| Al-Ahram Hebdo : Où en est-on de la médiation égypto-libyenne pour un règlement de la crise soudanaise ? Gomaa Al-Fazzani : Le comité conjoint égypto-libyen, regroupant des représentants des ministères des Affaires étrangères des deux pays, sest récemment réuni à Tripoli. M. Souleyman Al-Chahoumy est à la tête de la délégation libyenne et Ibrahim Hassan mène la délégation égyptienne. Ont été discutés les mécanismes d'application de la médiation, notamment après que les deux pays aient été chargés de prendre des mesures concernant la conférence de réconciliation qui regroupera toutes les parties soudanaises, qu'elles fassent partie du gouvernement ou de l'opposition. Tous se réuniront pour trouver une solution politique globale à la crise soudanaise. Quels sont les obstacles que rencontre cette médiation ? L'ingérence internationale et régionale. C'est-à-dire ? Celle des Etats-Unis, par exemple, qui s'opposent à l'initiative égypto-libyenne et adoptent celle de l'Igad (Autorité intergouvernementale pour le développement et la lutte contre la sécheresse). Comment interprétez-vous cette position américaine ? L'initiative de l'Igad va de pair avec les plans et les intérêts américains, à savoir la division du Soudan. Le ministère de lUnité (arabe) que vous dirigiez a été dissous. Pourquoi ? S'agit-il d'un désintérêt libyen du monde arabe ? La politique de chaque Etat est régie par des constantes. La politique arabe de la Libye est régie par son appartenance arabe. La priorité va aux Arabes, mais aussi à l'Afrique ou parfois au cercle méditerranéen. Et actuellement, quelle est la priorité ? Elle se partage entre le monde arabe et l'Afrique. Mais le monde arabe na-t-il pas été délaissé au profit de lAfrique ? Pourquoi parlez-vous maintenant du monde arabe ? Les intérêts de la Libye en sont la cause. Elle aspire à létablissement des « Etats Unis dAfrique », qui englobe les pays arabes dAfrique. D'ailleurs, la Libye n'a jamais nié son appartenance arabe. Que signifie alors la dissolution du ministère de l'Unité ? Ce ministère n'était qu'une forme d'administration. C'est comme lorsqu'on crée un ministère de la Coopération internationale que l'on supprime par la suite. L'important n'est pas là. Ce n'est qu'une forme d'administration. Quelle a été la forme administrative de remplacement ? L'Unité arabe est revenue à sa forme d'origine, c'est-à-dire le ministère des Affaires étrangères, avec tous ses aspects : arabe, africain, asiatique et mondial. Avant, le cercle arabe en était séparé, on peut même dire qu'il était privilégié. Pourtant, au moment de la suppression de ce ministère, la Libye a relancé sa politique africaine ... Ceci est tout à fait normal. Le cercle africain n'a jamais été négligé, que ce soit au niveau politique, diplomatique, économique ou de la coopération. De la révolution Al-Fateh en 1969 jusqu'à nos jours, la Libye s'est tout le temps intéressée à l'Afrique. Il est possible que notre discours politique s'adressait aux Arabes, mais cela n'empêchait pas des actions concrètes en direction de lAfrique. Actuellement, notre discours politique vise l'unité africaine pour préparer l'Afrique aux défis du siècle. Vous voulez dire que la Libye a abandonné le rêve de l'unité arabe ? Non, il ne s'agit pas d'un abandon, mais c'est aux Arabes d'appréhender la nature de l'époque et des défis qu'ils doivent relever. Soit ils s'unissent pour résister, soit ils disparaîtront. Ne croyez-vous pas que l'unité arabe est aujourd'hui une utopie ? Quelle est alors lalternative ? L'Europe s'est unie, poussée par ses intérêts vitaux, alors qu'elle se compose de plusieurs nations. Il vaut mieux que les Arabes, en retard au niveau économique et social, cherchent une formule d'unité, sinon ils