La visite du président Moubarak à Washington ne s'est pas réduite à ses entretiens avec le président Bush. Il a aussi eu des entretiens avec les dirigeants de l'exécutif, les membres du Congrès, la presse et la télévision, les représentants des Chambres de commerce ainsi que diverses associations arabes et juives. Cette visite avait une importance particulière du fait que les parties ont affaire à une crise, celle du conflit arabo-israélien qui a abouti à un gel total pour ne pas dire un effondrement complet du processus de paix. Contrairement aux anciennes administrations républicaines, la nouvelle Administration entend essentiellement se concentrer sur les questions intérieures qui préoccupent l'opinion américaine. Pour ce qui est du conflit israélo-palestinien, l'équipe républicaine estime que tout dépend des parties directement concernées qui doivent d'abord arrêter la « violence » pour passer au « dialogue politique ». Le président Moubarak s'est appuyé sur son expérience des personnalités et des institutions auprès desquelles il bénéficie d'une grande considération sur les questions moyen-orientales. Il s'est aussi appuyé sur des relations égypto-américaines ancrées de longue date et qui ont valu à chacune des deux parties bien plus de profits que toute autre relation à l'intérieur ou à l'extérieur du Moyen-Orient. Ceci dans le cadre d'une situation explosive dans la région qui risque à tout moment de s'embraser. L'Egypte était aussi porteuse d'un ambitieux programme d'approfondissement des relations économiques grâce à la création d'une zone de libre-échange et à un encouragement aux investissements américains en Egypte. Force est de constater que la visite du président a été fructueuse à plusieurs niveaux, mais qu'elle nécessite davantage d'efforts et de persévérance pour rendre optimal le résultat final. L'intérêt de l'Administration américaine pour le Moyen-Orient s'est manifestement accru au cours de la visite du président, et le discours américain à la fin de cette visite diffère de ce qu'il était à son début. Un journaliste au Washington Post affirme même que les velléités américaines de se désintéresser des questions extérieures sont réduites à néant. Une source américaine de haut niveau a par ailleurs assuré que les Etats-Unis entendaient participer avec l'Egypte au retour dans la région d'un calme relatif en prévision d'une reprise prochaine des négociations. A cet effet, Washington ne se contente pas de demander aux Palestiniens d'arrêter la violence, mais demande aussi aux Israéliens de lever le blocus imposé aux Palestiniens pour faciliter le mouvement des populations. Il est d'ailleurs remarquable qu'une large entente se manifeste entre les deux pays au sujet de toutes les questions concernant le Moyen-Orient : l'Iraq, le Soudan, la Libye. Les points de vue se rapprochent bien plus que ce qui était prévu avant la visite. De surcroît, la plupart des dirigeants américains ont exprimé leur désir de participer avec l'Egypte non seulement au processus de paix, mais aussi à tout ce qu'elle entreprend en Afrique et dans le monde arabe et islamique. Sur le plan économique, les deux parties égyptienne et américaine ont notamment décidé la préparation d'un accord de libre-échange, qui entrera en vigueur après une période raisonnable pour ne pas nuire à l'économie égyptienne. Le Caire et Washington sont également d'accord pour coopérer afin de réduire le fossé entre les Etats développés et les autres. Si tout cela semble positif, il faut toutefois noter quelques ombres au tableau dues en partie aux Américains, mais aussi à nous, l'Egypte et le monde arabe. Pour l'opinion publique américaine, le peuple palestinien serait responsable de la violence qui sévit en Palestine et les Israéliens seraient des victimes. Personne à Washington n'a entendu parler de la colonisation ou des assassinats perpétrés par les forces israéliennes chaque jour contre le peuple palestinien et ses dirigeants. Israël se présente face à l'opinion publique américaine, comme la partie qui a largement fait des concessions pour ne trouver en retour qu'ingratitude et violence parce que fondamentalement les Arabes ne veulent pas la paix ! Cela reflète un échec politique et de communication des Arabes. Si la visite du président Moubarak a en grande mesure contribué à introduire certaines modifications dans la pensée et la position américaine, les dirigeants arabes venant à Washington dans les prochaines semaines peuvent appuyer cet effort et construire sur ce qui est déjà fait. Mais l'effort des dirigeants ne dispense pas les institutions politiques, populaires et des médias égyptiens et arabes du devoir de participation. Il s'agit d'apporter les éclaircissements nécessaires et d'expliquer exactement la situation dans la région. Il s'agit de ne pas laisser la plus grande puissance mondiale n'entendre qu'un son de cloche.
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