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Inflation . Le taux d'inflation annoncé par le gouvernement est largement sous estimé. Explications.

Les petits « trucs » de l'indice

2,4 %. C'est le taux d'inflation pour l'année 2002 annoncé par le premier ministre Atef Ebeid, il y a deux semaines. Un taux jugé inférieur à la réalité par les spécialistes.

Tout d'abord, ce chiffre contredit le bon sens et l'observation, puisque les prix des aliments chez les commerçants de détail ont augmenté fortement lors de la dépréciation de la L.E. de 35 % qui a eu lieu en 2002. Or, l'alimentation absorbe à elle seule plus que 50 % des dépenses des familles égyptiennes, selon les résultats des dernières statistiques sur la consommation, publiées en 2000.

De plus, le gouvernement a pris, depuis l'arrivée d'Atef Ebeid au poste de premier ministre, fin 1999, des mesures expansionnistes qui conduisent inévitablement à une hausse des prix. Les dépenses publiques ont augmenté, creusant ainsi le déficit budgétaire à 4 % (contre 1 % pendant la décennie 1990). Ces sommes ont été injectées dans le secteur de la construction, susceptible d'engendrer une croissance rapide. Ainsi, de nouveaux bâtiments administratifs ont poussé au Caire. Et, depuis trois ans, les projets d'infrastructures battent leur plein dans les quatre coins de l'Egypte, absorbant annuellement plus de 15 milliards de L.E. En second lieu, le gouvernement a annoncé l'embauche de 150 000 nouveaux fonctionnaires publics. Toutes ces dépenses exercent des pressions inflationnistes, puisque l'argent ainsi dépensé par l'Etat passe dans la consommation sans augmentation de la production.

Par ailleurs, le gouvernement est passé aux deuxième et troisième phases de la taxe sur les ventes (TVA). Cette taxe s'est traduite à son tour par une hausse des prix.


Du taux officiel au taux officieux

Le bulletin mensuel du ministère du Commerce extérieur avoue, mais de manière voilée, que le taux d'inflation officiel n'est pas totalement exact. En fait, une note de bas de page, dans le numéro de décembre 2002, explique que le taux d'inflation annoncé est basé sur les chiffres de la consommation des ménages en 1991. Ceux-ci sont désuets. La note explique que le taux serait de 4,1 % si l'on se référait à des données plus récentes, celles de 1998 par exemple.

Par ailleurs, le même bulletin ajoute que le taux d'inflation annuel des prix de la vente en gros s'élevait à 9,7 % en septembre 2002. Ce chiffre cache en fait des écarts importants dans la variation des prix des différents produits. Par exemple, alors que les prix du tabac et du fuel sont restés presque inchangés, ceux de plusieurs biens intermédiaires, comme le caoutchouc et les produits en plastique, ont connu des hausses conséquentes, pouvant aller jusqu'à 16,4 %. De même, le taux d'inflation est de 21,9 % pour les aliments, et celui des produits agricoles de 9,5 %. Les rapports diffusés par l'Union des chambres de commerce confirment cette tendance, puisqu'ils signalent une augmentation des prix de la farine, de la viande, de la graisse, du riz, des produits laitiers et des légumes, d'après les chiffres de vente.


Du taux officiel aux chiffres réels

« Nous avons examiné la méthode selon laquelle le gouvernement calcule le taux d'inflation, elle s'est révélée plus ou moins correcte », explique Ahmad Galal, directeur du Centre égyptien des études économiques, indépendant, mais proche des décideurs. Il ajoute qu'il faut revoir le poids relatif des dépenses ; les dépenses consacrées à l'habitat, par exemple, sont sous-estimées.

Ibrahim Al-Essawi, conseiller de tendance gauchiste, au sein du l'Organisme de planification publique, est du même avis. Pour lui, « tant qu'il n'a pas atteint les 10 %, le taux d'inflation reste contrôlable. Même s'il y a des problèmes techniques dans la façon de calculer l'indice des prix à la consommation et même si cette méthode ne reflète pas vraiment les changements annuels des prix ». Il donne plusieurs exemples pour illustrer son propos : Parfois, le gouvernement inclut dans le calcul les prix des biens subventionnés, tout en écartant de l'indice les prix d'autres biens. De même, les leçons particulières ne font pas partie de cet indice. Bien que celles-ci absorbent 7 milliards de L.E. par an. Les dépenses de santé sont également sous-estimées, puisque le gouvernement ne prend en considération que les services publics dont les prix sont restés quasi stables. Mais compte tenu de leur mauvaise qualité, les gens ont souvent recours au privé, beaucoup plus cher. Et enfin, le calcul du taux d'inflation ignore les effets de la dévaluation.

« Mais malgré tout, il n'y a pas de quoi s'inquiéter du taux d'inflation pour le moment. Il est toujours bas même s'il dépasse probablement le taux annoncé par le gouvernement », assure Galal. Il exclut le scénario des années 1990, où les prix augmentaient de 25 % d'une année à l'autre. Il explique cela par le fait que les capacités productrices de la plupart des industries sont sous-exploitées, « et par ce, l'augmentation de la demande pourrait être facilement obéie, sans s'inquiéter d'un effet inflationniste », conclut-il.

Marwa Hussein
Salma Huseins

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