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Afghanistan . L'accord de déploiement de la force internationale a été signé. Le gouvernement a, lui, fixé ses priorités : la sécurité et la reconstruction du pays.
Karzaï à l'œuvre

Après des semaines de tergiversations, les responsables afghans et britanniques ont mis lundi à Kaboul la touche finale à un accord de déploiement de la Force internationale d'assistance pour la sécurité en Afghanistan (ISAF). Cette force est placée sous commandement britannique pendant les trois premiers mois et qui devrait compter entre 3 000 et 4 000 hommes. Il s'agissait de deux articles qui retardaient la signature de cet accord. D'abord, le respect du code islamique par les troupes étrangères, portant notamment sur la consommation de boissons alcoolisées ou les relations sexuelles, a déclaré le général Deen Mohammad Jurhat, responsable de la sécurité intérieure. « L'Afghanistan est un pays islamique et les lois afghanes sont islamiques. Par exemple, la consommation d'alcool ou les relations sexuelles sont une chose commune dans les pays d'où émanent ces troupes. Elles doivent obéir aux lois afghanes », a-t-il dit. Le premier élément de renfort de cette force, un convoi de 11 véhicules transportant des troupes britanniques, est arrivé lundi à Kaboul.
La mise en place de la force internationale devrait donner un coup de pouce au travail du nouveau gouvernement afghan, confronté notamment au problème du sécurité. Ce gouvernement intérimaire, nommé pour six mois, s'est dit déterminé à agir vite pour rétablir la sécurité et l'unité du pays. En tête des priorités, Hamid Karzaï, le président du gouvernement, a placé la lutte contre les réseaux terroristes et le rétablissement de la sécurité en Afghanistan, ravagé par plus de 20 ans de guerre.
Il a réuni son cabinet deux fois. Après ces réunions, placées sous le signe de l'urgence, le gouvernement a dressé un état des lieux pour chaque ministère et leur a fixé des objectifs pour les six prochains mois. M. Karzaï a chargé son ministre de la Défense de mettre sur pied une armée de métier, regroupant les dizaines de milliers d'hommes des chefs de guerre afghans qui ont participé à la lutte contre les Talibans.
Lors du Conseil des ministres, chacun a présenté un exposé de l'état des lieux et des priorités de sa charge. Les 29 ministres ont pris leurs fonctions dans des locaux parfois à peine habitables, comme ceux du ministère des Martyrs et infirmes, ce qui ne semble cependant pas avoir empêché la tenue de réunions multiples. « J'ai tout expliqué au ministre : la nécessité d'un nouveau lieu de travail, la situation de nos fonctionnaires non payés, le besoin de soutenir les familles des vétérans, qui n'ont rien touché sous les Talibans », expliquait par exemple Shah Djahan Ahmadi, ancien vice-ministre des Martyrs. Même ambiance de ruche au ministère de l'Enseignement supérieur, où l'on prépare la rentrée universitaire et où des centaines d'étudiantes faisaient la queue pour s'inscrire. Le nouveau gouvernement a ainsi signé son premier contrat de coopération avec la Russie, l'ONG française Acted et la britannique Halo Trust (déminage), afin de reconstruire la passe de Salang, route stratégique des montagnes du Panchir jadis utilisée par l'Armée rouge dans sa campagne afghane de 1979-89.
Le numéro un afghan est conscient de la fragilité de sa coalition gouvernementale, composée de sept ethnies différentes et pour certaines d'entre elles rivales. Karzaï œuvre aussi à rallier les derniers mécontents afin d'assurer la stabilité de son gouvernement. Ainsi, il vient de marquer un point crucial en ralliant le soutien du puissant chef de guerre ouzbek Abdul Rashid Dostam, auquel il a confié un poste de vice-ministre de la Défense. Le général Dostam avait critiqué les résultats de la conférence interafghane de Bonn début décembre, critiquant le peu de place accordé à l'ethnie ouzbèke dans le nouveau gouvernement.


La traque de Bin Laden

En attendant la mise sur pied d'une armée régulière, les milices afghanes locales ont été chargées de traquer les Talibans et les volontaires islamistes d'Al-Qaëda en fuite à travers tout le pays. Geste significatif, Dostam a donné son accord à l'incorporation de ses hommes dans la nouvelle armée.
Mais c'est la traque du chef d'Al-Qaëda, Ossama bin Laden, qui pose problème. Le gouvernement intérimaire, qui cherche à tout prix la fin des attaques meurtrières américaines contre le territoire afghan, assure depuis quelques jours que Bin Laden, dont la tête est mise à prix par les Etats-Unis, a pris la fuite au Pakistan. C'est ainsi que les ministres du nouveau gouvernement ont accusé le Pakistan de donner asile à Ossama bin Laden. Le ministre de l'Intérieur, Younis Qanooni, et celui de la Défense Mohamed Qasim Fahim, ainsi que le ministre des Affaires frontalières Aminullah Zadran, ont assuré que Bin Laden avait quitté la zone de Tora Bora, dans l'est de l'Afghanistan, pour se réfugier dans les zones tribales pakistanaises, et qu'il bénéficiait de l'aide de l'ISI (Inter-Services Intelligence).
De son côté, le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Abdul Sattar, a réaffirmé que Bin Laden serait livré par Islamabad à la coalition conduite par les Etats-Unis s'il était capturé, mais qu'il ne se trouvait pas au Pakistan. « S'il tente d'y entrer, il sera arrêté et placé en détention », a-t-il dit.
A l'intérieur même de l'Afghanistan, des membres présumés d'Al-Qaëda continuent de résister les armes à la main, mais les Moudjahidine afghans et les commandos américains semblent avoir définitivement perdu la trace de Bin Laden dans les montagnes de Tora Bora (est), son dernier repaire.
Un porte-parole de la coalition antiterroriste dirigée par les Etats-Unis a déclaré à Islamabad que les opérations militaires en Afghanistan ne cesseraient pas tant que le milliardaire d'origine saoudienne et son allié, le mollah Mohammad Omar, ancien chef suprême des Talibans, n'auraient pas été trouvés.

Maha Salem

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