| Washington sort de sa réserve | Après avoir au cours des dernières semaines mis davantage la pression sur le président palestinien Yasser Arafat, les Etats-Unis ont multiplié les mises en garde à l'encontre du premier ministre israélien Ariel Sharon pour stopper la spirale de la violence. Les Etats-Unis ont ainsi qualifié de « très grave incident » les tirs israéliens dans la nuit de mercredi à jeudi contre un convoi transportant des responsables palestiniens, revenant d'une rencontre avec des responsables israéliens sur les questions de sécurité, incluant une participation américaine. Washington, avait déjà réaffirmé, le 2 avril, son opposition aux « meurtres ciblés » pratiqués par Israël contre des Palestiniens, après la mort d'un militant du Jihad islamique, tué par des roquettes tirées par des hélicoptères israéliens. Plus important encore : les Etats-Unis ont dénoncé comme « provocatrice » et « incendiaire » la décision israélienne de mettre aux enchères des terres situées en Cisjordanie, destinées à accueillir la construction de plus de 700 logements pour des colons juifs. Israël devrait cesser une telle activité colonisatrice, a dit le porte-parole du département d'Etat Richard Boucher, utilisant des termes bien plus durs que dans de déclarations au sujet des colonies de peuplement. Dans sa dernière déclaration sur le sujet depuis l'arrivée de Sharon au pouvoir, M. Boucher avait dit le 20 mars : « Nous ne pensons pas que la poursuite d'une activité de construction comme celle-ci contribue à la paix ou à la stabilité ». Il commentait alors le projet de la municipalité de Jérusalem de construire près de 3 000 nouveaux logements juifs sur la colline périphérique de Har Homa, dans la partie arabe de la Ville Sainte. Le ministère du Logement israélien a annoncé jeudi la publication d'offres d'enchères portant sur des terrains où seraient construites 708 habitations, dont 496 dans la colonie de Maale Adoumim près de Jérusalem, et 212 autres à Alfei Menache, non loin de Naplouse. Ce sont les premières offres d'enchères publiées depuis la prise de fonctions il y a un mois du premier ministre Ariel Sharon, qui a toujours été partisan d'une poursuite des implantations de colonies juives en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, territoires annexés par Israël lors de la guerre des six jours en 1967. Cette mesure a été immédiatement dénoncée par les Palestiniens qui y ont vu une politique de faits accomplis visant à empêcher tout retrait israélien, alors que le ministre égyptien des Affaires étrangères la qualifiée de « provocation flagrante » vidant « le processus de paix de tout sens ». Ces dernières années, le gouvernement américain avait tendance à qualifier les nouvelles colonies juives d'« inutiles » ou de « contre-productives », Washington ne partageant pas le point de vue de la communauté internationale selon lequel les colonies sont illégales et violent les conventions de Genève de 1949 sur les territoires occupés. Les nouvelles critiques américaines interviennent au moment où les dirigeants arabes font pression pour que la nouvelle Administration américaine sorte de son attitude réservée face aux problèmes du Proche-Orient. Le président Hosni Moubarak a fermement demandé une plus grande implication de Washington et une politique plus équilibrée lors de sa rencontre la semaine dernière avec le président George W. Bush. Un message repris par le souverain jordanien Abdallah II, qui se trouve actuellement aux Etats-Unis. |
| | Palestine . Les représailles à l'Intifada prennent une nouvelle tournure et les contacts pour un retour à la paix ont du mal à aboutir. | | Israël renforce sa répression | M. Arafat, ainsi que le secrétaire général de la Ligue, Esmat Abdel-Méguid, qui se sont réunis dimanche au Caire, ont demandé une nouvelle réunion du Conseil de sécurité de l'Onu pour obtenir une protection pour les Palestiniens. Mais le résultat est connu d'avance, et les Etats-Unis sont là pour opposer leur veto. Les affrontements israélo-palestiniens prennent les allures d'une véritable guerre. Dimanche soir, après une très courte accalmie, l'armée israélienne a donc continué