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La
décision dangereuse de certains officiers de
l'armée israélienne de refuser de
participer aux opérations militaires dans
les territoires occupés nous rappelle,
à nous Arabes, que la société
israélienne n'est pas formée
uniquement de 3,5 millions de Sharon. Il y a aussi
ceux qui s'opposent à Sharon pour les
mêmes raisons que l'opinion publique arabe.
L'opposition en Israël n'en est cependant pas
arrivée au point d'introduire
u n
changement dans le gouvernement. Pourtant, le fait
d'ignorer cette opposition et de la
considérer comme inexistante n'est
peut-être pas le moyen le meilleur pour
affronter la réalité qui nous
entoure. De même, le fait d'insister sur
cette réalité comme étant la
seule expression vraie de l'opinion publique au
sein d'Israël nous fait glisser dans le
piège de la méconnaissance de la
réalité vécue. Celui qui suit
de près les différents moyens
d'expression de l'opinion publique arabe trouvera
qu'il y a deux camps éloignés l'un de
l'autre et qui s'opposent dans leur
extrémité, alors que la
réalité se trouve à mi-chemin
entre ces deux camps. C'est-à-dire que
l'espace situé entre ces deux extrêmes
est quasiment inexistant dans nos
médias.
Ainsi, la
lettre signée par 50 officiers de
réserve israéliens et envoyée
à la presse israélienne pour dire
leur refus de participer aux opérations
militaires contre les Palestiniens dans les
territoires occupés vient nous confirmer
à nous comme au monde entier qu'au sein
même d'Israël, dans les endroits les
plus sensibles, il existe un courant qui s'oppose
aux politiques de Sharon. Une opposition qui peut
mener certaines personnes à avoir des
positions qui pourraient les faire
comparaître en justice, pour trahison. La
lettre accusait l'armée israélienne
d'adopter une politique illégitime avec
comme mots d'ordre « l'occupation,
l'expulsion, la famine, l'humiliation de tout un
peuple ». Dix jours après sa
promulgation, les signatures se sont
multipliées. Le nombre de contestataires
s'est élevé à 150 officiers.
Actuellement, le chiffre est estimé à
environ 260 officiers, outre 400 réservistes
qui n'ont pas été appelés pour
effectuer leur service militaire, mais qui ont
signifié aux autorités des objections
quant au fait de revenir à leurs postes. Il
y a aussi d'autres personnes dont les positions
sont surnommées « le refus
gris », c'est-à-dire ceux qui
refusent le service militaire sans l'afficher
ouvertement. Ces derniers prétendent
s'abstenir pour des raisons de santé.
Cette
position au sein d'Israël n'est pas la
première du genre. Le même
scénario a déjà eu lieu durant
l'occupation du Sud-Liban. Cela avait
créé une opinion publique d'une
grande influence au sein de la
société israélienne voulant
mettre un terme à l'effusion de sang
là-bas. A
tel point que l'une des promesses
électorales qui ont permis à
l'ex-premier ministre travailliste Ehud Barak de
réussir aux élections et de
l'emporter sur son concurrent du Likoud, Benyamin
Netanyahu, était celle de se retirer du
Liban. Promesse tenue unilatéralement par
Barak après son accession au pouvoir. En
1978, un groupe similaire de jeunes officiers de
l'armée avait appelé le gouvernement
israélien à faire la paix avec les
Arabes. Cela était le noyau qui a
constitué le mouvement de « La
Paix maintenant ».
Pourtant, je n'ai point trouvé dans notre
presse arabe un intérêt significatif
pour ce fait qui démontre une
évolution ; il est d'ailleurs le
résultat direct de la ténacité
du peuple palestinien et de sa lutte vaillante
à travers l'Intifada d'Al-Aqsa qui s'est
déclenchée et qui se poursuit avec
acharnement il y a plus de 18 mois. La presse
israélienne et internationale a donné
de l'importance à ce sujet qui est devenu
une sorte de fer de lance pour attirer tous ceux
qui ont été frappés par le
désespoir à cause de la politique de
Sharon. Surtout que ce dernier avait promis paix et
sécurité aux Israéliens dans
un délai de 3 mois. Aujourd'hui, 18 mois se
sont écoulés et jamais la situation
n'a été aussi cauchemardesque et
dénuée de sécurité et
de paix.
