| Sacré Chemou ! | Cham Al-Nessim est une fête typiquement égyptienne. Elle est célébrée au printemps et est considérée comme la plus ancienne fête du monde, puisqu'elle date de 5 000 ans. Les pharaons qui lui ont donné le nom de Chemou ont usé de tout leur art pour mettre en relief les différents symboles du printemps transformés plus tard en traditions sacrées. L'attention particulière accordée au poisson provient du concept de la sacralisation du Nil, source de vie pour l'Egypte et son peuple. C'est ainsi que les pharaons ont inventé la technique de la conservation du poisson Bour, le nom pharaonique du mulet dans du sel. L'oignon vert, la laitue et la mallana (pois chiches verts) sont également à l'honneur durant cette fête. L'histoire de la 6e dynastie inscrite sur des papyrus explique l'importance de l'oignon classé à l'époque dans la catégorie des remèdes. Elle rapporte qu'un jour le fils du roi a attrapé une maladie mystérieuse qui a duré plusieurs années et que personne n'a réussi à guérir. Le roi a fait intervenir un grand prêtre. Ce dernier lui a ordonné de prendre un oignon vert du printemps et de le glisser sous le coussin du prince au coucher du soleil et de disposer des bouquets d'oignons à l'entrée de sa demeure pour écarter les mauvais esprits. Un miracle s'est produit, le prince a quitté le lit pour aller jouer au jardin avec les autres enfants. De grandes festivités ont eu lieu au palais et quelques jours plus tard est né Chemou. Pour fêter l'événement, les gens ont suspendu aux portes de leurs maisons des bouquets d'oignons verts. En ce qui concerne la laitue, elle était prisée par les hommes pour ses vertus aphrodisiaques et était représentée au pied de Mine (dieu de la procréation). Le printemps était considéré comme la période de régénération. La veille de Chemou était une soirée consacrée à l'écriture des prières et des vux sur la coquille des ufs. Ils disposaient ces ufs sur les balcons, dans les cours des maisons et sur les branches des arbres pour recevoir la bénédiction des premiers rayons du soleil. Quant aux pois chiches verts (mallana), ils étaient chez les pharaons synonyme de l'arrivée du printemps. | D.I |
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Fête de
Cham Al-Nessim . Les
habitants du village de Nabaroh, spécialistes dans
la préparation de fessikh (mulet salé),
perpétuent des traditions ancestrales qui remontent
à l'ère pharaonique. C'est le haut lieu de
cette spécialité prisée par les Egyptiens
en cette période de l'année. Reportage.
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Gros sel, poisson et oignon
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Tôt le matin, Nabaroh, un
village situé à 150 km au nord du Caire, dans
le gouvernorat de Daqahliya, se
réveille au bruit des moteurs de camions chargés
de tonnes de poisson. « Notre quota nous parvient
du lac Borollos situé à l'embouchure du Delta.
Là où l'eau du Nil se mêle à
la mer. C'est dans ce lac que le mulet est le meilleur.
Il donne le plus bon fessikh », explique Hag
Mossaad Al-Ghalbane, 68 ans, chef fassakhani et propriétaire
de 5 magasins parmi les 23 qui existent déjà
dans le village. Depuis de longues années, Nabaroh
est réputé pour son bon mulet salé
appelé fessikh, une spécialité
qui remonte à l'ère pharaonique. A cette époque-là,
le poisson était considéré comme symbole
de la vie et les pharaons le conservaient dans le sel pour
le déguster à Cham Al-Nessim, la fête
du printemps qui est encore célébrée
par les Egyptiens.
Les habitants s'enorgueillissent que leur village attire
tous les ans à l'occasion de cette fête plusieurs
célébrités qui viennent déguster
les spécialités locales. La prospérité
de ce village au décor modeste s'est amplifiée
grâce au mulet salé. « Celui qui
ne possède pas plus d'un million de L.E. se considère
un misérable dans ce village ». C'est
ainsi que les habitants des villages voisins jugent les
natifs de Nabaroh.
