Sur le terrain ou dans la vie, Essam Bahig, ex-international de football et joueur emblématique de Zamalek, a toujours été un téméraire et un aventureux.

1930 : Naissance à Alexandrie.

1946 : Rejoint Mansoura.

1948 : Rejoint Zamalek.

1959 : Remporte la CAN avec la sélection.

1968 : Manager du Football à Zamalek.

1988 : Gagne le championnat, la Coupe et la Coupe afro-asiatique avec Zamalek.

1993-1998 : Mène et conduit Dina en D1.

2000 : Actuel directeur technique de Canal de Suez, D1.

 

 

 

Jeune sur tous les terrains

Ce monsieur, âgé aujourd'hui de 70 ans, sait que c’est grâce à son caractère audacieux qu'il est devenu non seulement une star du football national, mais aussi l'un des entraîneurs les plus expérimentés d'Egypte.
Originaire d'Alexandrie, Essam Bahig est âgé de neuf ans
quand il chausse pour la première fois ses crampons. Pris de passion pour le ballon rond, il quitte l'équipe de tennis de table avec laquelle il obtient d'excellents résultats en quelques mois. « J’ai pris le risque de quitter le tennis de table pour me consacrer entièrement au football ». Un an plus tard, toute la famille déménage. Essam forme avec ses nouveaux camarades une équipe de football. Afin de se payer un terrain où jouer, chaque joueur de l'équipe donne 5 piastres chaque mois qui permettent de louer un petit appartement où la bande de copains se retrouve. L'équipe se donne le nom d'Ahli (le grand club cairote qui remporte alors tous les titres) pour se porter chance. Pourtant, le jeune homme est déjà un fidèle supporter de Zamalek, le club rival. « Je crois qu'Ahli est la meilleure équipe qui existe en Egypte. Il règne une bonne atmosphère parmi les joueurs et au sein de l'administration. A Zamalek, c'est différent ». Selon lui, les dirigeants de Zamalek pensent plus à leurs propres intérêts qu'à celui du club. « C'est pourquoi Zamalek reste et restera pour toujours deuxième et qu'il ne sera jamais au sommet du classement ». Une critique d'amoureux, car Zamalek est le club de sa vie.
Bahig, qui a fait ses premiers pas professionnels au sein du club de Mansoura, rejoint Zamalek en 1948, alors qu'il intègre la faculté militaire du Caire. Zamalek, qui s'appelle encore le Club Farouq, réunit de très bons joueurs comme lui, souvent issus des rangs de l'armée. Il tombe amoureux du maillot blanc qu'il portera durant toute sa carrière de joueur. Très vite, il rejoint les rangs de la sélection nationale. « Tout le monde me demandait quel était mon secret. Je n'avais rien de spécial. Je ne jouais que pour m'amuser ». Le joueur est appelé « le gentleman » en raison de sa belle gueule et de son jeu particulièrement élégant. Sa classe naturelle au poste d'ailier gauche est éblouissante. Ses tirs sont puissants, comme des balles de fusil. « 
Le football pour moi, c'est comme l'art. Je passais parfois des journées entières, seul dans la cour à m'entraîner sur un tir que j'avais vu dans un match contre une équipe étrangère ».
Mais, rapidement, Bahig s'ennuie du football. Il commence à s'intéresser à la vie des acteurs de cinéma, dont beaucoup deviennent des amis intimes avec qui il passe la plupart de son temps. On lui propose alors de faire un film sur la vie d'un joueur, ce qu'il accepte. Malheureusement, le film n'a pas beaucoup de succès. « Je l'ai fait pour deux raisons. Premièrement, pour voir si je pouvais sérieusement devenir acteur. Secundo, je voulais expliquer que tout sportif de haut niveau doit se donner complètement à sa carrière ». Mais Bahig veut aussi répondre par ce moyen à son public, à ses coéquipiers et aux journalistes qui l'accusent d'être d'alcoolique. Il veut simplement leur dire qu'il veut vivre librement, sans restriction. « 
Les années de jeunesse ne se répètent jamais, et moi, je les ai bien exploitées ». Son amour pour le cinéma le pousse même à faire adhérer sa quatrième et dernière épouse, Nahed Gabr, à l'Institut de formation des acteurs. Elle est devenue depuis une actrice très connue.
L'art ne se limite pas à la comédie pour Essam. Chaque jour, Bahig consacre une heure à jouer du luth, un instrument qui lui rappelle ses séjours avec le grand chanteur égyptien Abdel-Halim Hafez, un ami très proche.
A 29 ans, l'homme décide de stopper sa carrière de joueur pour entamer celle d'entraîneur. En 1968, il devient manager du club Zamalek. « Ils voulaient que je prenne l'équipe en charge et que je devienne son directeur technique, mais j'ai refusé, car je n'avais pas suffisamment d'expérience ». Une période difficile s'ouvre pour Essam Bahig. Choqué par la défaite de 1967, il présente sa démission un an après. Toute activité sportive est bloquée et l'Egypte doit se contenter d'un championnat médiocre. « Les Israéliens disaient après notre défaite que les Egyptiens ne savaient rien faire d'autre que manger du foul, écouter Oum Kalsoum et jouer au football. La réaction des dirigeants égyptiens a vraiment été étrange. Comme ils ne pouvaient pas forcer les gens à ne plus manger de foul ou à ne plus écouter Al-Sett, ils ont bloqué toutes les activités sportives. C'est la mentalité égyptienne ».
