|
L'Opep a
décidé vendredi de réduire sa
production de 1,5 million de barils par jour (mbj)
pendant six mois à compter du 1er janvier et
d'engager une coopération
« difficile » avec ses
concurrents pour stabiliser le marché
pétroli er.
Les principaux concurrents la Russie,
l'Angola, le Mexique, la Norvège et
Oman ont décidé de
réduire leur production de 462 000 bj.
Le deal qualifié du plus important de
l'histoire entre Opep et non Opep a pour but de
stabiliser le marché entre la barre de 20-25
US$ (équivalent de 22-27 brent), loin du
mécanisme 22-28 affiché pendant
longtemps et désormais gelé pour
plusieurs mois au moins. Le tout était de
prévenir une chute rapide et destructrice
pour les économies des pays
exportateurs.
Une raison suffisante pour que l'objectif de l'Opep
change du moins pour le moment. « Je
pense que le mécanisme est pour le moment en
vacances, nous suivons la situation de
l'économie mondiale », a
déclaré samedi le ministre de
l'Energie du Qatar, Abdallah bin Hamad Al-Attiya,
à la presse au Caire, après les
réunions. Il a refusé de dire
jusqu'à quand le gel restera en vigueur,
mais a laissé entendre que le
mécanisme ne sera pas réactivé
avant le deuxième semestre 2002 au moins.
« Les analystes pensent que la
croissance mondiale va reprendre au deuxième
semestre, j'espère que cette indication est
correcte », a-t-il dit, s'exprimant
à la fin d'une réunion
ministérielle de l'Organisation des Pays
Arabes Exportateurs de Pétrole (OPAEP) au
Caire.
Le cartel avait de quoi s'affoler, le prix du baril
avait chuté après le 11 septembre de
28 dollars à 17 en mi-novembre, souffrant
surtout de la baisse de la demande et des pressions
américano-européennes visant à
des prix de brut plutôt faibles. Mais
maintenant il semble que les pays importateurs vont
voir leurs factures augmenter.
La réduction de l'Opep, qui équivaut
à 6 % de la production totale de
l'Organisation des pays exportateurs de
pétrole (Iraq inclus), est la
quatrième consentie par le cartel depuis le
début de l'année. Elle porte à
5 mbj le total de la baisse opérée
par les onze pays membres de l'organisation depuis
janvier.
Mais le cartel a immédiatement
souligné « l'importance du
respect par tous les producteurs (Opep et non
Opep) de leurs engagements et la
nécessité de la poursuite de leur
coopération pour parvenir à un prix
équitable ». C'est justement
dans cet objectif qu'un très important
processus de coopération a été
engagé notamment avec la Norvège, le
Mexique et la Russie comme l'a souligné le
président de l'organisation,
l'Algérien Chakib Khelil. Il a toutefois
ajouté que ce processus
« difficile sera long »
pour amener ces pays à contribuer sur le
long terme à la stabilisation des prix du
brut.
En 1999, le cartel s'était
déjà assuré la
coopération de certains de ses concurrents,
notamment le Mexique, pour maintenir les prix
à un niveau acceptable pour les
consommateurs et les producteurs. Aujourd'hui,
l'Opep doit composer avec la Russie, 7 mbj, dont
l'objectif affiché est de redevenir le
géant pétrolier qu'elle était
en 1987 avec une production de 11,7 mbj.
Pour asseoir cette nouvelle coopération avec
Moscou et dissiper les malentendus du passé,
le secrétaire général de
l'organisation, le Vénézuélien
Ali Rodriguez, a annoncé qu'il conduira une
mission du groupe de contact de l'Opep en Russie
pour coordonner nos politiques avec les pays non
Opep. Interrogé sur la date, il a
refusé de confirmer que ce serait en
janvier, affirmant qu'elle sera fixée en
accord avec les autorités russes.
« Nous sommes tous confrontés
à des turbulences sur le marché,
même la Russie. Nous allons échanger
nos opinions et comparer nos analyses de la
situation », a-t-il expliqué.
