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« A
chaque fois qu'on me demande mon âge, je ne
sais pas si je dois dire la vérité ou
me rajeunir », lance le jeune talent
égyptien de la chanson française,
Omar Chakil. Il répond ainsi par humour,
mais aussi pour bluffer. Car il passe souvent pour
plus jeune, avec le visage enfantin qu'il a.
Un visage qui cache une énorme
détermination, puisqu'il en aura fallu pour
réussir à s'imposer dans le milieu de
la chanson française. A l'âge de deux
mois, il débarque en France où il
passe seize ans chez les Jésuites. En 1990,
il retourne au Caire pour le baccalauréat et
les études de Mass Communication et
de littérature à l'Université
américaine du Caire.
« D'une manière
générale, c'est plus facile de
devenir chanteur en Orient, c'est-à-dire une
star dans le monde auquel on appartient. Il suffit
d'une belle voix, d'une musique entraînante
et de paroles qui font vibrer les
curs », dit-il. Mais pour que
cela se fasse à Paris, l'itinéraire
à parcourir est moins évident. A 27
ans, le musicien à part entière qu'il
est, c'est-à-dire
auteur-compositeur-interprète, devait
travailler dur en France. Armé de sa jeune
sagesse, il décide d'avancer et de ne pas
s'arrêter. « Je suis
arrivé dans les années 1990 à
Paris avec l'ambition de signer dans une maison de
disques importante, après avoir passé
par beaucoup d'autres. J'ai chanté un peu
partout, et enfin les grandes maisons de disques
étaient intéressées. J'ai
été énormément entendu,
je sortais beaucoup en donnant des maquettes pour
parvenir à signer en fin de compte avec la
grande maison Warner's, au bout de plusieurs
années ».
Mais qui est Omar Chakil ? Chakil, un nom qui
à prime abord pourrait donner l'impression
d'être celui d'un cheb algérien
qui chante le raï. Pourtant, c'est un
Egyptien, chanteur de charme et de rythme,
né musicien sans appartenir à une
famille de musiciens. Chakil
n'est alors que l'abréviation de ce nom
très long à mémoriser.
« On ne choisit pas d'être
chanteur », dit-il avec une
spontanéité des plus profondes. Son
environnement n'était pas du tout
artistique ; sa famille étant loin de
la musique de cent mille lieux.
Cependant, le
fait de se sentir différent des autres
faisait jaillir en lui un besoin incessant de
s'exprimer. « L'école des
Jésuites très stricte, le fait
d'être étranger car issu
d'un mariage mixte et donc
différent, j'avais besoin de m'exprimer en
chantant », ajoute-t-il.
Du romantisme ? « Tout à
fait », répond-il avec un
sourire jeune et serein. Il parle de l'amour au
sens large, de la guerre, dans un style romantique.
« En amour et en amitié, la
première règle est d'apprendre
à se connaître ». Est-ce
l'étranger qui parle ? Et de
poursuivre : « Mes chansons
prennent une forme politique, mais elles ne le sont
pas en fait. Faire de la musique, c'est faire
involontairement quelque chose de politique. Car le
fait d'être Egyptien, musulman, d'avoir
grandi en France et de chanter en français
donne l'occasion de montrer à l'Occident que
tous les musulmans ne sont pas forcément des
intégristes ou des
arriérés ».
Même quand il évoque des choses
sérieuses ou des défis, il garde son
sang-froid. On a l'impression que rien ne peut
l'exaspérer, affichant toujours un sourire
innocent.
Evidemment, il chante l'amour, aussi simplement.
« L'amour qui appelle à la
tolérance, à la patience, aux valeurs
universelles », poursuit-il.
Les
titres de son unique album sont d'ailleurs assez
évocateurs. Son premier single, qu'il a
repris dans l'album, produit par Warner's,
est sorti en juillet 1999 : Victimes du
temps, les paroles disaient :
« Attends que la pluie
s'achève, attends que le jour se
lève. Gardons-nous de laisser l'amour
s'envoler ».
Une chanson qui
a été classée 10e au top
français deux mois plus tard, en septembre
1999, avec plus de 100 000 singles vendus.
