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Noël
copte .
Sur la route Le Caire-Suez, un quartier informel
abrite une communauté soudanaise
chrétienne vivant en marge de tout et prise
en charge par l'église Abou-Seifeine
située à proximité.
Focus.
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Le Soudan
du kilomètre 4,5
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« Oh,
Jésus Christ, prophète de la paix,
restitue-nous le Soudan. Nous vivons dans une
époque noyée par les crises. Chaque
jour la dignité de l'être humain est
atteinte, la patrie est meurtrie et personne ne
peut bouger », chantent les
écoliers soudanais dans l'unique
école du bidonville du kilomètre 4,5
sur la route Le Caire-Suez. Au premier abord, le
décor est austère : une dizaine
de classes sont alignées côte à
côte sur
une superficie de 100 m2. Dans la cour, un seul
lavabo et trois toilettes pour 385
élèves. Dans les salles, quelques
dessins ornent les murs, et les plafonds en
branches de palmiers sont recouverts de
matières en plastique pour se
protéger des intempéries. Ici, les
cours ont lieu toute la journée et se
terminent avant le coucher du soleil, car les
classes sont démunies de courant
électrique. Malgré le
dénuement du lieu, les élèves
ne ratent aucun cours. « Le savoir est
mon seul salut pour un lendemain meilleur. Les
enfants se moquent de moi. Dans la rue, ils m'ont
surnommé Chocolata, mais plus tard, lorsque
je serai médecin ils seront forcés de
me respecter », lance John, 14 ans,
l'un des élèves. C'est grâce
aux efforts déployés par
L'église de la Vierge et Abou-Seifeine,
située à proximité du
bidonville, que l'école a été
construite. Selon Mme Nadia, volontaire
chargée des affaires sociales à
l'église, la communauté soudanaise
représente aujourd'hui presque le quart de
la population de cette région. Cette
église porte assistance à 350
familles qui en moyenne comptent 7 membres chacune.
Les enfants de cette communauté n'ont pas le
droit de fréquenter les écoles
publiques, puisqu'ils n'ont pas de
résidence. Et les revenus de leurs parents
sont très limités et ne permettent
pas de les inscrire dans des écoles
privées. « Ces enfants
risquaient de tomber dans la délinquance et
on aurait eu à affronter une
génération de voleurs ou de
drogués. C'est la raison pour laquelle
l'église a pris l'initiative de créer
cette école », avoue Mme
Nadia.
Fuir les conditions économiques
catastrophiques ou s'exiler pour des raisons
politiques, les Soudanais considèrent
l'Egypte comme une seconde patrie. Et bien que la
grande majorité ne possède pas de
résidence officielle, leur séjour se
prolonge. D'après les déclarations du
président Moubarak à l'occasion d'une
fête nationale, l'Egypte abrite aujourd'hui
près d'un million de Soudanais. Avant de
s'installer, les réfugiés remplissent
un formulaire de l'Onu pour avoir droit à un
séjour limité à trois mois, et
l'Egypte n'est considérée que comme
un pays de transit. Pourtant, la
réalité est autre et souvent ces gens
dépassent la limite de séjour de
trois mois et deviennent clandestins.
Ainsi, plusieurs églises coptes ont pris
l'initiative d'aider la communauté
soudanaise chrétienne. Selon le père
Abraham Aziz, prêtre de l'église Mar
Guirguis à Héliopolis, cette
assistance humanitaire date de 1995.
« L'Egypte a connu un flux de
réfugiés suite aux problèmes
politiques, économiques et
sécuritaires qui sévissent au Soudan.
Aujourd'hui, quatre églises coptes offrent
des services à cette large
communauté : la Cathédrale
d'Abbassiya, l'église Mar Guirguis à
Hammamat Al-Qobba, l'église Mar Guirguis
à Héliopolis et l'église de la
Vierge et Abou-Seifeine au kilo
4,5 », lance le père
Abraham.
Chaque église possède une photocopie
du passeport de la plupart des
réfugiés ainsi que des documents
prouvant leur statut. Ceci leur permet d'obtenir un
carnet pour avoir une aide mensuelle en argent, en
nourriture ou bien des vêtements.
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Par tribu et langue
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Or, les services
varient d'une église à l'autre. Si
l'église Mar Guirguis à
Héliopolis offre des soins médicaux,
des possibilités d'emploi et des cours de
rattrapage, l'église de la Vierge et
Abou-Seifeine va plus loin en les aidant à
se loger.
