Gare aux Lions !

Les Lions indomptables étaient chargés d'une mission difficile lors de ce premier tour : arracher l'un des deux billets pour les quarts de finale du groupe C avec la présence du Ghana et de la Côte-d'Ivoire, deux des favoris. La tâche paraissait difficile, voire insurmontable pour des Camerounais décevants lors de la dernière Coupe du monde. Mais les Lions ne l'entendent visiblement pas de cette oreille. Ils ont rugi fort et se sont bien fait entendre à Accra. Un match nul avec les Black Stars du Ghana (1-1), qui jouait à domicile en match d'ouverture, suivi d'une victoire sans appel sur les Eléphants de la Côte-d'Ivoire dans leur second match (3-0), et le Cameroun avait déjà un pied en quarts de finale avant son dernier match perdu (0-1) contre le Togo, lundi, avec il est vrai une équipe où manquait beaucoup de titulaires.
Son effectif pléthorique semble avoir trouvé l'équilibre qui lui a fait défaut dans les Coupes du monde de 1994 et 1998. Alors qu'elle en avait le potentiel, l'équipe n'avait alors pas réussi à passer le premier tour. Un défaut qui s'est exprimé également lors des CAN. Depuis 1990, les Lions n'ont jamais fait mieux qu'un quart de finale en 98. Autour de l'imparable Patrick Mboma en attaque (Cagliara, Ita.), Marc Vivien Foé, le joueur-clé du milieu de terrain de retour après une blessure (West Ham, Ang.) et un Rigobert Song solide comme un rock en défense (Liverpool, Ang.), l'équipe joue merveilleusement bien.
Il faut dire que sous la direction du Français Pierre Lechantre, qui a repris l'équipe depuis 12 mois, les Camerounais se sont donné les moyens de réussir. Ils ont préparé sérieusement cette CAN. Pierre Lechantre a reconduit la formation du Mondial 98 en France, à l'exception du gardien du Deportivo La Corogne (Esp.) Jacques Songo'o qui a décidé d'arrêter sa carrière internationale. Tous les titulaires de l'équipe évoluent dans les grands championnats européens (France, Angleterre, Espagne, Italie), ce qui est le point fort de l'équipe selon son entraîneur. « Je dispose d'un spécialiste à chaque poste », avait assuré Lechantre juste avant la compétition.
Cependant, le Français a changé Mboma de poste en le plaçant en attaque. Claude Le Roy, l'ex-directeur technique du Cameroun, préférait le voir évoluer en milieu défensif, oubliant les grandes qualités offensives du joueur. A la pointe de l'attaque, il a marqué à quatre reprises lors des éliminatoires de la CAN. Et, il s'est illustré lors du match contre la Côte-d'Ivoire en inscrivant un but splendide. Avec Joseph Désiré Job (Lens, Fra.) ou le jeune Samuel Etomo Fis, 19 ans (Real Madrid, Esp.), Mboma n'a pas fini de faire des dégâts.
Les Lions camerounais ont connu leur âge d'or à la fin des années 80. Vainqueur de la CAN à deux reprises, en 1984 et 1988, finaliste en 1986, ils atteignent les quarts de finale à la Coupe du monde de 1990 en Italie. Depuis, le Cameroun est rentré dans le rang. Milla, Makanaki, Omam Biyik et Nkono, les titulaires indiscutables de ces années glorieuses, ne sont plus là. La génération de Patrick Mboma et de ses coéquipiers, aussi talentueuse, semble enfin se libérer et pourrait enfin faire oublier leurs aînés. Après leur échec à la Coupe du monde 98, les joueurs camerounais veulent prouver leurs qualités. Déterminés, ils savent qu'aucun d'entre eux n'est sûr de garder sa place dans la sélection pour la Coupe du monde 2002. Déjà, de très jeunes talents cherchent leur place parmi les grands et sont prêts à saisir leur chance au moindre faux pas. Trois d'entre eux viennent de faire leurs premiers pas avec l'équipe lors de ce premier tour, Lauren Etamé Maier, excellent avec son club du Real Majorque (Esp.), et les deux perles du Real Madrid, le latéral droit, Jeremies Njitap et le jeune attaquant Etomo.
Ces Lions indomptables, version Lechantre, ont toutes les qualités d'un finaliste. Talentueux, expérimentés, déterminés, ils devraient continuer leur chemin vers Lagos le 13 février et pourquoi pas remporter une nouvelle coupe.