Ici,
les moindres détails de la conservation du fessikh,
dont tous les Egyptiens raffolent, sont gardés jalousement
par ses producteurs. « Depuis la nuit des temps,
nos aïeux n'ont pas exercé d'autres métiers
que celui de faire du fessikh. Nos parents nous ont
appris les secrets de la profession dès notre plus
tendre enfance », lance Mohamad, 25 ans, qui
appartient à l'une des quatre familles qui détiennent
le monopole de ce commerce dans ce village. Diplômé
en tourisme et hôtellerie, il a choisi de prendre
la relève tout comme les jeunes du coin. « Ce
n'est pas une affaire de business, mais par amour pour ce
métier que nous essayons de le préserver »,
continue-t-il.
Préparer du fessikh est une scène quasi
quotidienne à Nabaroh à l'approche de Cham
Al-Nessim. Cette fête a lieu au printemps et correspond
au dernier lundi du mois d'avril qui précède
la fête copte de la Résurrection du Christ.
Et si certaines personnes aiment consommer du fessikh
pendant l'année, à Cham Al-Nessim ce poisson
est à l'honneur. Ce qui exige des fassakhanis
de multiplier leur production : Al-Ghalbane par exemple
doit produire 500 kilos par jour, alors que le reste du
temps il ne dépasse pas les 200 kilos.
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Une réputation en or
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La réputation du délicieux
fessikh de Nabaroh s'est répandue comme une
traînée de poudre. Ce commerce a de bonnes
répercussions sur le reste du marché. « Les
périodes du petit Baïram et de Cham Al-Nessim
sont très florissantes. Durant ces fêtes que
nous attendons avec impatience, les visiteurs de passage
achètent non seulement du fessikh, mais aussi
d'autres produits pour passer la journée ou continuer
leur trajet », dit Maalouf, un épicier.
Quelques semaines avant la fête, les prix flambent.
Actuellement, un kilo de fessikh de mulet coûte
entre 18 et 25 L.E. selon la grosseur du poisson, alors
qu'il ne dépasse pas les 17 L.E. en période
normale. « Le mulet est le plus prisé,
mais nombreux sont ceux qui n'ont pas les moyens de se le
payer et se contentent du tobar, un poisson du Nil, dont
le kilo est vendu à 10 L.E. », explique
le fassakhani Abdel-Baqi Chéir, tout en précisant
que ce sont des prix de grossistes et qu'il faut multiplier
par deux dans les grandes villes. Quant aux habitants de
Nabaroh, ils n'achètent jamais du fessikh,
car toutes les femmes du village connaissent les recettes
de fabrication. Chacune d'elles a conçu une petite
aire de stockage dans sa cuisine, dans son balcon ou à
l'entrée de la maison. Ce qui déplaît
souvent aux hommes. « Je passe ma journée
au magasin entouré de tonneaux de fessikh
et des odeurs fortes qu'ils répandent. De retour
à la maison, je préfère sentir autre
chose », souligne Kamel Al-Mallah. Du coup,
Cham Al-Nessim est presque un jour ordinaire pour ces habitants
de Nabaroh où le poisson salé est un mets
ordinaire tout comme le foul est pour la majorité
des Egyptiens. C'est pour cela que le jour de Cham Al-Nessim
c'est le seul endroit en Egypte où on ne consomme
pas ce plat tant prisé. La veille de la fête
et pour perpétuer les anciennes traditions pharaoniques,
les enfants de ce village glissent sous leurs coussins de
l'oignon et de la menthe : l'oignon sert à éloigner
la paresse et la menthe à donner de la vitalité.
Au lever du soleil, les enfants se dirigent vers la rivière
pour jeter ces plantes tout en faisant le souhait de jouir
d'une bonne santé. Au petit-déjeuner, le menu
est composé de pain et d'ufs colorés.
« Ce sont des traditions qu'on a héritées
de nos parents ; c'est le symbole de l'optimisme pour
le reste de l'année », lance Fathiya
Abou-Ismaïl, mère de 6 enfants.
Mais malgré cette notoriété, beaucoup
de jeunes font pression sur leurs parents pour qu'ils changent
de métier. « Le commerce n'est plus
juteux. Petit à petit, les secrets du métier
ont été dévoilés et la concurrence
est devenue très forte », affirme Saleh
Al-Mallah, étudiant de 18 ans. Son père et
comme tous les autres défenseurs du métier
qui ont fait la renommée de ce village affirme que
la préparation du fessikh en dehors de Nabaroh
n'est que du leurre, car le vrai mulet salé se trouve
seulement chez eux.
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Dina Ibrahim
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