de cibler directement les intérêts de l'Autorité palestinienne. Elle a tiré des roquettes sur un bureau du Fatah, le mouvement du président Yasser Arafat, et sur deux postes de police dans la bande de Gaza, blessant légèrement un policier et quatre civils, peu après des tirs d'obus palestiniens sur le territoire israélien, à partir de la bande de Gaza. Dimanche également, un Palestinien a été retrouvé mort près de Ramallah, en Cisjordanie, après un échange de tirs entre des soldats israéliens et des Palestiniens armés. Et Israël promet davantage de répression. « Il est évident que nous répliquerons à chacune de ces attaques sans avertissement préalable », a indiqué lundi un porte-parole du premier ministre Ariel Sharon, faisant ainsi allusion aux tirs de mortier palestiniens. Des tirs qu'Israël assimile à une « déclaration de guerre », selon le même porte-parole. Lundi, Israël a fermé le passage de Karni reliant son territoire à la bande de Gaza en accusant des Palestiniens de s'y être livrés à des actes de vandalisme, selon un porte-parole militaire. Côté palestinien, les représailles israéliennes aux tirs de mortier palestiniens ont été qualifiés d'« agression cruelle contre le peuple palestinien ». S'exprimant à la radio palestinienne la Voix de la Palestine, le chef de la sécurité publique dans la bande de Gaza, Abdel-Razeq Al-Majaïda, a estimé qu'Israéliens et Palestiniens « ne combattent pas à armes égales », et accusé Israël de vouloir « entraîner » les forces de sécurité palestiniennes dans la « bataille ». Le ton palestinien est aussi à la menace : « Jusqu'ici nous avons respecté les accords auxquels sont parvenus les négociateurs. Mais nous sommes prêts à défendre les positions attaquées par les Israéliens », a encore déclaré M. Al-Majaïda. Ce climat de guerre n'est pas pour aider les tentatives en vue d'un retour au processus de paix, entreprises notamment par le président Hosni Moubarak. Ce dernier s'est entretenu dimanche avec le président palestinien à propos de « la situation explosive et les provocations (d'Israël) à l'égard des civils palestiniens ». Selon les termes du chef de la diplomatie égyptienne, Amr Moussa, Israël devrait choisir entre l'application des ententes sécuritaires de Charm Al-Cheikh et la poursuite de l'Intifada. Il faisait ainsi allusion à une série de mesures prises à l'issue du sommet de Charm Al-Cheikh, le 17 octobre 2000, pour mettre fin à la violence. Parmi ces mesures figurait notamment le repli des troupes israéliennes aux positions qu'elles occupaient dans les territoires palestiniens avant le déclenchement du soulèvement palestinien, le 28 septembre. Aussi, M. Moussa a-t-il averti que les Palestiniens « ne pourraient être condamnés pour les violences qui pourraient survenir », après les récents assassinats de responsables palestiniens par Israël. Autre provocation israélienne qui s'inscrit dans le cadre de la politique d'agression israélienne : la semaine dernière, dans la nuit de mercredi à jeudi, un convoi de responsables des services de sécurité a essuyé des tirs israéliens. Un incident pour lequel l'Etat hébreu s'est dit « désolé », rejetant toutefois la responsabilité de l'incident sur l'Autorité palestinienne : « Il s'agit du résultat direct du refus de l'Autorité palestinienne de lutter contre le terrorisme alors que les services de sécurité qui dépendent d'elle participent eux-mêmes aux violences », a affirmé un porte-parole d'Ariel Sharon. Le chef des services de renseignements palestiniens, Amine Al-Hindi, qui se trouvait dans le convoi, a pour sa part accusé jeudi l'armée israélienne d'avoir tendu une « embuscade ». Vendredi soir, l'armée israélienne a détruit avec des bulldozers deux installations de la Force 17, la garde du président palestinien Arafat, ainsi qu'un poste de la police palestinienne près de la colonie de Netzarim dans la bande de Gaza. Prétexte avancé par l'armée israélienne : ces postes ont servi pour des « attaques terroristes contre des civils et des soldats israéliens, notamment des tirs d'obus de mortier vers Netzarim ». | Abir Taleb |  | Retour au sommaire |
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