Qui kidnappe l'islam ?
par Salama A. Salama

Ces dernières années, une polémique est née autour de « L'islam et l'Occident ». Certains ont tenté d'attribuer à cette question un caractère politico-culturel. D'autres ont tenté d'élargir le fossé de façon à lui conférer le caractère de conflit ou de choc civilisationnel inévitable, qui, à leurs yeux, prend la forme d'animosité entre la civilisation occidentale et la civilisation islamique. Le pire dans ce contexte est la tendance à transformer les conflits politiques en conflits religieux ou à mobiliser les sentiments religieux au service des objectifs politiques. Mais ces tentatives n'ont pas abouti, et les polémiques tantôt s'enflammaient, tantôt se calmaient, sans jamais prendre réellement la forme d'une guerre cachée ou affichée contre l'islam. Mais tout a changé après les événements du 11 septembre dernier. Ces attentats ont déclenché une haine féroce contre les musulmans. Cette haine a été traduite par des positions et des comportements hostiles, non seulement contre les individus et les minorités, mais aussi contre les Etats et les peuples islamiques et arabes. D'autres facteurs ont donné plus d'ampleur au phénomène comme la mondialisation, la liberté du commerce international, profitables aux grands, aux dépens des économies de la plupart des Etats arabes et islamiques. En plus des grandes différences existant entre les régimes politiques concernant les libertés et la démocratie. Ceci a contribué à augmenter les différends et les contradictions et à porter sur le monde islamique un doigt accusateur, le rendant responsable du terrorisme, puisqu'il a été une terre fertile qui a généré Bin Laden, Al-Qaëda et les Talibans. Mais ces accusations ont brouillé les cartes et ont rejeté l'entière responsabilité de la naissance de l'extrémisme et du terrorisme sur le monde arabo-musulman. Cependant, ces accusations ont, pour la première fois depuis longtemps, mis le monde islamique face à lui-même. Ce qui peut constituer un pas en avant ou en arrière !
Mais l'Occident commet une grave erreur : certains pensent à tort qu'il est possible de produire un nouvel islam de fabrication américaine ou occidentale, à travers le changement des programmes scolaires, la révision des livres de religion et le contrôle de l'éducation religieuse dans les Etats islamiques. Le prétexte est de vouloir mettre un terme aux sources mêmes du terrorisme. De telles tentatives pour « kidnapper l'islam » et créer un islam différent à même de convenir à la conception occidentale sont vouées à l'échec. Mais elles constituent un vrai défi pour les musulmans.

