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Ordre Mondial. La tension subite que connaissent les relations indo-pakistanaises est l'une des conséquences de la campagne militaire américaine en Afghanistan.
La méthode américaine

Les troubles entre New Delhi et Islamabad, divisés sur la question du Cachemire, ont connu un regain d'intensité quand les Etats-Unis ont décidé de changer leur politique dans cette région. Washington adoptait jusqu'au 11 septembre le principe de privilégier ses relations avec l'Inde, aux dépens de celles avec le Pakistan. « Le Pakistan était depuis longtemps négligé et marginalisé par les Etats-Unis, qui ne voyaient en lui aucun intérêt politique, économique ou technologique justifiant des rapports étroits. Le cas était tout à fait différent pour l'Inde. Celle-ci représentait pour l'Amérique une force économique émergente », affirme Gamal Abdel-Gawad, chercheur au Centre d'Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d'Al-Ahram. Mais après les attentats du 11 septembre, les priorités américaines dans la région ont été complètement changées. « Les Etats-Unis ont voulu faire du Pakistan l'allié principal dans leur lutte contre le terrorisme en Afghanistan, du fait de son voisinage avec ce pays et en même temps pour s'assurer une couverture islamique », ajoute-t-il. De plus, les liens entre le Pakistan et les Talibans étaient très étroits tant sur le plan des intérêts stratégiques d'Islamabad que sur le plan ethnique. Ce qui favorisait une nouvelle approche américaine à l'égard du Pakistan.
L'Inde, qui immédiatement après le 11 septembre pensait avoir l'opportunité de faire condamner le Pakistan pour son soutien aux Talibans, a très mal vécu ce rapprochement entre Washington et Islamabad. Désirant de toute façon utiliser contre le Pakistan la campagne internationale contre le terrorisme, l'Inde a de nouveau de l'espoir de réaliser ce rêve. Ceci a trouvé une justification après l'attentat suicide perpétré le 13 décembre à New Delhi contre le Parlement fédéral, faisant quinze morts. L'Inde a accusé dans cette affaire deux organisations islamistes cachemiries, le Lashkar-I-Taiba et Jaish Mohammad, qu'elle qualifie de « groupes terroristes basés et soutenus par le Pakistan ».
Du coup, la tension entre ces deux puissances nucléaires est montée d'un cran, de sorte que chacun a envoyé des renforts militaires sur ses frontières et placé ses armées respectives en état d'alerte.
« Avant le 11 septembre, les Etats-Unis étaient prêts à fermer l'œil en ce qui concerne les organisations armées islamistes au Cachemire et à ignorer les objections indiennes. Mais la situation actuelle diffère complètement. Les Etats-Unis ont décidé de ne plus tolérer aucune organisation armée non régulière, quel que soit son genre ou la cause pour laquelle elle lutte sous prétexte qu'elle menace la sécurité mondiale », estime Abdel-Gawad. L'attentat contre le Parlement indien semble être la carte gagnante jouée par l'Inde pour écraser le mouvement de libération du Cachemire, territoire revendiqué par les deux pays peuplé majoritairement de musulmans, et où une rébellion se poursuit depuis 1989. Le ministre de l'Intérieur, Krishma Advani, partisan de la ligne dure et numéro 2 du gouvernement indien, a annoncé qu'il demanderait aux Etats-Unis de déclarer le Pakistan « Etat terroriste » lors de son voyage à Washington ce mois-ci. « Je vais leur faire part ouvertement de notre position et je donnerai les preuves que nous avons et qui ne laissent aucun doute sur le fait que le Pakistan est un Etat terroriste », déclare-t-il à un journal indien.


Le Pakistan dans une situation délicate

Après cet attentat contre le Parlement indien, la situation du Pakistan est très délicate et le pays doit faire face à des choix difficiles : soutenir ces organisations qui représentent pour lui des mouvements de libération nationale, au risque de s'attirer la colère des Etats-Unis, qui ont placé ces deux organisations sur leur liste noire. Gelant les comptes financiers de ces deux organisations et détenant le chef de l'une d'elles, le Pakistan avait choisi d'obéir aux pressions américaines, craignant aussi un conflit armé avec l'Inde. Mais ces mesures pakistanaises ne satisfont pas New Delhi, qui les qualifie de « superficielles ». « Quelles que soient les mesures prises par le Pakistan, ce ne sera pas suffisant pour l'Inde qui a créé cette psychose de guerre », dit Riffat Hussain, spécialiste pakistanais des questions de défense.
L'Inde veut en fait régler les choses, comme le réclame le très nationaliste BJP (Bharatiya Janata-Party, parti du peuple indien au pouvoir), en suivant l'exemple des Etats-Unis et adoptant ce même principe dans sa guerre en Afghanistan. Il s'agit alors de bombarder ou d'effectuer des raids sur des camps de guérilla cachemiris, dans la partie du Cachemire sous contrôle pakistanais. « Depuis trop longtemps, nous avons attendu que le Pakistan cesse d'aider le terrorisme. L'Inde doit s'attaquer et détruire les camps terroristes au Cachemire », affirme Vijay Kumar Mahotra, député et membre éminent du BJP. Ces principes américains que l'Inde doit adopter sont basés sur deux piliers. « Le premier est lié à ce que les Etats-Unis considèrent comme un droit d'autodéfense, et qui permet de prendre des dispositions militaires individuelles sans recourir aux Nations-Unies. Le second est de définir le terrorisme d'une façon qui convient à ses intérêts. L'Inde veut bien adopter de telles mesures, notamment après la victoire militaire rapide réalisée par les Etats-Unis durant les deux derniers mois dans sa guerre contre les Talibans, en Afghanistan », explique Hassan Abou-Taleb, chercheur au CEPS. Et ces principes sont exactement ceux que l'Inde essaye de pratiquer après l'attentat contre son Parlement. Elle s'est mise à intensifier les pressions politiques, économiques et militaires contre le Pakistan, notamment le rappel de son ambassadeur à Islamabad, la mise de son armée en état d'alerte maximale à la frontière et l'interruption des liaisons ferroviaires et par autocar entre les deux pays à partir du 1er janvier 2002.
Le 11 septembre aura ainsi donné des arguments en faveur des méthodes fortes contre les présumés terroristes.

Aliaa Al-Korachi

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