Karim Farouk

CAN . Yasser Radwane, milieu du Hansa Rostock (DI allemande) et de la sélection, s'est particulièrement distingué lors des premières rencontres. Entretien et focus sur un des favoris : le Cameroun.
Je crois à une victoire sur le Nigeria

Al-Ahram Hebdo : Etes-vous satisfait de la performance des Egyptiens au premier tour ?
Yasser Radwane : Nous avons accompli notre tâche et rempli notre contrat : nous qualifier pour les quarts de finale. Personnellement, je suis satisfait de mon niveau. Notre performance cette fois-ci ne diffère pas de celle de la CAN 98, au Burkina-Faso. A l'époque, nous marquions très rapidement en début de match pour ensuite nous défendre comme des guerriers et conserver notre avantage en profitant des occasions de contre-attaque. Je pense que les équipes qui savent saisir leur chance au bon moment sont de grandes équipes, qui possèdent de l'expérience et qui sont les plus performantes.
— Est-ce Gérard Gili, le directeur technique de la sélection, qui vous a placé en milieu de terrain ou est-ce votre décision ?
— Durant notre stage en Côte-d'Ivoire, j'ai rencontré Gérard Gili. Il m'a demandé quelle place je voulais occuper. Je lui ai répondu que je préférais jouer en milieu de terrain, car c'est le poste qui me convient le mieux et c'est d'ailleurs celui que j'occupe le mieux dans mon club, Hansa Rostock (Bundesliga). Mais, si Gili m'avait demandé de jouer à une autre place sur le terrain, j'aurais accepté tout de suite car je n'aime pas créer de problèmes.
— Croyez-vous à une victoire sur le Nigeria à Lagos, ainsi que sur le Maroc ou le Ghana à Accra ?
— Certainement. Le Congo, une équipe qui n'appartient pas aux équipes de tête, a bousculé la grande sélection nigériane. Et il a obtenu un match nul. Le Cameroun, qui était sur le point de battre le Ghana à Accra, a obtenu le match nul, ce qui reste une défaite pour les Ghanéens. Le Togo a aussi bousculé la Côte-d'Ivoire. Le foot moderne est devenu imprévisible. C'est un sport tactique conduit par des entraîneurs, et le joueur est devenu une machine. Cela fait parfois la différence et une équipe plus tactique un jour peut en battre une autre plus douée.
— Quel est votre avis sur l'organisation de la CAN dans deux pays différents ?
— C'est une idée neuve. Je pense qu'elle peut réussir en Europe. Mais l'Afrique ne peut pas encore réussir ce genre d'expérience. Nous ne possédons pas les moyens, ni les conditions et les ressources matérielles suffisantes. Je ne crois pas que les Africains répéteront cette expérience.
— Votre cote va-t-elle augmenter après la CAN ?
— J'espère bien ... Je voudrais jouer pour une équipe anglaise une fois mon contrat avec Hansa Rostock arrivé à terme. J'aime le style de jeu anglais. Je me suis mis d'accord avec un agent pour qu'il me trouve une opportunité en Angleterre. J'ai pourtant reçu beaucoup d'offres de la part de clubs allemands. Mais pour le moment, j'ai renouvelé mon contrat en juin dernier pour un montant de deux millions de marks. La moitié de cette somme me reviendra et le reste sera versé aux impôts.
— Malgré votre popularité au sein de la sélection et à l'étranger, vous êtes peu connu en Egypte. Pourquoi ?
— Vous ouvrez une plaie avec cette question, qui m'embarrasse. J'ai commencé ma carrière professionnelle à Baladiyet Al-Mahalla. Mais je n'ai pas fait comme mon compatriote, Mohamad Emara, qui a ensuite joué pour Ahli. Je suis parti directement à l'étranger. Malheureusement, les médias égyptiens ne me suivent pas comme les autres Egyptiens évoluant à l'étranger. Je crois pourtant que nous sommes des ambassadeurs pour l'Egypte. Je me sens encore plus blessé quand je rencontre un supporter égyptien dans la rue qui me demande quel est mon nom.
— Pensez-vous terminer votre carrière à Baladiyet Al-Mahalla ?
 J'ai 27 ans et je ne pense pas jouer plus de 4 ans encore. Je souhaite passer ces années en Europe. Ensuite, je veux devenir entraîneur. C'est ce que j'aime le plus. Quand j'arrêterai de jouer, je resterai en Allemagne 6 mois pour préparer un diplôme international d'entraîneur. La fédération allemande attribue un certificat d'entraîneur à tout joueur qui a évolué dans la Bundesliga six années consécutives.
— Quel est votre avis sur le premier tour de la CAN et avez-vous des pronostics ?
— Personne ne peut faire de pronostics sur le résultat des matchs à partir des quarts de finale. Quant aux matchs du premier tour, ils étaient très difficiles. Ce qui est étrange dans cette édition, c'est qu'il n'existe pas d'équipe de niveau médiocre. La preuve, c'est que des sélections censées être moins bonnes comme le Togo, le Congo ou le Burkina-Faso ont réalisé des performances que personne n'avait prévu avant le début de la compétition. Rien n'indiquait qu'elles joueraient un rôle dans la compétition. La qualification pour les quarts de finale ne se fera qu'à la dernière minute de la dernière rencontre de chaque groupe. 

Propos recueillis par Ali Baraka

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