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La
version des médecins
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« Nous
les médecins, nous appuyons la décision du ministre
de la Santé, mais en même temps, il faut que
les factures soient réglées »,
explique Mohamad Yasser, cardiologue dans un hôpital
privé de Guiza. Il précise que si le corps du
défunt sort sans que la facture soit réglée,
l'hôpital pourrait être accusé de détournement.
Cependant, cette pratique condamnable n'est, selon lui, le
fait que de petits hôpitaux n'ayant pas très
bonne réputation. Dans les autres établissements,
« si les parents d'un défunt ne paient
pas, nous établissons un procès-verbal et nous
leur faisons signer des chèques », dit-il.
Des hôpitaux comme le nouveau Qasr
Al-Aïni vont jusqu'à effectuer des
enquêtes sociales et concèdent
à certaines familles une
« réduction de
20 % », ajoute le
médecin. Mais pas question de passer
l'éponge sur la facture,
« sinon nous mettrions la clé
sous la porte », affirme le
propriétaire d'un de ces
établissements. « Pourquoi donc
obliger un hôpital privé à
payer la note de traitement d'un patient
pauvre ? N'est-ce pas le rôle des
hôpitaux publics ? », se
demande Saber Hassan, directeur d'un hôpital
privé.
Souvent, les patients qui meurent pendant le
traitement sont à des phases critiques ou
terminales de leur maladie, ce qui accroît
les frais. Ils sont par exemple admis en soins
intensifs, ce qui coûte très cher.
Une décision gouvernementale datant de trois
mois prévoit que le patient soit
informé à l'avance du montant de son
traitement, et qu'il signe un document dans ce sens
pour éviter malentendus ou exploitation en
cas de mort. En cas de violation de la loi,
l'hôpital risque une fermeture provisoire ou
définitive s'il récidive. Les
responsables sont déférés au
Parquet.
Mais selon le Dr Mohamad Yasser, il est très
difficile d'appliquer cette décision. Car un
patient peut entrer pour faire une simple
opération et finalement devoir en subir
plusieurs à cause de complications. En
outre, même si l'hôpital précise
ses frais, il n'est pas responsable des honoraires
du médecin traitant qui, souvent, sont
décidés en commun accord entre ce
dernier et le patient.
Tout ceci ne signifie pas l'absence
d'irrégularités dans les factures un
peu partout. Ainsi, Karima, atteinte d'un cancer du
foie, était condamnée mais s'est vu
prescrire, dans un hôpital cinq
étoiles, une multitude de médicaments
hors de prix. Explications d'un médecin de
l'établissement : « Nous
ne lui avons pas demandé de se
présenter à notre
établissement. Elle est venue de son propre
gré » ...
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Ch.
Gh.
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Santé
. Une
décision ministérielle interdit aux
hôpitaux privés de monnayer le corps
des patients décédés contre le
règlement des frais hospitaliers. Mais il
semble que certains aient leur propre
loi.
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Chantage
morbide
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« Si vous y tenez
tellement, je vous offre le corps de mon fils en guise de
cadeau », répond Kamel avec sarcasme
et amertume au comptable de l'hôpital privé.
Le drame de cet homme a commen cé
le jour où sa femme enceinte de 8 mois a été
prise par de fortes douleurs et a perdu connaissance dans
la rue. Des passants l'ont transportée en catastrophe
à l'hôpital le plus proche. Urgence oblige,
même si l'hôpital est privé. « Ne
vous inquiétez pas, votre épouse sera en forme
dans 4 jours. C'est seulement le nouveau-né, qui
souffre de complications respiratoires. On doit le garder
en réanimation et en couveuse pendant quinze jours.
Ensuite, il subira une intervention chirurgicale pour changer
de valve ».
L'accouchement a coûté 2 000 L.E. ;
quant aux frais de soins du bébé, ils ne cessent
d'augmenter de jour en jour. Fonctionnaire, le père
ne gagne que 450 L.E. par mois. Il aurait aimé transférer
sa femme dans un hôpital public, mais le cas du bébé
est critique. Il risque de mettre en danger la vie de cet
enfant chéri, qui arrive après 8 ans de mariage.
« J'arriverai à me procurer cette somme,
l'important c'est la santé de mon bébé »,
pense Kamel au départ.
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L'hôpital n'est pas une maison de
charité
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Mais le choc est
indescriptible. Non seulement son nouveau-né
est mort, mais il doit verser une somme de
20 000 L.E. Tant qu'il n'aura pas
réglé, l'administration de
l'hôpital ne lui remettra pas le corps pour
l'enterrement. Accablé par le chagrin et
scandalisé par cette facture
onéreuse, le père ne sait plus
où donner de la tête. Son seul souci
est de trouver une solution pour
récupérer le corps de son fils et
l'inhumer. Il tente de convaincre l'administration
de l'hôpital de lui faire une
réduction et lui permettre de payer à
crédit. Peine perdue, la réponse est
négative. « L'hôpital
n'est pas une maison de charité. Je vous
donne deux jours de délai pour payer la
note. Votre cher bébé est entre de
bonnes mains, à la morgue »,
lui répond un responsable avec froideur.
En cas d'urgence, les patients ou leurs parents ne
se soucient que d'une chose : arriver au plus
proche hôpital. Or, ce n'est pas
forcément un établissement public.
Ainsi, le cas de Kamel se répète des
dizaines de fois par jour, non seulement dans les
hôpitaux privés, mais aussi dans
certains hôpitaux publics et payants.
« Dans le nouvel hôpital de
Qasr Al-Aïni, on compte deux
décès par jour et les parents doivent
se démener pour récupérer le
corps du défunt », affirme un
médecin qui a requis l'anonymat.
Suite aux nombreuses plaintes concernant les
factures exorbitantes des hôpitaux
privés et le refus d'accueillir des cas
d'urgences, comme c'était le cas de
l'hôpital Al-Fath, à Maadi, qui
a refusé d'offrir les premiers soins pour
des raisons financières, le ministre de la
Santé a promulgué une décision
importante. Cette décision datant de trois
mois stipule l'interdiction de garder le corps du
patient comme garantie. Pourtant, il semble que
cette loi ne soit pas appliquée par les
hôpitaux privés, qui restent
fidèles à leur règle.
« J'ai réussi à
récupérer le corps de ma mère
après avoir versé 2 000 L.E. et
signé des chèques en blanc pour la
somme de 4 000 L.E. », avoue
Ahmad, dont la mère est morte lors d'une
intervention chirurgicale dans un hôpital
privé de Maadi. « Ma
manière de rendre hommage à ma
mère est de l'enterrer
rapidement », ajoute-t-il.
La notion de la mort et de l'enterrement est
sacrée chez les Egyptiens. Ikram al-mayet
dafnou (honorer le défunt en
l'inhumant). La religion musulmane recommande un
enterrement quelques heures après la mort.
Du coup, le chantage des hôpitaux est
très efficace. Les parents du défunt
sont prêts à faire n'importe quoi pour
récupérer le corps de leur
proche.
Tel était le cas de Kamel, qui a vendu les
bijoux de sa femme et les meubles de son
appartement pour payer la note de l'hôpital.
Mais il n'aura réussi à
récolter que 6 000 L.E. et il lui reste
encore 12 000 L.E. à payer. Alors,
complètement désespéré,
il n'a d'autre choix que de laisser une partie de
sa chair à l'hôpital.
« Je vous le confie »,
dit-il non sans amertume en jetant un dernier
regard à son fils.
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Chahinaz
Gheith
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