Des extraditions
en perspective

L'Egypte s'attend à l'extradition prochaine de plusieurs terroristes recherchés réfugiés à l'étranger, notamment en Europe. « Il était difficile d'obtenir l'extradition des terroristes évadés. Mais les événements du 11 septembre ont changé beaucoup de choses. Et on peut s'attendre désormais à ce que beaucoup d'entre eux tombent enfin dans les mains de la justice égyptienne », affirme un responsable au ministère de l'Intérieur. Environ 150 terroristes égyptiens retranchés à l'étranger sont recherchés par l'Egypte. Anciens mécènes de la Gamaa islamiya ou du Djihad, ils sont réfugiés en Asie centrale, en Europe ou même en Amérique latine. Des noms comme Aymane Al-Zawahri, le chef du Djihad et bras droit d'Ossama bin Laden, Moustapha Hamza ou encore Sarwat Salah Chéhata, de la Gamaa islamiya, sont aujourd'hui bien connus de tous les services de sécurité. Mais il y en a d'autres : Adel Abdel-Qoddous, membre du Conseil de la choura du Djihad, a obtenu le droit d'asile politique en Autriche. Adel Abdel-Bari, également du Djihad, se trouve en Grande-Bretagne. Et Ibrahim Alaam, de la Gamaa islamiya, a obtenu le droit d'asile en Allemagne. Aujourd'hui, c'est donc surtout du côté de l'Europe que les choses commencent à bouger. « Avant les événements du 11 septembre, lorsque nous demandions aux Européens l'extradition de ces terroristes, ils nous écoutaient par complaisance, mais ne faisaient rien, à l'exception de l'Italie. Nous avons reçu tellement de fausses promesses. Ces pays ont accordé le droit d'asile politique aux éléments terroristes sous le couvert des droits de l'homme. Certains de ces pays ne reconnaissaient pas la peine de mort ou les tribunaux militaires », a déclaré le ministre de l'Intérieur, Habib Al-Adeli : « Mais les choses changent », a poursuivi le ministre en ironisant : « Aujourd'hui, les tribunaux militaires existent aux Etats-Unis. Et les appareils de sécurité dans ce pays ont les pleins pouvoirs pour poursuivre les éléments terroristes. Maintenant, c'est notre position en Egypte qui paraît plus clémente et plus soucieuse des droits de l'homme ! ». Le sentiment qui prévaut au sein du ministère de l'Intérieur est que les pays européens accordaient le droit d'asile aux terroristes tant qu'ils ne représentaient pas un danger direct pour eux.
Depuis le 11 septembre pourtant, les choses bougent. La Suède a été le premier pays européen à extrader vers l'Egypte deux terroristes recherchés. Il s'agit d'Ahmad Hussein Al-Eguézi, considéré comme le chef de l'organisation clandestine armée Talaïe Al-Fath (Avant-garde de la conquête), l'aile militaire du Djihad. Al-Eguézi avait été condamné à mort par contumace pour son implication dans l'attentat contre l'ancien premier ministre Atef Sedqi en 1993. Le deuxième islamiste est Mohamad Ibrahim Soliman, un membre du Djihad. « Bien qu'il n'y ait pas d'accord entre l'Egypte et la Suède à ce sujet, ce pays a décidé d'extrader les deux hommes vers l'Egypte après avoir refusé leur demande d'asile politique », explique une source du ministère de l'Intérieur, qui s'attend à d'autres extraditions. La même source exclut toutefois la possibilité d'actes terroristes de vengeance en cas d'exécution des peines contre eux. Mais « ces groupes n'ont plus aujourd'hui la force d'organiser ou de préparer des attentats. Toutes leurs sources de financement ont été détruites », explique-t-il. Et d'ajouter que cela n'empêche pas que les services de sécurité restent sur leur garde, car rien n'empêche un acte fou. « Si tous les terroristes recherchés sont extradés vers l'Egypte, nous pourrons anéantir à jamais ce phénomène ».

