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Avril prochain sera le mois
d'Alexandrie, celui où cette cité plusieurs
fois millénaire fera parler d'elle-même à
l'occasion de l'inauguration de sa bibliothèque,
qui fait le lien entr e
le passé, le présent et même le futur.
A cette occasion, une série de publications sur la
ville va être lancée. Alexandria Rediscovered
(La Redécouverte d'Alexandrie), de Jean-Yves Empereur,
une publication du British Museum, vient apporter
à l'aide de magnifiques illustrations un nouveau
regard sur un passé qui est somme toute omniprésent.
L'Alexandrie de nos jours a en fait cette particularité
d'être construite sur les restes de la ville antique.
D'une certaine manière, l'une cache l'autre. Et la
mer aussi est le lieu de trésors et de monuments
engloutis. Ce qui rend tout aussi passionnant que difficile
le travail des archéologues.
Le nom de Jean-Yves Empereur est lié à celui
d'Alexandrie depuis une dizaine d'années au moins.
Comme Lauer, cet homme fabuleux de Saqqara, qui semblait
investi de la mission de ressusciter Djoser, l'architecte
Imhotep et la pyramide à degrés, Empereur
est l'homme d'Alexandrie qui s'est attaché à
remettre au jour la 7e merveille du monde, le phare d'Alexandrie.
Ses découvertes, au titre de la mission du Centre
d'études alexandrines qu'il a fondé en 1990,
ont augmenté de manière considérable
notre connaissance de la ville.
C'est ce que montre cet ouvrage de luxe magnifiquement illustré
par le photographe Stéphane Compoint. Le livre répond
à l'intérêt du grand public. Il ne vise
pas, comme le souligne Empereur dans sa préface,
à relater l'histoire de la capitale des Ptolémées,
mais simplement à démontrer comment « quelques
années passées sur le site ont permis d'éclairer
d'une lumière nouvelle des problèmes concernant
la topographie de l'ancienne cité ».
Il pose à cet égard toute la problématique
de la recherche des traces d'une ville qui, tout en livrant
de nombreux secrets, continue à se dérober
aux regards du présent. Où est le tombeau
d'Alexandre le Grand ? Une question récurrente
qui n'a pas encore la moindre réponse. Il compare
le destin d'Alexandrie à celui de sa grande rivale,
Rome. Or si l'on peut cheminer encore à travers les
monuments de la Rome antique, ceux d'Alexandrie, bien que
connus grâce aux récits des historiens, n'ont
laissé que peu de traces.
Les explications, il y en a beaucoup. Sans doute celle de
la présence sur le même lieu d'une cité
des morts et de celle des vivants semble la plus plausible.
« A comparer à la poignée de
sites qui peuvent être vus aujourd'hui, un très
grand nombre de monuments ont disparu pour toujours »,
relève-t-il. Pourtant, des efforts ont été
déployés. Les habitants modernes de la ville
ont démontré une passion véritable
pour leur cité, « mais c'était
une bataille perdue (...) Le fait de réaménager
le centre de la ville pour en faire une des principales
agglomérations urbaines de la Méditerranée,
implique des sacrifices irréversibles. Et ce destin
s'accélère », soutient Empereur.
Pourtant, il cite l'amphithéâtre de Kom Al-Dekka,
qui a été conservé et préservé
et qui aurait dû servir d'exemple à suivre.
De toute façon, ce qui subsiste est d'une splendeur
inégalée. L'auteur s'attache dans le livre
à expliquer et décrire les méthodes
qu'il a utilisées pour mettre au jour ces découvertes
spectaculaires, souvent dans des conditions des plus difficiles.
Il en ressort aussi les informations sur ce que ces vestiges
révèlent en ce qui concerne la vie quotidienne
de l'ancienne cité.
Des révélations extraordinaires dans la mesure
où la ville a été un carrefour de cultures,
hellénique, juive et chrétienne. Mais les
fouilles sous-marines les plus spectaculaires sont celles
menées à la recherche de la 7e merveille du
monde, le phare d'Alexandrie. C'est l'uvre à
laquelle Empereur s'est voué, du moins celle qui
a le plus fouetté l'imagination du public. Menées
dans la baie de Qaïtbay, ces explorations ont révélé
des pièces d'une très grande variété
remontant à différentes périodes de
l'Histoire, notamment à l'époque pharaonique.
Mais en ce qui concerne le phare même ? Il en
reste des vestiges sans doute. Certaines des pièces
remontées en faisaient partie. Mais le mystère
plane toujours sur un monument dont les ruines pouvaient
encore être observées jusqu'au XIVe siècle.
C'est le symbole d'une Alexandrie qu'on devine et qui ne
montre que quelques facettes de son passé. Le charme
se maintient ainsi, mais aussi la volonté d'aller
plus loin dans la découverte.
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