Et c'est au kilomètre 4,5, qui est un
quartier informel au bout du quartier de Madinet
Nasr, que l'église a pu les caser loin des
yeux de la police. Jeudi, c'est le jour de la
réunion hebdomadaire à
l'église de la Vierge en présence du
père Barsoum, prêtre de
l'église. On a l'impression d'assister
à une des séances d'un conseil de
sécurité. La seule différence
est que toute l'assistance est
déterminée à trouver une
solution aux problèmes de la
communauté. Aujourd'hui, il s'agit du couple
William et Angéla. Cette famille partageait
comme c'est le cas de beaucoup d'autres
Soudanais un appartement à
Aïn-Chams avec trois autres familles pour un
loyer de 350 L.E. Angéla, femme de
ménage qui a accouché depuis 10
jours, a été renvoyée par son
employeur et par la suite son mari et elle ont
dû quitter l'appartement, faute de pouvoir
payer le loyer.
William, le mari, est au chômage depuis
quelques mois, il a de graves problèmes de
santé. Ne pouvant passer la nuit à la
belle étoile avec un nourrisson entre les
bras, ils font appel à leur connaissance au
kilo 4,5. Les propositions pleuvent.
« Ma famille est nombreuse, je ne peux
les recevoir chez moi, mais je peux contribuer
financièrement selon mes maigres
moyens », lance Ashaq.
« Ma pièce est plus vaste que
la tienne, je peux les accueillir en attendant que
l'église leur offre une
pièce », ajoute Antoune.
Selon le père Barsoum, malgré le
manque de moyens de l'église, située
dans une région pauvre, elle verse chaque
mois une somme de 2 000 L.E. pour les loyers
des maisons du Kilomètre 4,5.
« Beaucoup de personnes ont
tenté d'habiter avec d'autres locataires
dans les quartiers populaires, mais souvent les
propriétaires les chassent en prenant
connaissance de leur statut. Ici, on les aide
à résoudre un problème
crucial, qui est le logement. Avec 60 L.E., ils
peuvent avoir un toit », explique le
père Barsoum. Une somme qu'ils sont en
mesure de verser au cas où l'église
n'a pas les moyens de le faire. Les maisons de 60
m2 s'étendent à perte de vue dans le
bidonville. Elles regroupent
généralement 4 familles
réparties dans quatre petites pièces.
Des toilettes communes et un couloir
séparent les chambres où tous les
locataires ont collaboré pour
l'éclairage à l'aide d'un fil
électrique fixé à une
jonction du poteau de la rue. Aussi le choix des
voisins ne se fait pas au hasard. « On
tient à ce que nos voisins soient de la
même tribu pour qu'on puisse se comprendre.
La langue diffère d'une tribu à une
autre, et tout étranger risque d'être
isolé et ne pas profiter des
activités de la grande
famille », explique l'un des
locataires. Il est alors normal que les familles
qui habitent ensemble perpétuent leurs
traditions.
« L'année dernière,
chacun de nous a organisé un spectacle de
danse devant sa maison. C'était un
véritable festival », dit
Réhab, femme au foyer.
Et ce n'est pas tout. On tient un conseil des sages
(magaless salatine) pour les questions qui
ne concernent pas l'église. Ce conseil
rassemble les grands de chaque tribu qui donnent
leur avis concernant une demande en mariage par
exemple, ou se chargent de régler les
conflits. « Une tradition soudanaise
que nous tenons à perpétuer dans cet
endroit », explique Rihane,
mécanicien.
Ici, tout se fait en communauté pour faire
face au manque de moyens. Un bureau d'emploi
annexé à l'église les aide
à trouver un emploi. Le salaire d'une
famille varie entre 150 et 250 L.E. Une
somme modeste, car les chances de trouver un
travail rentable sont faibles. « Bien
que beaucoup d'entre eux possèdent des
diplômes universitaires, ils se contentent
d'accepter des petits boulots qui ne durent pas.
Considérés comme des clandestins, les
sociétés refusent de les embaucher
par crainte d'un contrôle du bureau de
travail », explique Mme Nadia.
L'église ne se préoccupe pas
seulement de soucis matériels, mais prend
bien sûr en charge le côté
spirituel. « Nombreux sont ceux qui
ignoraient les préceptes de leur religion au
point que certains hommes sont polygames, alors que
le christianisme considère la polygamie
comme illicite. On les aide à mieux
comprendre leur religion », explique
père Barsoum.
La misère dans laquelle ils vivent au 4,5
n'influe guère sur le cours de leur vie.
« La plupart des femmes soudanaises
sont enceintes. Il paraît que le beau climat
de l'Egypte encourage la
procréation », ironise
Bakhita, femme d'un chômeur, mère de
six enfants et dont l'accouchement est prévu
dans quelques jours.
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Dina
Darwich
Magda Barsoum
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