disparaîtront. Les Arabes asiatiques seront rattachés à l'Asie et les Arabes africains à l'Afrique. Où se situe la Jamahiriya dans le dialogue euro-méditerranéen ? Nous nous dirigerons vers le cercle méditerranéen. Nous avons remis un message exprimant la volonté de la Jamahiriya d'adhérer au processus de Barcelone. Et évidemment, nous avons posé des conditions. Nous sommes réservés vis-à-vis de la présence d'Israël et de l'Autorité palestinienne. Pourquoi ? Jusqu'à ce qu'une paix juste, durable et globale soit établie et que les droits violés soient restaurés. Mais ceci prendra beaucoup de temps ... Puisque ceci va prendre du temps, il faut que les adhésions d'Israël et de l'Autorité palestinienne soient gelées. Pourquoi, selon vous, l'Union du Maghreb arabe (UMA) est-elle gelée ? Il faut poser la question aux Marocains et aux Algériens. Où en est le Groupement du Sahara et du Sahel, initié par la Libye ? Il représente un nouveau départ pour créer une entité économique et politique groupant les pays d'Afrique du Nord, du Sahel et du Sahara. Ce groupement s'étend de l'Atlantique à la Mer Rouge. Qu'est-ce qui sera discuté lors du sommet de ce groupement prévu en février au Tchad ? C'est un sommet de routine qui vise à consolider les relations économiques et politiques entre les pays membres. Le Sénégal en fait déjà partie. Mais le prochain sommet verra son adhésion officielle. Et l'adhésion de l'Egypte ? L'Egypte est jusqu'à maintenant un membre observateur et fondateur. Elle a un poids important dans ce groupement. Nous espérons que les procédures de son adhésion officielle se terminent. Vous voulez dire qu'elle a été finalement acceptée ? Je vous dis qu'elle est même un membre fondateur. Comment qualifiez-vous les relations égypto-libyennes actuelles ? Elles sont des plus florissantes et des plus stables sur tous les plans, économique, politique, culturel et social. Et ce, à travers une convergence de visions stratégiques entre Son Excellence le président Hosni Moubarak et son Frère le colonel Moammar Kadhafi. Pourquoi alors le Haut Comité égypto-libyen, créé sous l'embargo, ne se réunit-il plus ? Il va se réunir le mois prochain. Pourquoi avait-il été suspendu ? A cause des préoccupations locales des deux côtés, libyen et égyptien. Les travailleurs égyptiens pourront donc retourner en Libye ? La main-d'uvre égyptienne en Libye a de tout temps été présente, voire elle augmente. Elle a toujours participé au mouvement de l'économie et au développement de la Libye. Si les relations bilatérales sont excellentes, pourquoi la ligne de chemin de fer entre les deux pays n'a-t-elle toujours pas vu le jour ? C'est l'affaire d'une société mixte. Un comité conjoint a été créé pour chercher les raisons de la non exécution du projet. Des mesures seront prises contre les responsables des deux côtés s'il s'avère que des négligences ont été commises concernant cet objectif stratégique liant les deux pays. Où en est l'affaire Lockerbie ? Elle est actuellement devant la justice. La Ligue arabe a présenté une demande au secrétaire général de l'Onu pour faire partie des observateurs des organisations régionales à la Cour. Mais elle n'a toujours pas eu de réponse. Les sanctions imposées à la Libye sont donc d'ores et déjà suspendues ... Elles ont été suspendues partiellement. C'est-à-dire ? Par exemple, le trafic aérien a été théoriquement rétabli, mais il ne l'a toujours pas été dans les faits. Pourquoi ? Il faut poser la question aux compagnies aériennes arabes. Seule une partie d'entre elles a repris ses vols pour la Libye, comme les compagnies syrienne et soudanaise. Vous voulez dire que malgré la levée de l'embargo, EgyptAir n'a pas repris ses vols pour la Libye ... Pourquoi ? Posez-leur la question. |