Le journal Yediot Aharonot a publié
que les 50 officiers qui ont affiché leur
refus sélectif « ont fait
preuve de courage lorsqu'ils n'ont pas
respecté la tradition de l'armée
israélienne et de ses dirigeants. Cette
tradition qui justifie la destruction des demeures,
l'arrachement des arbres, l'embrasement des champs,
et naturellement les liquidations physiques dans
les territoires palestiniens sous prétexte
de sauvegarder notre sécurité et de
nous protéger, nous et nos enfants, du
terrorisme. Alors qu'il nous est demandé au
milieu d'un consensus de silence de ne faire aucune
allusion à nos atroces provocations dans ces
territoires ».
Le journal a aussi démontré que ceux
qui les critiquaient ignoraient un fait très
important : « Au lieu d'examiner
les causes réelles soulevées par les
officiers contestataires, d'en discuter les raisons
pour tenter d'effacer la honte contre laquelle ils
s'insurgent, nous nous élevons contre eux,
de manière intolérante, en les
qualifiant de lâches. Comme si leur
manière d'agir était un facteur
important de sape du système
démocratique, etc. ».
Dans le journal Maarif, Colette Aftal
critique, elle, la position de l'armée
israélienne vis-à-vis des 50
officiers et adresse plusieurs questions au chef de
l'état-major au nom du droit du public
d'être informé :
« Les humiliations inhumaines des
soldats israéliens aux barrages militaires
érigés sur les routes vont-elles
prendre fin lorsque les soldats ôteront leur
uniforme militaire ou bien garderont-ils cette
charge dangereuse de haine pour la diriger au
cur de la société
israélienne ? ».
L'écrivain poursuit son interrogation et
demande au chef de l'état-major :
« Ne croyez-vous pas que beaucoup
d'officiers de l'armée ont perdu le sens
même des valeurs qui doivent
caractériser leur
fonction ? ». Puis, elle affirme
que le journal Haaretz a publié une
déclaration d'un officier selon laquelle
nous devons étudier les moyens
utilisés par les nazis en ce qui concerne la
destruction du ghetto juif à Varsovie. Et
ceci pour se préparer aux combats dans les
villes palestiniennes. Un autre journal a
également publié, d'après la
même journaliste, qu'un
délégué de l'infanterie a
essayé d'inciter des étudiants de
l'école secondaire Hartmann à
Jérusalem à faire partie de
l'armée, avec ces mots :
« Nous prenons des photos avec des
cadavres palestiniens ».
La
journaliste insiste sur le fait qu'il aurait mieux
valu que le commandant des officiers chargé
de l'enseignement à l'armée accorde
plus d'intérêt à la
déchéance des murs au lieu de
critiquer les officiers qui refusent le service
militaire dans les territoires occupés.
D'autre part,
si Sharon déclare que le fait de refuser
l'enrôlement dans l'armée est une base
d'effondrement du système
démocratique, Mordehaï Karhenter,
président de l'Institut israélien
pour la démocratie et président du
Conseil de la presse, pour sa part, réplique
à cela dans Haaretz par le biais d'un
article de Dalia Chahouri :
« Les signataires de la lettre font
partie intégrante du système
démocratique, les actes
d'hégémonie sur le destin
pratiqués par Israël dans les
territoires occupés contre des personnes qui
ne jouissent d'aucun droit de citoyenneté
sont une violation extrêmement dangereuse de
la démocratie. Il est certain qu'on ne peut
arrêter ces pratiques de manière
démocratique ».
La position des officiers contestataires a eu un
énorme impact au sein de la
société israélienne à
tel point que Shaol Mofaz, chef de
l'état-major, a été
obligé de comparaître devant la
commission des affaires étrangères et
de la sécurité à la Knesset
pour clarifier la situation. A sa sortie, il a
déclaré aux journalistes que cela
était une question très dangereuse.