Bahig décide alors de changer de vie. Il répudie son épouse, quitte Zamalek et l'Egypte, et part entraîner un club saoudien. Il restera quinze ans en Arabie saoudite, où il réalise le projet de sa vie : former des jeunes. Entraîneur de l'équipe de football de la Garde nationale, il s'occupe surtout de la formation de nouveaux joueurs. Essam parcourt les rues à la recherche de joueurs cadets et juniors ayant du talent. Il les enrôle en leur accordant un salaire fixe et des vêtements. Son but est de leur faire atteindre la sélection nationale.
Une seule fois durant ces quinze ans, en 1987, Essam regagne l'Egypte pour y passer quelques vacances. Il rencontre un ancien ami qui lui propose un poste dans une grande société de pétrole, et retrouve par hasard son ex-épouse, Nahed Gabr. Celle qu'il a rejetée quelques années plus tôt lui avoue s'être remariée, puis avoir divorcé à nouveau.
Le mariage est une aventure risquée ... Ils le savent tous les deux, mais après une séparation de 15 années, ils décident de s'unir pour la deuxième fois. « Je me souviens très bien de la date : le jour de l'an 1987. Ce jour là, j'ai signé deux contrats, celui avec la société de pétrole, et celui de mon retour à ma chère Nahed Gabr qui m'a porté bonheur ».
En effet, quelques mois plus tard, Zamalek fait appel à Bahig pour prendre en charge l'équipe au poste de directeur technique. Cette fois, il accepte le défi, mais refuse de prendre un salaire. Son premier match avec Zamalek en championnat était un record. Il bat Nassig Hélouan sur le score de 9 à 1. « La chose la plus importante pour moi était de travailler le moral de l'équipe. Le foot, c'est une condition physique, du talent et le moral. Et, j'ai réussi à remporter avec Zamalek le championnat et la Coupe d'Egypte cette même saison ». Il se contente de cet exploit et quitte Zamalek pour chercher un autre club.
Il lui faut un nouveau challenge. Il décide de prendre en charge une équipe de D2 et de la faire monter en D1. Il lui faudra trois saisons pour réussir son pari au club Ittihad Osmane. Il finit par quitter le club pour des raisons administratives alors que l'équipe est à l'abri au classement du championnat de D1. « Si on me pose la question de mon exploit d'entraîneur, je réponds Ittihad Osmane. Et si on me pose la question de l'exploit de ma carrière de joueur, je dis mes deux buts lors de la finale des Championnats africains des nations en 1959 ». Et pour cause, les Pharaons sont les favoris pour le titre. Mais, la finale est très disputée. Après un premier but d'Essam, le Soudan, accrocheur, égalise. A la dernière minute, Essam donne la victoire à l'Egypte d'un ciseaux acrobatique devenu mythique. Les cris de joie du Stade du Caire résonnent encore dans ses oreilles. Pour l'équipe actuelle, championne d'Afrique en titre, Essam se veut optimiste. Il sait pourtant que le petit Nigeria qu'il avait connu à l'époque est devenu un géant, et que plusieurs équipes peuvent prétendre au titre. « Tenant du titre ne veut pas dire que l'Egypte est forcément capable de réaliser l'exploit et de remporter la CAN cette fois-ci. Mais, l'équipe égyptienne possède actuellement de bons joueurs et, avec beaucoup d'efforts, ils peuvent conserver le titre ».
A 70 ans, Essam Bahig se sent en pleine forme. Il ne compte pas prendre sa retraite et partage toujours son temps entre son travail d'entraîneur et sa vie amoureuse. « Je sors, je voyage, je passe beaucoup de temps avec ma femme. J'entraîne toujours (le Canal de Suez, D1) et je n'ai pas besoin d'arrêter l'une de mes activités pour me consacrer à une autre ».
De cette vie pleine d'aventure et de tendresse, Essam ne garde qu'un regret. « Ce qui me manque vraiment, c'est la reconnaissance de l'Etat. Beaucoup de gens qui ont consacré leur vie au sport, même les cadres administratifs, ont eu la Légion de l'Etat, mais pas moi ! ». Mais, Monsieur Bahig n'est pas homme à se plaindre. Il regarde sa montre, oublie son amertume, et le naturel reprenant le dessus, prend sa voiture pour aller entrainer son club, à Suez.

Chourouq Chimy

La Une   L'événement   Le dossier   L'enquête   Nulle part ailleurs   L'invité   L'Egypte   Finances   Le monde en bref   Points de vue   Commentaire   Carrefour   Portrait   Littérature   Arts  Livres  Société   Sport   Escapades   Loisirs   Echangez, écrivez   La vie mondaine  
Al-Ahram Hebdo
Hebdomadaire égyptien en langue française
hebdo@ahram.org.eg