.. | | Palestine . Le bouclage des territoires palestiniens coûte cher aux Palestiniens. | | Un bouclage asphyxiant | Ramallah, Correspondance | Le bouclage de la Cisjordanie et de la bande de Gaza par Israël depuis le début de l'Intifada d'Al-Aqsa provoque des dégâts économiques et humanitaires. Les plus pauvres sont les plus pénalisés, 1,3 million de Palestiniens, sur 3,1 millions de personnes se trouvent en dessous du seuil de pauvreté. Malgré les appels répétés de la communauté internationale, dont l'Union Européenne (UE) à la fin mars, le bouclage n'a pas été levé par Israël, invoquant des raisons de sécurité. Les Palestiniens considèrent ces mesures comme une punition collective. Le nouveau gouvernement d'Ariel Sharon tente d'assouplir ces restrictions, au coup par coup, et en fonction de son évaluation de la situation sécuritaire. Le 1er avril, quelque 500 travailleurs palestiniens ont été autorisés à travailler en Israël, contre 50 000 avant l'Intifada. Cette mesure est jugée insuffisante par les Palestiniens qui demandent la levée totale du bouclage. Pour Mohammed Shtayyeh, directeur du PECDAR (Palestinian Economic Council for Development And Reconstruction), qui dépend de l'Autorité palestinienne, l'un des principaux effets du bouclage des territoires, c'est la hausse du chômage. Près de 50 % des travailleurs sont au chômage, soit 310 000 personnes sur une force de travail de 612 000, selon cet économiste. Depuis le soulèvement, quelque 120 000 Palestiniens (dont 80 000 sans permis) ne travaillent plus en Israël, ce qui représente un manque à gagner d'environ 3,4 millions de dollars par jour, selon des statistiques de l'Onu. Le ministère palestinien du Travail a dédommagé de 600 shekels (environ 160 dollars) les travailleurs avec permis en Israël.
| Une mesure de courte durée | Par ailleurs, l'emploi interne est également touché. Le bouclage des territoires et la fermeture des routes dans les zones sous administration israélienne empêchent de nombreux villageois d'atteindre leur poste de travail dans les villes palestiniennes. Résultat : licenciements et congés non payés pour près de 190 000 Palestiniens, soit un manque à gagner de 4 millions de dollars par jour. Les 120 000 fonctionnaires de l'Autorité palestinienne sont mieux lotis, car leurs salaires sont jusqu'ici assurés par les pays donateurs tels l'UE, le Japon, la Norvège. « C'est une situation malsaine, déplore Mohammed Shtayyeh, d'avoir autant de monde dans le secteur public pour une population de 3 millions de personnes. Mais l'Autorité palestinienne est obligée à cause du taux de chômage chronique très élevé. Avant l'Intifada, il se montait déjà à 18 % ». Bien sûr, le fonctionnement des ministères est touché par les entraves à la liberté de mouvement. Les plus atteints sont les plus faibles institutionellement, comme l'Agriculture, la Justice. Au total, les pertes liées au bouclage ces cinq derniers mois sont évaluées à 900 millions de dollars par Nabil Chaath, le ministre du Plan et de la Coopération internationale. Dans ces conditions, le déficit budgétaire ne cesse de se creuser. D'autant que l'Autorité palestinienne ne peut pas collecter d'impôts. Selon un rapport du PECDAR, la croissance économique devrait chuter de 7 % à 3 %. Ce n'est pas tout. Depuis la mi-novembre, Israël retient les droits de douane et la TVA qu'il perçoit pour le compte de l'Autorité palestinienne. Les revenus de la TVA reversés aux Palestiniens s'élèvent annuellement à 320 millions de dollars. Selon l'Onu, les arriérés des taxes douanières dépassent 50 millions de dollars. Faut-il en conclure que l'Autorité palestinienne est sur le point de s'effondrer ? « C'est exagéré, réagit Mohammed Shtayyeh. L'Autorité palestinienne affronte une crise économique sérieuse. Mais on ne peut pas dire qu'elle est sur le point de s'effondrer, car elle reflète la volonté des gens et est un produit du processus de paix. La question qui se pose, c'est combien de temps les pays donateurs vont accepter de payer ! ». Pour l'heure, l'UE, le principal donateur, a récemment alloué 75 millions d'euros (70 millions de dollars) d'aide à l'Autorité palestinienne, dont 60 millions pour son budget et le reste pour des projets humanitaires. Mais le Conseil européen, réuni à Stockholm fin mars, a exhorté l'Autorité palestinienne à lutter contre la corruption et à améliorer la transparence démocratique au sein des territoires. Il a également lancé « un appel pour que d'autres