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Villes nouvelles . L'Etat envisage de leur accorder un statut autonome sur le plan administratif et financier. L'idée ne plaît pas à tout le monde.
Le gouvernement lâche ses cités

Transformer les villes nouvelles en organismes économiquement indépendants, c'est la proposition qu'étudie actuellement le gouvernement.
C'est dans les années 1970/80 que les nouvelles cités voient le jour. Situées pour la plupart à la périphérie des grandes villes ou dans les nouvelles zones industrielles, elles sont destinées à désengorger les grandes métropoles urbaines. Contrairement aux villes traditionnelles qui dépendent des gouvernorats, la gestion des nouvelles cités revient au ministère de l'Habitat.
Si cette proposition se concrétise, la gestion de ces cités ne serait plus assurée par le ministère de l'Habitat mais par un conseil indépendant élu par les habitants. Celui-ci regroupera leurs représentants et des investisseurs. Il appartiendra à ce conseil de gérer les activités municipales. « Les membres de chaque conseil seront responsables de gérer la ville du point de vue financier à travers la vente des terrains et des logements municipaux et par le biais des charges imposées aux habitants. Ils se chargeront aussi de l’installation des services nécessaires », explique Salah Sérag, du ministère de l’Habitat.
Plusieurs réunions ont été tenues entre le premier ministre Atef Ebeid et les investisseurs des villes nouvelles pour discuter de la possibilité de les transformer en organismes autonomes.
Maher Bayoumi, responsable au ministère de l'Habitat, explique l'objectif de cette proposition : « L’Etat veut alléger les charges financières qu'il assume pour développer ces nouvelles villes et installer les services nécessaires. D'autant plus que cette dernière décennie, la construction de villes nouvelles a connu une certaine expansion. Elles sont aujourd'hui au nombre de 22, et l'Etat a été obligé de contracter des crédits estimés à 9 milliards de L.E. auprès de la Banque de l'investissement afin d'y financer les projets ». L’Etat est donc devenu incapable de promouvoir le développement de ces cités. Ce qui n’encourage plus les investisseurs à y lancer des projets, et les candidats à la propriété se font rares.
La proposition d'accorder un statut autonome aux villes nouvelles suscite un débat. Pour certains, elle permettra, si elle est concrétisée, d'accélérer le développement de ces villes. Selon l'urbaniste Milad Hanna, cette proposition est très positive car elle sauvera ces villes nouvelles de la bureaucratie gouvernementale et de la mauvaise gestion dont elles souffrent. Selon lui, l’Etat ne tient pas compte de leurs réels besoins. Quant aux projets de développement , ils n'aboutissent que rarement. Exemple de la mauvaise gestion selon lui : « La planification de ces nouvelles villes entre normalement dans les prérogatives du ministère de l’Habitat. En réalité, les fonds consacrés à chaque ville sont répartis sur plusieurs ministères et organismes. Lorsqu’il y a besoin de construire une école ou un hôpital, il faut demander au ministère concerné qui refuse parfois ». Et d’ajouter : « Face à une telle situation, des responsables ont recours à des moyens détournés. On construit des écoles sous l’étiquette d’un logement ordinaire. C'est pourquoi la création d’un organisme autonome privilégiera un nouveau système de gestion et un financement autonome ».
Salaheddine Mahmoud, propriétaire d'une crèche à la Cité du 10 de Ramadan, le confirme. Il explique qu'il avait acheté un terrain dans cette ville pour construire la crèche au début des années 1980. « Les travaux de construction n'ont commencé qu’en 1992 à cause de la multitude de documents et de procédures demandées, un vrai casse-tête, bien que ce soit un projet très profitable aux habitants de la cité ».
Selon Fathi Mahmoud, habitant à la Cité du 6 Octobre, il faut bien étudier les conséquences d’une telle proposition car son application pourrait augmenter les prix des logements municipaux et des services dans ces cités. « Les habitants de la Cité du 6 Octobre consacrent actuellement 2,5 % de la valeur du loyer aux services. N’oublions pas que le but de ces organismes est de faire des bénéfices. Donc ils n'hésiteront pas à augmenter le prix des appartements et des services ».
Ce que nie le général Ibrahim Abdel-Fattah, membre du conseil de la Cité du 6 Octobre. « Si les prix des appartements augmentent, ce sera à cause de la promulgation de la nouvelle loi sur l’hypothèque immobilière et non pas à cause de la transformation des nouvelles villes en organismes autonomes ».
Quant aux propriétaires de terrains dans les villes nouvelles, ils ont mal reçu cette proposition. Surtout ceux qui souffrent d'un manque d’infrastructures. L'un d'eux, Moustapha Hagazi, à la ville de Nahda, explique que la plupart des propriétaires ont acheté des terrains en s'attendant que l’Etat installe les principaux services comme l’eau, l’électricité et le drainage sanitaire qui sont des services gratuits offerts par l’Etat. « Mais si cette ville se transforme en un organisme indépendant, on sera obligé de payer les coûts de ces services. Tout homme d’affaires qui veut acheter un lot de terrain pour construire une usine ou un projet industriel sera obligé de payer les coûts des infrastructures. Pourtant, selon la Constitution, c’est l’Etat qui doit fournir aux citoyens les services nécessaires », dit-il.
Justement, du côté des investisseurs, on réclame que l'Etat assainisse d'abord la situation avant de se débarrasser du fardeau. « Qui va assumer le déficit laissé par le gouvernement ? C'est comme si le gouvernement cherchait à rejeter ses fautes sur les autres ! », indique Mohamad Al-Ménoufi, directeur de l'Association des investisseurs du 6 Octobre.

Mirande Youssef et Marianne Youssef

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