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Femmes
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maris peuvent encore obliger leurs épouses
rebelles à réintégrer le foyer
conjugal grâce à la pratique de
Beit al-taa qui n'est pourtant pas conforme
à la charia.
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Une
pratique d'un autre âge
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Cela fait
déjà un mois que Samia, enseignante
de 30 ans, a quitté le foyer conjugal pour
rejoindre la maison de ses parents suite à
un désaccord avec son mari. Un jour, un
huissier est venu lui remettre une notification lui
signifiant de se soumettre à Beit al-taa
(littéralement m aison
d'obéissance). Par la force de la loi, elle
doit maintenant retourner à la
« cage » conjugale.
Mais Samia est choquée de voir que le
foyer qu'elle est obligée de rejoindre n'est
autre qu'une petite chambre contenant un matelas,
une bassine, une jarre et des toilettes communes.
« Il ne lui suffit pas de m'avoir fait
subir les affres de sa dictature, il veut m'imposer
aujourd'hui une vie indigne de l'être
humain », confie Samia qui a
décidé d'intenter un procès
d'opposition (cassation de la notification
d'obéissance).
Elle s'est mariée à un
commerçant suite à une longue
histoire d'amour. Trois ans de mariage se sont
écoulés, mais elle a toujours
éprouvé un sentiment
d'insécurité : celui
d'être mise à la porte un jour par sa
belle-mère avec qui elle vivait sous le
même toit. « J'ai
supporté les injures et l'humiliation de ma
belle-mère, mais quand elle a
commencé à me battre, je ne pouvais
plus le tolérer ». Mais
maintenant, elle devra endurer une situation bien
pire dans son nouveau foyer
d'obéissance.
Cependant, cette femme ne s'avère pas
être la seule victime de cette machination
masochiste. Selon les statistiques du Parquet de
statut personnel à Zananiri, 3 000
procès d'opposition de taa sont
cités en justice annuellement au Caire.
Fawziya Abdel-Sattar, professeur en droit et membre
au Conseil de la femme, affirme elle que 70 %
des procès appelant la femme à la
soumission sont actionnés par des
époux obstinés à se venger ou
à humilier leurs femmes. Mais aussi des
hommes qui veulent faire perdre à leurs
femmes les droits dont elles
bénéficieraient en cas de divorce
comme la pension alimentaire, et les autres
compensations financières telles
al-motaa et moakhar al-sadaq.
« Si la femme quitte le foyer, le mari
est autorisé par la loi de demander sa
réintégration au domicile conjugal.
L'épouse se voit obligée
d'obéir », commente
Abdel-Sattar.
Plus encore, nombreux sont les maris, comme celui
de Samia, qui préparent pour leur femme
récalcitrante un foyer assez inhumain
à la place de celui qu'elle a quitté
de son plein gré. Selon le juriste Mahmoud
Ibrahim, ces hommes n'hésitent pas à
verser des pots-de-vin aux experts mandatés
par le tribunal. Et ce, pour qu'ils fassent un
constat positif de la maison
d'obéissance, même si celle-ci
ressemble à une étable.
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Il ne m'aime pas, il veut seulement me priver
de la pension
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C'est ainsi que
beaucoup de femmes ont dû se soumettre. C'est
le cas de Siham. Après dix ans de mariage,
cette femme d'un fonctionnaire et mère de
trois enfants, ne supportant plus l'avarice de son
mari, décide d'intenter un procès de
divorce. Connaissant parfaitement son mari, qui ne
dépense pas le sou pour nourrir ses enfants,
elle était loin de penser qu'il allait payer
les frais d'une notification d'obéissance.
Or, il l'a fait. « Il ne m'aime pas,
il veut seulement me priver de la pension
alimentaire », dit Siham qui a
dû retourner à son mari, mais
« en refusant qu'il la
touche ».
En effet, cette procédure n'a aucune
référence dans la charia (loi
islamique). En effet, comme l'explique le Dr Raafat
Osmane, doyen de la faculté de fiqh
et de la charia à l'Université
d'Al-Azhar, l'islam impose obéissance
à la femme autant qu'à l'homme qui
ont chacun des droits et des obligations envers
l'autre. Le verset 228 de la sourate
Al-Baqara l'affirme d'ailleurs :
« Les femmes ont des droits
équivalents à leurs
obligations ».
De plus, l'islam n'exige pas de la femme de vivre
avec un homme contre sa volonté. Pourtant,
certains islamistes, de tendance conservatrice,
émettent un autre avis. Pour eux, Beit
al-taa est un moyen de garantir la
continuité de la relation conjugale et la
protection du foyer et des enfants. Selon le cheikh
Mohamad Abdallah, imam d'une mosquée, Beit
al-taa est nécessaire pour certaines femmes
qui refusent d'obéir à leurs maris ou
de mener une vraie vie conjugale. Cependant, pour
le sociologue Ali Fahmi, Beit al-taa est non
seulement une humiliation pour la femme, mais aussi
une menace permanente qui risque de la priver de
tout sentiment de sécurité.
« Personne ne peut admettre qu'une
relation conjugale dénuée de tout
sentiment d'amour puisse se maintenir après
l'exécution de l'ordre du
taa », explique-t-il.
L'appel à Beit al-taa est
appliqué en Egypte depuis le règne de
Mohamad Ali. A l'époque, la police venait
chercher les femmes récalcitrantes et les
remettait telles des criminelles à leurs
époux. En 1979, un amendement de la loi a
interdit le recours à la force dans
l'exécution des verdicts de taa.
Aujourd'hui, un avertissement remis par l'huissier
suffit pour remettre une épouse sur les
rails.
Quelles qu'en soient les arguments pour ou contre,
le nouveau statut personnel est venu trancher la
polémique. Car même si le concept de
taa n'a pas été explicitement
annulé par la loi, il est bel et bien
dépassé. En effet, début 2000,
la loi sur le kholea est venue bouleverser
la situation en permettant à la femme
d'obtenir le divorce en renonçant à
tous ses droits financiers.
Karima l'a ainsi échappé belle.
Agée d'une quarantaine d'années, elle
a longtemps souffert des infidélités
de son mari. Lorsque son fils a atteint l'âge
de 17 ans, elle a décidé de franchir
le pas. Pour éviter les tracas des
tribunaux, Karima a eu recours au kholea. Mais le
mari fou de rage n'a pas accepté
d'être humilié de la sorte.
« Il est entré dans une
colère effroyable et m'a demandé
à la maison
d'obéissance »,
raconte-t-elle. Le tribunal a jugé que
l'ordre d'obéissance n'est pas valable dans
le cas d'une femme qui a obtenu le divorce.
Mais si Karima a trouvé le courage et
attendu le moment opportun pour choisir de mener
une vie indépendante, rare sont les femmes
capables de défier la société
et surtout de se passer de l'argent de leur mari.
La majorité préférerait
plutôt souffrir dans le calme. Actuellement,
80 % des procédures d'opposition
à la taa sont acceptés par les
tribunaux, même si beaucoup de juges les
considèrent comme une offense à la
dignité de la femme.
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Chahinaz
Gheith
Hanaa Al-Mékkawi
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