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Congo-RDC . L'insécurité règne toujours le long de la longue frontière fluviale entre les deux pays.
Un fleuve de malentendus

Les suspicions vont bon train entre les deux Congo, séparés par ce grand boulevard qu'est le fleuve Congo. La mort de Kabila père n'a fait que les renforcer car Kinshasa a un moment soupçonné le Congo d'être impliqué dans cet assassinat. C'est ainsi que tout trafic entre les deux capitales a été interdit entre le 16 et le 27 janvier. Sur le fleuve, les incidents se succèdent, illustrant le climat de malentendus entre ces deux pays qui partagent une frontière commune sur plus de 1 000 km.
A Tsondo Boubangui, sur l'Oubangui, des soldats de la République Démocratique du Congo (RDC) ont récemment tiré sur le Saint François, un bateau privé appartenant à un opérateur congolais. Bilan : un militaire et un enfant blessés. Quelques jours plus tôt, un autre incident avait eu lieu à Liranga, une localité de la RDC. Alors qu'un convoi de l'armée du Congo-Brazzaville s'en approchait en raison de la baisse des eaux sur la rive droite, les soldats de la RDC ont ouvert le feu sans sommation, blessant deux militaires. Les soldats congolais ont riposté. Les témoignages affirment que la fusillade a duré plusieurs heures jusqu'au confluent de l'Oubangui et du Congo.
Si le Congo-Brazzaville sort de la guerre civile, tel n'est pas encore le cas du Congo-Kinshasa. Une bonne moitié de ce pays est sous contrôle de différents mouvements rebelles soutenus par le Rwanda, l'Ouganda et le Burundi. Ce sont les connexions entre le Mouvement de Libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba, qui contrôle une partie de la province nord de l'Equateur, frontalière du Congo-Brazzaville, et les exilés et groupuscules des ex-FAZ (anciennes Forces Armées Zaïroises) qui y ont trouvé refuge, qui provoquent à chaque fois des frictions entre les deux voisins.
A Kinshasa, la poursuite des combats dans la province de l'Equateur fait toujours croire à une complicité de Brazzaville. Les autorités pensent que J.P. Bemba recrute dans les rangs des Congolais de la RDC qui vont à la débrouille de l'autre côté du fleuve. En outre, les alliés tutsis de la rébellion en RDC ont des ennemis irréductibles sur le territoire du Congo-Brazzaville : les Hutus interhamwes. « Qu'adviendra-t-il le jour où les Tutsis alliés de Bemba seront face à face avec les Hutus génocidaires du régime de Brazzaville ? », s'interroge l'hebdomadaire brazzavillois Le Temps.
Face à toutes ces suspicions, le ministre congolais (Brazzaville) de la Défense, Lekoundjou Ithi Ossebuba, a tenté de calmer les esprits. « Nous n'avons aucun problème avec nos amis d'en face. Ils nous ont accusés de tirer dans leur dos pendant qu'ils combattent, et même de faire passer des gens ici. D'où viennent-ils ? A un moment l'on a dit que les troupes de Savimbi étaient passées par Brazzaville pour aller combattre aux côtés des rebelles de Bemba. C'est incroyable ! », a-t-il lancé devant la presse.


Des rumeurs prises au sérieux

Toutes ces rumeurs, pourtant, créent une psychose et sont prises au sérieux. « Pour lever tous les soupçons qui pèsent sur le Congo-Brazzaville, il faut que les ex-FAZ (appelés aussi Dragons rouges) qui sont ici soient éloignées du pays. Tant qu'ils resteront là, les malentendus ne finiront pas », estime Richard, un exilé de la RDC, qui tente en vain de solliciter un statut de réfugié auprès du HCR. Lors de la prise du pouvoir de Laurent-Désiré Kabila, le 17 mai 1997, des ex-FAZ et anciens éléments de la garde présidentielle de Mobutu (QSP), ont traversé le fleuve pour Brazzaville, avec armes et bagages. Des rumeurs ont souvent fait état de leur intention de lancer un assaut sur Kinshasa, ce qu'ont toujours craint les autorités.
De l'autre côté, pendant la guerre civile de 1998-99 qui s'est déroulée dans les régions sud du Congo (le Pool, le Niari et le Bouenza), Brazzaville soupçonnait Kinshasa de soutenir les rebelles Ninjas de Bernard Kolelas, en lutte contre les Cobras de l'actuel président Denis Sassou Nguessou. Et même si les populations s'estiment frères, la présence des ex-Zaïrois n'est pas toujours vue d'un bon œil.
Conscients des risques de dérapages éventuels, les autorités des deux pays avaient conclu, le 29 décembre 1998, un accord de non agression. Mais rien n'a changé, car aux frontières des deux pays les provocations sont légion.
Pour y mettre un terme, les gouvernements de la RDC et du Congo ont décidé, le 7 janvier, d'organiser des patrouilles mixtes par vedettes et hélicoptères le long de la frontière commune sur le fleuve. La décision n'a toujours pas été mise en application.

Jean-Valère Ngoubangoyi et Mamadou Bineta
(Syfia)

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