Chérine Abdel-Azim

Frères musulmans . Le procès de 22 cadres s'est ouvert la semaine dernière devant la Haute cour militaire. Il traduit la volonté du gouvernement de resserrer son étau sur la confrérie.
La confrérie dans la ligne de mire

Les Frères musulmans sont à nouveau dans le collimateur du gouvernement. Après les récentes campagnes d'arrestation dirigées contre les membres de la confrérie interdite mais tolérée, 22 cadres des Frères ont comparu la semaine dernière devant la Haute cour militaire du Caire. Ils sont accusés de tentative de ressusciter le mouvement, complot et incitation au soulèvement contre l'Etat. C'est le plus grand procès de Frères musulmans depuis 1996. « Les Frères musulmans sont déférés devant les cours militaires depuis 1995. Mais c'est la première fois depuis 1996 que l'acte d'accusation est aussi lourd », constate Hafez Abou-Seada, secrétaire général de l'Organisation Egyptienne des Droits de l'Homme (OEDH), et membre de la défense dans ce procès. « Lors des 5 derniers procès ayant impliqué des Frères musulmans, l'accusation principale était la participation à une organisation secrète, une accusation passible d'une peine allant de 3 à 5 ans de prison. Mais cette fois, les 22 membres de la confrérie sont accusés de diriger une organisation secrète. Ils risquent une peine de travaux forcés de 5 ans à 25 ans de prison », ajoute Abou-Seada. Arrêtés le mois dernier, les 22 membres occupaient tous des postes importants au sein de la direction. Mahmoud Ghézlane, considéré comme le secrétaire général de la confrérie, fait partie des 22 accusés. Neuf autres sont des professeurs d'université, ce qui a fait craindre à l'Etat que des manifestations n'éclatent au sein des universités à l'instigation des Frères.

Pour assurer leur défense, les Frères ont fait appel à des avocats de diverses tendances politiques. Pour la première fois, une femme et un copte participent à la défense.
Mais en fait, ce procès qui ne fait que commencer marque la volonté de l'Etat de durcir sa position à l'égard de la confrérie. Et ceci pour plusieurs raisons.
Premièrement à cause des événements du 11 septembre aux Etats-Unis. « Ils ont donné au ministère de l'Intérieur des arguments pour poursuivre, arrêter et traduire en justice les principaux cadres du mouvement, y compris le secrétaire général. La police n'avait pas agi de cette manière au moment des élections législatives », souligne Abdel-Moneim Abdel-Maqsoud, avocat des Frères. Il ajoute que depuis le déclenchement de la campagne anti-islamiste, le siège des Frères musulmans au Caire a été placé sous haute surveillance policière.
Diaa Rachwan, du Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d'Al-Ahram, est d'accord que les événements du 11 septembre ont encouragé le gouvernement à arrêter les Frères, surtout que certains d'entre eux figurent sur les listes fournies par les Etats-Unis des personnes considérées comme soutenant le terrorisme. « D'autre part, les Etats-Unis ont commencé à recourir aux cours militaires, ce qui donne des arguments à l'Egypte de continuer dans ce domaine », explique Rachwan. L'approche des élections municipales, prévues en avril prochain, est, selon lui, une autre raison qui explique la mise à l'écart des Frères. « Si les municipales se déroulent conformément au scrutin individuel et sous un contrôle judiciaire, comme les législatives, cela donnera des chances aux Frères musulmans de les remporter. N'oublions pas que ces élections seront importantes et verront la participation de 40 000 candidats », continue Rachwan.
Face à cette stratégie, les Frères cherchent à améliorer leur image ternie par le gouvernement en passant pour la victime. C'est dans ce contexte qu'ils ont mobilisé pour leur défense des avocats de tous les courants politiques. Le comité de défense des Frères comprend des représentants du néo-Wafd, du Parti nassérien, du parti du Travail (suspendu), du Conseil de l'Ordre des avocats et de l'OEDH, de même que le conseiller Yéhia Al-Rifaï, ancien président du Conseil suprême de justice et quelques anciens juges des cours militaires devenus avocats. Malgré cette armada d'avocats, la plupart des observateurs s'attendent à un verdict sévère. Pour Mamdouh Ismaïl, l'un des avocats islamistes, le verdict risque d'être sévère, car « les tribunaux militaires ne tiennent que rarement compte des arguments de la défense ».
D'ailleurs, dans une récente interview accordée à l'hebdomadaire Al-Mossawar, le ministre de l'Intérieur, Habib Al-Adeli, s'est montré intransigeant à l'égard des Frères, affirmant que les campagnes contre eux ne s'arrêteront pas tant qu'ils s'obstineront à former une organisation secrète. Car le gouvernement est convaincu que la confrérie est l'une des principales sources de terrorisme.

May Atta

Retour au sommaire

La Une   L'événement    Le dossier   L'enquête   Nulle part ailleurs   L'invité   L'Egypte   Affaires   Finances   Le monde en bref   Points de vue   Commentaire   Carrefour   Analyse de Heykal   Portrait   Littérature   Livres   Arts   Société   Sport   Loisirs   Echangez, écrivez    La vie mondaine  
Al-Ahram Hebdo
hebdo@ahram.org.eg