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Inde-Pakistan . Islamabad sévit contre les islamistes. Une politique saluée par New Delhi. Mais la crise n'est pas encore désamorcée.
Premiers signes de désescalade

L'Inde et le Pakistan se sont éloignés d'un pas de la guerre lundi, New Delhi saluant comme un premier progrès dans la lutte antiterroriste l'annonce de l'arrestation de dizaines d'islamistes par Islamabad. « Si cette information est correcte, c'est assurément un pas en avant dans la bonne direction », a déclaré le ministre indien des Affaires étrangères, Jaswant Singh.
Le porte-parole du gouvernement pakistanais a confirmé lundi l'arrestation de Hafiz Mohammed Saeed, chef du Lashkar-e-Toiba, l'une des deux organisations accusées par New Delhi d'avoir monté, avec l'aide des services secrets pakistanais, l'attaque contre le Parlement indien, qui a fait 14 morts le 13 décembre dernier. La police de Karachi a déclaré avoir également arrêté lundi une vingtaine d'autres militants du Lashkar et de la seconde organisation mise en cause par l'Inde, le Jaish-e-Mohammad. Le fondateur du Jaish avait déjà été arrêté par Islamabad.
L'Inde a exigé le démantèlement total des deux groupes, l'arrestation de leurs chefs et la livraison d'une série de militants dont elle a transmis la liste à Islamabad après l'assaut du Parlement.
Ce premier pas susceptible de désamorcer la tension a suivi de quelques heures un violent échange de tirs entre soldats indiens et pakistanais dans le territoire disputé du Cachemire (une région à majorité musulmane) où deux militaires indiens ont été tués et cinq autres blessés dans « le bombardement de mortier le plus violent que nous ayons eu en quatre mois », selon le général indien P.C. Das. Alors que l'escalade des préparatifs militaires et des sanctions économiques a fait craindre un risque de guerre entre les deux rivaux nucléaires, les Etats-Unis et d'autres pays ont fait pression sur Islamabad pour intensifier la répression des extrémistes basés au Pakistan et combattant l'administration indienne au Cachemire.
Le ministre indien des Affaires étrangères a espéré que le Pakistan prendrait de nouvelles mesures « vigoureuses » pour éliminer « le terrorisme » venu de l'autre côté de la frontière. L'Inde avait qualifié les mesures prises auparavant par Islamabad de « cosmétiques », mais a noté lundi que la pression internationale commençait à porter ses fruits. « C'est largement sur cette base que le Pakistan a commencé à agir », a dit M. Singh.
Du côté pakistanais, on a laissé entendre que d'autres raids seraient prochainement lancés contre les organisations dénoncées par New Delhi et d'autres mouvements islamistes. « D'autres arrestations sont probables », a dit un responsable des services de renseignements.
Si la détente se confirme, le ministre indien des Affaires étrangères a laissé entendre qu'il pourrait s'entretenir avec son homologue pakistanais les jours à venir lors d'un sommet régional à Katmandou. « Je vais voir comment le programme évolue », a-t-il dit, interrogé sur des entretiens avec M. Abdul-Sattar. L'Inde a exclu à ce stade un sommet bilatéral entre le premier ministre Atal Behari Vajpayee et le président pakistanais Pervez Musharraf lorsque les dirigeants de sept pays d'Asie du sud se réuniront dans la capitale népalaise du 4 au 6 janvier. Les deux pays ont continué de dire vouloir épuiser les moyens diplomatiques tout en se déclarant prêts à la guerre. « Jusqu'à présent, nous nous sommes concentrés sur l'offensive diplomatique et cela va continuer jusqu'à ce qu'on conclut qu'on est arrivé au bout de la route en termes de diplomatie », a dit lundi le ministre indien de la Défense, George Fernandes, inspectant des troupes à la frontière. Si la diplomatie échoue, « nous ferons tout ce qui sera nécessaire », a-t-il averti. Ses propos faisaient écho à ceux tenus la veille par le président pakistanais. « Le Pakistan est pour la paix, veut la paix, veut une désescalade », a dit M. Musharraf. Mais, a-t-il ajouté, « si une guerre lui est imposée, le Pakistan, ses forces armées et ses 140 millions d'habitants sont fin prêts pour faire face à toutes les conséquences ».
Le chef de l'Etat pakistanais, le général-président Pervez Musharraf, ne cesse pour sa part de faire des déclarations apaisantes, se déclarant ouvert au dialogue et soucieux de faire tomber la tension. Il a souhaité dimanche adresser un message de paix au peuple indien, réaffirmant toutefois que le Pakistan, ses forces armées et son peuple étaient « prêts au pire », même s'ils espéraient « le meilleur », notamment du sommet qui s'ouvrira à Katmandou vendredi et auquel il participera avec son homologue indien.
Les mesures prises par le gouvernement militaire pakistanais à l'encontre d'extrémistes religieux répondent aux pressions de la communauté internationale, les Etats-Unis en tête, qui exigent du Pakistan qu'il nettoie sa propre cour des extrémistes qui y abondent.
Paradoxalement, le Pakistan avait été l'un des premiers pays à répondre favorablement et à participer étroitement à la coalition antiterroriste internationale, lancée à l'initiative des Etats-Unis et dont la première cible avait été l'Afghanistan voisin au lendemain des attentats du 11 septembre. Le Pakistan, soucieux de redorer son blason terni par son association étroite depuis 1994 avec le régime des Talibans, avait déjà prêté ses bases aériennes à la coalition et gelé les avoirs des organisations inscrites par Washington sur la liste noire des mouvements à caractère terroriste.

Maha Al Cherbini

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