donateurs se joignent à l'UE et s'engagent à soutenir financièrement le budget palestinien ». Il a été entendu par les Etats arabes réunis à Amman. « Au niveau économique, réagit Mohammed Shtayyeh, ce sommet a satisfait nos demandes concernant le commerce et le budget ». Pendant six mois, l'Autorité recevra 40 millions de dollars par mois, dont 15 millions en prêt à intérêts réduits et le reste sous forme de dons. De plus, 205 millions de dollars vont être alloués par la Banque Islamique de Développement (BID), dont le siège est à Jeddah (Arabie saoudite), qui gère les fonds arabes, à des projets d'éducation, de santé, d'infrastructures, la réhabilitation des lieux bombardés par Israël. En outre, l'Arabie saoudite et d'autres pays arabes ont autorisé les produits palestiniens agricoles et industriels à entrer librement dans leur marché. Des discussions sont en cours pour autoriser des travailleurs palestiniens. | Une situation complexe | Sur le terrain, le bouclage a créé une situation complexe et aussi fragmentée que les territoires palestiniens. Des rapports d'organisations des droits de l'homme israélienne (B'Tselem) et palestinienne (The Palestinian Human Rights Monitoring Group, PHRMG), parus respectivement en janvier et mars, énumèrent et dénoncent les nombreuses restrictions imposées aux Palestiniens au nom de la sécurité. Pour B'Tselem, « ces restrictions portent sévèrement atteinte non seulement au droit de liberté de mouvement, mais aussi à d'autres droits de l'homme. Les principaux droits concernés sont celui du droit au travail et à gagner sa vie, du droit au traitement médical, à l'éducation, et à garder une vie de famille ». Plus concrètement, la situation varie d'une ville à l'autre et les effets du bouclage sont plus durs économiquement à Gaza qu'en Cisjordanie. La bande de Gaza est ainsi découpée en trois parties isolées l'une de l'autre, depuis la fin janvier. Les colons, dénonce le rapport du PHRMG, peuvent circuler librement sur le côté des routes qui leur sont réservées, à Gaza comme en Cisjordanie. Une politique que ledit rapport qualifie de « raciste ». Par ailleurs, l'aéroport international de Gaza, inauguré en novembre 1998, fleuron de l'Autorité palestinienne, est fermé depuis le début de l'Intifada, à l'exception de quelques jours pour le pèlerinage à La Mecque. Depuis le 5 février 2001, un siège aérien a été imposé par les Israéliens après le meurtre d'un soldat à la frontière entre Rafah, où se trouve l'aéroport, et le territoire palestinien. Une punition collective qui empêche l'aide humanitaire d'arriver aux Palestiniens, d'autant que des pays avaient commencé à envoyer cette aide via l'aéroport. Les pertes hebdomadaires de l'aéroport sont estimées à 2 millions de dollars. Du côté de la Cisjordanie, les grandes villes ont été isolées l'une de l'autre depuis le début du soulèvement. Tsahal a creusé de profondes tranchées coupant les routes, dressé des barrages de blocs de béton et déployé des tanks. Toutefois, dès la mi-mars, les autorités israéliennes ont allégé le bouclage sur la moitié de ces villes. Pour l'heure, la situation est volatile et tributaire de changer avec l'escalade de la violence. C'est Hébron, ville divisée en deux parties, une palestinienne et une israélienne, qui rencontre une situation particulièrement difficile. La ville subit un blocus. La partie juive de la ville est quasiment sous couvre-feu permanent à cause d'affrontements fréquents entre les habitants palestiniens (40 000) et les 400 colons qui y vivent. Toujours en Cisjordanie, de nombreux villages de la région de Ramallah sont isolés par de profondes tranchées qui barrent la route principale. Mais certains d'entre eux ne le sont pas complètement et les villageois peuvent emprunter des routes secondaires et/ou sont obligés de marcher quand les transports locaux manquent. De fait, selon le PHRMG, « il apparaît que l'armée israélienne se montre particulièrement stricte à bloquer l'accès aux villages proches des colonies ». Plus tragique : les points de passage de Tsahal, qui obligent les ambulances ou les taxis transportant des blessés à attendre des heures avant de passer, ont causé la mort de plusieurs personnes. Face à cette situation difficile, l'Autorité palestinienne semble incapable d'apporter du secours à la population pendant cette période de souffrance. | Véronique Hayoun (World News Link) |  | Retour au sommaire |
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