Après Victimes du temps, les titres
de l'album se suivent : Tous les amants du
monde, L'Amour a eu raison de moi, Le
plus pauvre des hommes, Le Meilleur et
Le Destin se trompe.
Chakil est en effet un des rares qui ont
osé dire avec courage « non
merci » à un contrat pour ne
pas « faire un tube et
disparaître », comme bien
d'autres. Il est en quête d'un
perfectionnisme équilibrant, enseignant
l'art d'espérer, de tolérer, de
combattre le sida et le racisme. Le meilleur
exemple fut donné avec l'album collectif au
titre phare Noël Ensemble, auquel il a
participé avec quelque 100 autres artistes
et sportifs au profit de la lutte contre le
sida.
Issu
d'une famille cosmopolite de diplomates (son
père, ancien ministre de l'Enseignement
supérieur sous Sadate et ancien ambassadeur
d'Egypte en France. Sa sur, diplomate
à l'Unesco, à Beyrouth), il a appris
à prendre contact avec des cultures
très différentes tout en sachant
conserver ses racines orientales.
« Je
m'inspire énormément de Gibran Khalil
Gibran et d'Omar Al-Khayyam au niveau des textes.
Mes racines sont bien orientales, mais je suis
aussi très occidental »,
dit-il, affichant ses nettes influences du
côté de la musique noire
américaine, la musique anglo-saxonne en
général et les
génériques des films des
années 1970. Le nom de Steve Wonder
s'avère pour lui l'un des plus
marquants.
« Je prépare mon album avec
beaucoup de musiciens et d'instruments à
cordes, piano, guitare, et beaucoup de
programmation de clavier. Mais lorsqu'il est
question d'un concert, je réécris la
musique en la jouant de manière acoustique,
se contentant d'un clavier, un bassiste et une
guitare. Bref, je joue de manière plus
intime ».
De
par sa musique, sa formation et sa culture acquise,
Chakil se sent parfaitement occidental c'est vrai,
mais il a toujours un côté fuyant et
mélancolique de celui qui se retrouve
malgré lui entre deux ou plusieurs cultures.
« Même
si on réussit en Occident, on n'est pas
heureux, alors qu'en Orient il y a une
spiritualité, une douceur de vivre.
Malgré toute la misère, on est
heureux ». En disant ces mots, il
garde un vague souvenir de l'Egypte où il
n'a passé que cinq ou six ans en tout et
pour tout. De ces années, il retient
« l'expérience d'un changement
long et radical. Expérience
salvatrice qui lui a apporté une
vision nouvelle de la vie »,
confie-t-il.
Chakil devait apprendre à s'adapter, mais
heureusement l'Egypte est à son tour un pays
très cosmopolite. « Le Caire
est un véritable carrefour, avec une
ambiance très artistique »,
indique-t-il. Pourquoi alors cette réticence
quant à venir chanter au Caire donc ?
La réponse est comme d'habitude simple et
précise : « Je voudrais
chanter au Caire devant le maximum de personnes
possible, et non devant un cercle limité de
francophones ». Omar parle sans doute
d'une expérience précise ; il a
déjà chanté au Caire, lors du
gala Miss Egypte en l'an 2000. Mais le fait
de chanter en français rend le public
forcément restreint, même s'il se veut
porteur d'un message cosmopolite.
En dépit de son jeune âge, il semble
accumuler une expérience qu'il a acquise on
ne sait d'où. Parfois, il parle comme un
vieux sage. « Le milieu de
show-biz est très superficiel,
lance-t-il. Mais il ajoute : Mon histoire
n'a que quelques chapitres, mais elle me rappelle
qu'avec du respect, du courage et un peu
d'éducation, on arrive toujours à ses
fins ». Ensuite, la fougue de la
jeunesse reprend, refusant d'être
ligoté : « Au
Moyen-Orient, les gens sont obligés de
refouler beaucoup de choses dans la nature. Il y a
une frustration à tous les niveaux,
d'où la violence. Les gens ne parlent pas
assez, c'est le maalech (tant pis) qui
prévaut ». Bref, un tas de
raisons qui font que Chakil se plaît à
percer en Occident pour ensuite revenir à
l'Orient avec lequel il ne cherche nullement
à couper tout lien. Car pour lui,
l'équité se cherche à
l'Orient, et la connaissance en
Occident.
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