé d’une flèche qui se balançait chaque fois qu’elle bougeait la tête. Il parcourut le salon du regard et remarqua que le mobilier, bien que vétuste, était propre et bien agencé. Il constata également que la demeure était calme, sans bruit ni désordre. Le café était fait comme il se doit, l'eau était bouillie à la gomme alimentaire. Il se dit : « A quoi ressemble-t-elle si elle enlève ses lunettes ? ».

Elle revint et se baissa pour lui coudre le bouton. Sa tête se

rapprocha du torse de l'homme et ses cheveux faillirent lui chatouiller le nez. Il huma l'odeur de sa peau et sentit la chaleur de son corps. Son regard s’arrêta un instant sur ce fin duvet en bataille, caché à la naissance des cheveux, sur la nuque et dont la couleur demeurait indéfinissable. Le cœur de l’homme fondit de tendresse devant l’innocence et la faiblesse de cette femme. Puis, sans qu’il l’eût voulu, son regard glissa par l’échancrure de la robe — qui s’était abaissée par le fait que Zennouba était penchée — pour arriver à la naissance de deux seins serrés l’un contre l’autre, tels deux pigeons dormant dans un nid étroit. On les aurait crus endormis, alors qu’ils palpitaient et frémissaient du secret de la vie.

Elle coupa le fil avec ses dents et lui dit en souriant :

— Si tu as des vêtements à ravauder, n’hésite pas à me les apporter. Rien ne me fait plus plaisir que d’aider un homme aussi paisible et qui a un aussi bon cœur que toi.

Puis elle lui parla de la jeune fille qu’elle lui avait choisie et lui montra sa photo. Elle ne lui plut pas et il le lui dit franchement. Elle lui montra de nouveau son catalogue et il se mit à le feuilleter, l’esprit ailleurs, jusqu’à ce qu’il s’arrêta sur l’une d’elles et lui dit :

— Si cette jeune fille troquait ses longues boucles d’oreilles contre de plus petites, elle serait plus belle. Leur mode est dépassée et il n’y a plus que les filles encore campagnardes qui en portent.

Le passage en revue du catalogue s’acheva sans qu’Abdel-Aziz eût fait son choix. Zennouba n’en prit pas ombrage et lui demanda de patienter encore deux jours pour qu’elle lui trouvât, sans doute, une jeune fille, bonne, qui lui conviendrait. La fois suivante, Abdel-Aziz se dirigea vers la demeure de Zennouba, un peu plus élégamment vêtu et avec une boîte de chocolats comme cadeau. En lui remettant son présent, son cœur palpita, car il remarqua qu’elle avait troqué ses boucles d’oreilles pendantes contre de petites boucles en forme de fleurs blanches. Elle lui offrit une galette faite de ses mains et ils s’assirent pour déguster leurs présents mutuels. L’étrange, dans l’affaire, est qu’il ne commença pas son propos en parlant de la jeune fille à marier, mais il se mit à lui raconter sa vie, son détachement au Soudan, tandis qu’elle l’écoutait avec intérêt et ils rirent plusieurs fois de concert. Soudain, Abdel-Aziz lui demanda :

— Pourquoi n’enlèves-tu pas ces lunettes ?

Et, joignant le geste à la parole, il tendit la main et lui retira ses lunettes. Il vit alors des yeux légèrement exorbités comme le sont ceux des gens atteints de myopie et il ne savait pas avant cela que ce handicap donnait une certaine beauté aux femmes, car le regard a quelque chose de vague, de perdu dans les méandres des rêveries. Il remarqua des yeux limpides où transparaissait un sourire pudique, dû à leur nudité soudaine, après être restés si longtemps voilés derrière les verres.

— Par égard pour moi, quand je viens te voir, ne mets pas ces lunettes.

Elle rit et lui dit :

— C’est toi qui réglera alors la note des verres et des assiettes qui me tomberont des mains.

Il sortit vers minuit, le cœur serein, les nerfs apaisés. Rendez-vous était pris pour le jour suivant.

Le lendemain, elle lui soumit la photo d’une nouvelle jeune fille, mais il la regarda à peine et l’écarta en disant :

— Elle ne me plaît guère.

— Je ne sais plus comment faire avec toi. Comment tu la veux ?

Il dit en la dévorant des yeux :

— Je la veux de ta taille, de la même couleur de cheveux que les tiens, avec ta bonté et ta courtoisie. Je la veux également brune comme toi ; c’est que je n’aime guère les femmes blanches car elles restent froides à mon cœur …

Les joues de Zennouba rougirent, elle lui dit :

— Reviens après-demain, j’aurais peut-être trouvé ce que tu cherches.

Ses collègues remarquèrent qu’il ne se plaignait plus et qu’il était devenu plus jovial et plus épanoui ; seulement ils ne le voyaient pas la nuit, quand il marchait le long de la berge du Nil, le cœur broyé par une main forte et impitoyable qui l’attirait irrésistiblement vers la demeure de Zennouba.

Abdel-Aziz retourna chez Zennouba et ils demeurèrent à discuter longuement. Puis il lui demanda avec un sourire :

— Alors, tu l’as trouvée ?

Elle lui répondit :

— Qui ?

— La mariée !

Elle se troubla, comme si elle sortait d’unrêve, puis elle se leva et dit :

— Oui, je l’ai trouvée et je vais t’en montrer la photo.

Abdel-Aziz l’attrapa, la fit asseoir à côté de lui et lui dit :

— Cessons de nous mentir à nous-mêmes et tu sais maintenant ce que je veux dire.

* * *

Zennouba quitta notre quartier et Abdel-Aziz cessa de me voir. Mais je le rencontrai une fois, par hasard, et il m’informa qu’il avait épousé Zouzou — c’est le nouveau prénom de Zennouba — et il me fit jurer de n’en parler à personne car, comme il dit, il ne voulait pas que les gens sachent qu’il avait épousé une femme riche. Je le tranquillisai et le félicitai. Mais après un petit moment de réflexion, il me dit :

— Il y a quelque chose que je ne comprends pas chez ma femme. Elle est belle, elle a bon cœur, mais elle m’a un peu contrarié à propos d’un fait qui n’en vaut pas la peine. Je lui ai donné la dot convenue dans une enveloppe, accompagnée d’une collection rare de peaux de serpents, de lézards et de crocodiles, ainsi que des éventails en plumes d’autruches. Elle a ouvert l’enveloppe devant moi, compté l’argent et m’a dit, les larmes aux yeux :

— Il manque encore une somme. En vérité, c’est vingt-cinq livres qu’il faut, si tu veux être juste.

Je me détournai de mon ami pour qu’il ne puisse voir mon sourire. Cette marieuse chevronnée avait tout simplement oublié, en recevant la dot, que c’était elle la mariée.

Traduction de Djamel Si-Larbi

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