Une trêve donc au moins jusqu'à la fin
de l'hiver. La décision du cartel sera
testée au printemps, une fois passé
l'hiver russe. « L'Opep
préfère la stabilité à
la guerre des nerfs », c'est ainsi
que le quotidien russe Izvesti commentait
vendredi la décision qu'a prise l'Opep au
Caire.
Le facteur russe
L'Organisation des pays exportateurs de
pétrole (Opep), qui fournit 35 à
40 % du brut mondial, décidait pour la
première fois le 14 novembre de conditionner
la baisse de ses quotas à un geste similaire
des grands producteurs indépendants :
la Russie, deuxième producteur mondial avec
7 millions de bj, se retrouvait en première
ligne.
Or, Moscou a toujours été très
réticente à s'engager aux
côtés de l'Opep, espérant
contrebalancer des ventes à des cours moins
élevés par le développement
d'un partenariat privilégié avec les
pays consommateurs de brut en Occident.
Parallèlement, un effondrement trop
important du prix du baril de pétrole
risquait de mettre en péril tout
l'équilibre du budget russe, dont 40 %
des recettes proviennent des exportations
énergétiques (le seuil de danger
étant évalué à environ
17 dollars le baril). « Il fallait
éviter une guerre des prix qui aurait fait
plonger le baril à 12 ou 10
dollars », a souligné la
banque Renaissance Capital. La Russie
s'était donc résignée
début décembre à
réduire ses exportations de 150 000 bj
à compter de janvier, un geste à peu
près conforme aux exigences du cartel. Mais
en apparence seulement. « La Russie
n'a en fait rien octroyé de plus que la
traditionnelle réduction hivernale, en la
déguisant en concession à
l'Opep », avait souligné
Stephen O'Sullivan, de la société
d'investissements notamment pétroliers
UFG. Chaque année au premier
trimestre, les exportations de pétrole russe
diminuent de 100 000 à 150 000
barils, l'hiver russe entraînant une hausse
des besoins du marché intérieur.
Cette « offre
virtuelle » a permis au cartel de
« sauver la face » et de
mettre en place sa propre réduction pour
faire remonter les cours, a relevé
UFG. Les prix du baril vont, suite au deal,
s'établir légèrement au-dessus
des 20 dollars, « un cours quasi
idéal pour la Russie, aussi bien pour les
groupes pétroliers que pour le budget
national », a estimé le
quotidien russe Vremia Novostieï. Mais
rien ne dit que la réduction russe tiendra
au-delà du 1er trimestre. Toutes les grandes
compagnies pétrolières russes ont
confirmé leur programme de
développement pour 2002, prévoyant
une hausse substantielle de production pour nombre
d'entre elles (Ioukos et Sibneft,
notamment).
En outre, plusieurs experts supputent que les
exportations de brut seront remplacées par
des ventes de produits raffinés.
« La méfiance a toujours
été de mise entre les deux parties,
et le marché n'est pas beaucoup plus
confiant », a relevé un
responsable d'une grande compagnie occidentale
à Moscou.
Les ministres de l'Opep se sont refusés
à toute spéculation sur une nouvelle
réduction ultérieure de leur
production, indiquant que cela dépendra de
l'évolution du marché. Ils
s'attendaient toutefois à une
amélioration de la conjoncture mondiale au
deuxième semestre 2002 qui devrait faire
remonter la demande, et donc les prix.
Ils se sont donné rendez-vous le 15 mars
prochain à Vienne pour une évaluation
de la situation du marché, qui dépend
en grande partie du respect des engagements des uns
et des autres. « A la lumière
de cette évaluation, nous agirons pour
stabiliser les prix », a dit le
président de l'Opep.
Les dirigeants de l'Opep se sont abstenus
publiquement de préciser les
mécanismes de contrôle qui permettront
de procéder à une telle
évaluation. Toutefois, en privé, ils
ont indiqué qu'une réunion regroupant
des experts Opep et non Opep est prévue
à la mi-février, selon toute
vraisemblance à Vienne où le cartel a
son siège.
L'Opep semble avoir pour l'heure fait son deuil
d'un prix pour elle idéal compris entre 22
et 28 dollars le baril. « Les temps
ont changé », ont-ils
dit.
|