Jalons 

1974 : Naissance à Beyrouth, au Liban.
1978 : Débute sa scolarité, à Paris, Collège Saint- Louis de Gonzague des pères Jésuites.
1990 : Retour au Caire où il passe son bac et entre à l'AUC (Mass communication et marketing).
2000 : Sortie de son premier album, Warner's production.
2002 : Prépare la sortie de son nouvel album.

 

 

 

Le jeune Egyptien Omar Chakil à 27 ans a réussi à se faire un nom en France. Parcours d'un auteur-compositeur et interprète aspirant à l'universalité.
L'entre-deux : Paris-Le Caire

« A chaque fois qu'on me demande mon âge, je ne sais pas si je dois dire la vérité ou me rajeunir », lance le jeune talent égyptien de la chanson française, Omar Chakil. Il répond ainsi par humour, mais aussi pour bluffer. Car il passe souvent pour plus jeune, avec le visage enfantin qu'il a.
Un visage qui cache une énorme détermination, puisqu'il en aura fallu pour réussir à s'imposer dans le milieu de la chanson française. A l'âge de deux mois, il débarque en France où il passe seize ans chez les Jésuites. En 1990, il retourne au Caire pour le baccalauréat et les études de Mass Communication et de littérature à l'Université américaine du Caire.
« D'une manière générale, c'est plus facile de devenir chanteur en Orient, c'est-à-dire une star dans le monde auquel on appartient. Il suffit d'une belle voix, d'une musique entraînante et de paroles qui font vibrer les cœurs », dit-il. Mais pour que cela se fasse à Paris, l'itinéraire à parcourir est moins évident. A 27 ans, le musicien à part entière qu'il est, c'est-à-dire auteur-compositeur-interprète, devait travailler dur en France. Armé de sa jeune sagesse, il décide d'avancer et de ne pas s'arrêter. « Je suis arrivé dans les années 1990 à Paris avec l'ambition de signer dans une maison de disques importante, après avoir passé par beaucoup d'autres. J'ai chanté un peu partout, et enfin les grandes maisons de disques étaient intéressées. J'ai été énormément entendu, je sortais beaucoup en donnant des maquettes pour parvenir à signer en fin de compte avec la grande maison Warner's, au bout de plusieurs années ».
Mais qui est Omar Chakil ? Chakil, un nom qui à prime abord pourrait donner l'impression d'être celui d'un cheb algérien qui chante le raï. Pourtant, c'est un Egyptien, chanteur de charme et de rythme, né musicien sans appartenir à une famille de musiciens.
Chakil n'est alors que l'abréviation de ce nom très long à mémoriser. « On ne choisit pas d'être chanteur », dit-il avec une spontanéité des plus profondes. Son environnement n'était pas du tout artistique ; sa famille étant loin de la musique de cent mille lieux. Cependant, le fait de se sentir différent des autres faisait jaillir en lui un besoin incessant de s'exprimer. « L'école des Jésuites très stricte, le fait d'être étranger — car issu d'un mariage mixte — et donc différent, j'avais besoin de m'exprimer en chantant », ajoute-t-il.
Du romantisme ? « Tout à fait », répond-il avec un sourire jeune et serein. Il parle de l'amour au sens large, de la guerre, dans un style romantique. « En amour et en amitié, la première règle est d'apprendre à se connaître ». Est-ce l'étranger qui parle ? Et de poursuivre : « Mes chansons prennent une forme politique, mais elles ne le sont pas en fait. Faire de la musique, c'est faire involontairement quelque chose de politique. Car le fait d'être Egyptien, musulman, d'avoir grandi en France et de chanter en français donne l'occasion de montrer à l'Occident que tous les musulmans ne sont pas forcément des intégristes ou des arriérés ».
Même quand il évoque des choses sérieuses ou des défis, il garde son sang-froid. On a l'impression que rien ne peut l'exaspérer, affichant toujours un sourire innocent.
Evidemment, il chante l'amour, aussi simplement. « L'amour qui appelle à la tolérance, à la patience, aux valeurs universelles », poursuit-il.