« Cela va plus loin qu'un simple
refus, c'est une réelle incitation à
la rébellion ».
Quant à la presse étrangère,
l'un des réservistes israéliens,
Ishai Menuchin, président du
mouvement « Yesh Gvul »,
qui défend le droit des soldats au refus des
ordres qui leur sont donnés, a publié
un article important dans le New York Times
repris ensuite par le Herald Tribune. Dans
cet article, il affirme avoir agi de la même
manière en 1983 que les 50 officiers. En
effet, il avait refusé d'accomplir son
service dans les territoires occupés au
Sud-Liban, car lorsqu'il a adhéré
à l'armée il y a 20 ans, il avait
prêté serment pour défendre la
patrie. Mais au cours d'une seule année de
la guerre du Liban, il avait compris que ce qu'on
attendait de lui n'était pas de
défendre Israël, mais d'envahir un
autre Etat. Il avait donc refusé cette
situation et a été condamné
à 35 jours d'incarcération dans l'une
des prisons militaires.
Il poursuit :
« Aujourd'hui, alors que je suis
encore réserviste dans l'armée
israélienne, je défends toujours mon
pays, mais je ne participerai à aucune
occupation militaire. Tout cela a engendré
au fil des ans un climat d'insécurité
et de manque de tolérance en Israël. La
violence qui sévit aujourd'hui en
Israël n'en est qu'une preuve
supplémentaire ».
L'officier qui
refuse d'exécuter son service en dehors des
frontières de 1967 aborde la cause de la
démocratie, en affirmant :
« Etre citoyen au sein d'un Etat
démocratique veut dire s'engager à
respecter tous les principes démocratiques.
Il est impossible du point de vue éthique
d'être démocrate alors qu'on agit
contre les principes de la démocratie et
prive les gens du droit à
l'égalité et à la
liberté en les mettant sous le joug de
l'occupation. Occupation qui est par
définition une action
antidémocratique. L'occupation
israélienne qui dure depuis une
génération entière soumet plus
de 3,5 millions de Palestiniens à son
emprise. Ceci ne peut que m'inciter ainsi que mes
collègues israéliens à
m'opposer à la politique de notre
gouvernement en Cisjordanie et à
Gaza ».
Le président du mouvement militaire
contestataire déclare dans le journal
américain : « Je
n'obéirai pas aux ordres illégitimes
comme celui d'exécuter d'éventuels
terroristes ou celui d'ouvrir le feu sur des
manifestations civiles ». Il
ajoute : « Depuis octobre 2002,
notre armée a tué plus de 850
Palestiniens, dont 178 mineurs et 55
exécutés ». Il
affirme : « Je ne m'impliquerai
pas également dans des opérations
moins violentes, à savoir le fait d'imposer
un couvre-feu durant plusieurs mois ou encore
d'ériger des barricades dans les rues pour
empêcher le déplacement des personnes
d'une ville à une autre, de détruire
des demeures ainsi que de nombreuses autres mesures
contre les citoyens palestiniens ».
Il termine son article par cette phrase :
« Nous devons tous dire non à
l'occupation ».
Après avoir débattu du refus des
officiers israéliens à se plier aux
ordres militaires dans les territoires
occupés, nous devons faire une
remarque : ce sujet semble ne pas nous
concerner à en juger par nos médias
qui s'en détournent en ne lui accordant
aucun intérêt, à l'encontre des
médias internationaux.
Préférons-nous continuer à
juger Israël comme une seule entité
ayant une seule opinion et une seule position ou
bien devons-nous prendre conscience des divergences
qui y règnent afin de traiter avec chaque
composante de manière créative ?
Si nous le faisons, nous pourrons refuser la
position qui nous est hostile et encourager celle
qui nous est propice. La réponse est sans
doute claire. Mais il suffit de faire un tour
d'horizon de nos politiques et de nos tendances
médiatiques pour comprendre qu'elle n'est
pas aussi évidente.
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