Les Arabes
et la guerre contre l'Iraq
par Wahid Abdel-Méguid*

L'Administration américaine insiste à cibler l'Iraq et d'autres objectifs dans sa guerre entamée en Afghanistan. Or, cela n'est pas sans problèmes. La probabilité de l'existence d'autres objectifs existait déjà au sein de l'Administration américaine où on se posait la question de savoir si l'Afghanistan était un début à d'autres frappes.
La polémique avait été rapidement tranchée. Et l'Iraq fut désigné comme cible potentielle sans déterminer s'il sera le deuxième ou le troisième. Selon les indices, la Somalie serait le deuxième objectif, mais aucune décision finale n'a encore été prise à ce propos.
Concernant l'Iraq, l'affaire est une question de temps et non une question de principe, bien que l'Administration américaine ait assuré que l'Iraq n'a rien à voir avec les événements du 11 septembre dernier. Cette question a été clairement tranchée quand il s'est avéré que la personne, qui selon certains rapports aurait rencontré un diplomate iraqien à Prague, n'est pas Mohamad Atta.
Mais l'Administration américaine a basé sa décision de frapper l'Iraq sur la question des armes à destruction massive et sa relation avec le terrorisme et non les événements du 11 septembre. Le président Bush a déclaré : « Si vous voulez produire des armes à destruction massive pour terroriser le monde, vous devez en assumer les conséquences ». D'autre part, la conseillère américaine de la sécurité nationale, Condoleezza Rice, a annoncé dans une émission télévisée diffusée lors de la chute du gouvernement des Talibans en Afghanistan :
« Nous n'avons pas besoin des événements du 11 septembre pour nous rappeler du danger que représente Saddam Hussein pour son peuple, pour toute la région et les Etats-Unis ».
Le prétexte existe donc et il ne manque plus que le motif direct pour commencer l'action militaire. C'est-à-dire surpasser les obstacles régionaux et d'autres concernant les difficultés mêmes de l'action militaire en comparaison avec l'Afghanistan, en plus des obstacles internationaux qui ne se limitent pas aux positions de la Russie et de la France. Même la Grande-Bretagne, qui était aux côtés des Etats-Unis dans toutes les guerres depuis celle du Golfe, a exprimé son hésitation en ce qui concerne le déclenchement d'une guerre contre l'Iraq. La Grande-Bretagne préfère que tout mouvement dans cette direction soit effectué sous l'égide des Nations-Unies. Et il sera probablement difficile pour Washington de négliger les positions des 4 autres membres permanents au Conseil de Sécurité.
les Etats-Unis se trouveront donc peut-être obligés d'attendre que les conditions soient propices, c'est-à-dire jusqu'à mai prochain, date du renouvellement du programme Pétrole contre nourriture. Il est même prévu que les discussions du Conseil de sécurité qui devraient aboutir à une nouvelle résolution évoquent la possibilité de lever les sanctions après le retour des observateurs internationaux en Iraq.
Si l'Iraq refuse la nouvelle résolution et refuse le retour les observateurs, Washington aura son prétexte et les Etats qui refusent de frapper l'Iraq verront leur position faiblir. Le scénario prévu est que Washington tentera de faire promulguer la résolution du Conseil de sécurité dans une formule que l'Iraq n'acceptera pas facilement, que la partie concernant la levée des sanctions sera obscure et celle concernant le retour des observateurs sera claire, obligatoire et peut-être même humiliante.
La Russie ne pourra peut-être pas faire changer grand-chose dans l'élaboration de la formule, puisqu'elle sera présentée par les Etats-Unis en tant que concession de leur côté, puisqu'ils s'abstiendront de frapper l'Iraq et accepteront de traiter avec lui par le biais du Conseil de sécurité.
Donc, si les Etats arabes veulent faire quelque chose pour éviter la frappe contre l'Iraq, ils doivent bouger dans deux directions. D'abord, vers l'Iraq. Les Etats arabes qui entretiennent des relations avec Bagdad peuvent lui faire part des scénarios prévus, en particulier en ce qui concerne la résolution du Conseil de sécurité qui constituera une dernière chance pour l'Iraq. L'importance de ces contacts réside dans le fait qu'il a été prouvé que la direction iraqienne n'est pas toujours assez au courant des évolutions des événements. Ensuite vers Washington, pour l'avertir du danger de la frappe contre l'Iraq pour la région tout entière. Et plus ce mouvement sera coordonné, meilleurs seront les résultats. Par exemple, le souverain jordanien, président en exercice du Sommet arabe, peut effectuer une visite à Washington à la tête d'une délégation comprenant les ministères des Affaires étrangères d'un certain nombre de pays arabes pour parler de l'Iraq.
Mais il est évident que tout mouvement arabe dans la direction de Washington ne sera utile que si le mouvement dans la direction de l'Iraq aboutit à des résultats positifs.
De tels mouvements doivent être effectués le plus rapidement possible, car il ne faut compter ni sur les rumeurs qui courent sur un différend à l'intérieur même de l'Administration américaine en ce qui concerne l'Iraq, ni sur le fait que l'Iraq n'est pas l'Afghanistan et que la force iraqienne ne peut être comparée à celle des Talibans.
Le différend à l'intérieur de l'Administration américaine n'empêchera pas la décision de frapper l'Iraq si les obstacles internationaux sont surpassés et si la position arabe est absente. D'autre part, ni la force de l'Iraq ni la difficulté de la guerre, en comparaison avec celle en Afghanistan, n'auront de l'importance si la volonté politique existe. Et il semble qu'elle existe effectivement. Il ne faut pas oublier qu'avant chaque guerre dans laquelle les Etats-Unis s'engagent, on parle de la force de la partie adverse et de la difficulté des opérations militaires. Ceci avait été le cas lors de la deuxième guerre du Golfe, alors que l'armée iraqienne était considérée comme la plus forte du tiers-monde. Mais nous avons vu comment ses forces ont fui le Koweït. La situation est donc critique et le danger n'est pas loin. Le mouvement arabe est donc absolument nécessaire.

*Politologue

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