Les titres de son unique album sont d'ailleurs assez évocateurs. Son premier single, qu'il a repris dans l'album, produit par Warner's, est sorti en juillet 1999 : Victimes du temps, les paroles disaient : « Attends que la pluie s'achève, attends que le jour se lève. Gardons-nous de laisser l'amour s'envoler ». Une chanson qui a été classée 10e au top français deux mois plus tard, en septembre 1999, avec plus de 100 000 singles vendus. Après Victimes du temps, les titres de l'album se suivent : Tous les amants du monde, L'Amour a eu raison de moi, Le plus pauvre des hommes, Le Meilleur et Le Destin se trompe.
Chakil est en effet un des rares qui ont osé dire avec courage « non merci » à un contrat pour ne pas « faire un tube et disparaître », comme bien d'autres. Il est en quête d'un perfectionnisme équilibrant, enseignant l'art d'espérer, de tolérer, de combattre le sida et le racisme. Le meilleur exemple fut donné avec l'album collectif au titre phare Noël Ensemble, auquel il a participé avec quelque 100 autres artistes et sportifs au profit de la lutte contre le sida.
Issu d'une famille cosmopolite de diplomates (son père, ancien ministre de l'Enseignement supérieur sous Sadate et ancien ambassadeur d'Egypte en France. Sa sœur, diplomate à l'Unesco, à Beyrouth), il a appris à prendre contact avec des cultures très différentes tout en sachant conserver ses racines orientales. « Je m'inspire énormément de Gibran Khalil Gibran et d'Omar Al-Khayyam au niveau des textes. Mes racines sont bien orientales, mais je suis aussi très occidental », dit-il, affichant ses nettes influences du côté de la musique noire américaine, la musique anglo-saxonne en général et les génériques des films des années 1970. Le nom de Steve Wonder s'avère pour lui l'un des plus marquants.
« Je prépare mon album avec beaucoup de musiciens et d'instruments à cordes, piano, guitare, et beaucoup de programmation de clavier. Mais lorsqu'il est question d'un concert, je réécris la musique en la jouant de manière acoustique, se contentant d'un clavier, un bassiste et une guitare. Bref, je joue de manière plus intime ».
De par sa musique, sa formation et sa culture acquise, Chakil se sent parfaitement occidental c'est vrai, mais il a toujours un côté fuyant et mélancolique de celui qui se retrouve malgré lui entre deux ou plusieurs cultures. « Même si on réussit en Occident, on n'est pas heureux, alors qu'en Orient il y a une spiritualité, une douceur de vivre. Malgré toute la misère, on est heureux ». En disant ces mots, il garde un vague souvenir de l'Egypte où il n'a passé que cinq ou six ans en tout et pour tout. De ces années, il retient « l'expérience d'un changement long et radical. Expérience salvatrice qui lui a apporté une vision nouvelle de la vie », confie-t-il.
Chakil devait apprendre à s'adapter, mais heureusement l'Egypte est à son tour un pays très cosmopolite. « Le Caire est un véritable carrefour, avec une ambiance très artistique », indique-t-il. Pourquoi alors cette réticence quant à venir chanter au Caire donc ? La réponse est comme d'habitude simple et précise : « Je voudrais chanter au Caire devant le maximum de personnes possible, et non devant un cercle limité de francophones ». Omar parle sans doute d'une expérience précise ; il a déjà chanté au Caire, lors du gala Miss Egypte en l'an 2000. Mais le fait de chanter en français rend le public forcément restreint, même s'il se veut porteur d'un message cosmopolite.
En dépit de son jeune âge, il semble accumuler une expérience qu'il a acquise on ne sait d'où. Parfois, il parle comme un vieux sage. « Le milieu de show-biz est très superficiel, lance-t-il. Mais il ajoute : Mon histoire n'a que quelques chapitres, mais elle me rappelle qu'avec du respect, du courage et un peu d'éducation, on arrive toujours à ses fins ». Ensuite, la fougue de la jeunesse reprend, refusant d'être ligoté : « Au Moyen-Orient, les gens sont obligés de refouler beaucoup de choses dans la nature. Il y a une frustration à tous les niveaux, d'où la violence. Les gens ne parlent pas assez, c'est le maalech (tant pis) qui prévaut ». Bref, un tas de raisons qui font que Chakil se plaît à percer en Occident pour ensuite revenir à l'Orient avec lequel il ne cherche nullement à couper tout lien. Car pour lui, l'équité se cherche à l'Orient, et la connaissance en Occident.

Mireille Bouabjian
et Névine Lameï.

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