| | Comment être soigné gratuitement ? | | La loi prévoit que toute personne ayant un revenu modeste ne lui permettant pas d'assumer les coûts d'un traitement a droit aux soins gratuits. Pour la prise en charge des frais de médicaments, d'un traitement du cancer, d'une opération du cur, d'une dialyse rénale dans un hôpital public, dans un hôpital affilié à l'assurance médicale, ou dans un institut spécialisé, il faut que le malade s'adresse à l'un des conseils médicaux spécialisés au ministère de la Santé, soit au Caire soit dans son gouvernorat. La personne devra présenter un certificat du médecin traitant ou de l'hôpital dans lequel il est traité, y précisant la nature du traitement nécessaire et son coût, ainsi que les revenus dont elle dispose. Ensuite, le malade doit se rendre au ministère des Affaires sociales qui mènera une enquête. Celle-ci concerne le revenu, le nombre d'enfants à charge, le coût du traitement, etc. Elle n'est pas obligatoire dans les cas les plus critiques, puisqu'elle peut durer huit mois (la durée maximum légale). Plus tard, un comité chargé de l'examen des cas à revenus limités au ministère de la Santé approuvera ou non la prise en charge du traitement par l'Etat. Un certificat est ensuite délivré au malade, lui permettant l'accès aux soins gratuits. l'Etat peut aussi prendre en charge les soins à l'étranger. Le ministère de la Santé a pour rôle dans ce cas de contacter l'hôpital dans lequel le malade sera traité, de transférer la somme d'argent nécessaire et de faire parvenir au malade son billet de retour. La Banque Centrale tient un compte spécial à cet effet. |
| | Cherchez l'erreur ! | | Fatma, mariée à un chômeur, vient d'accoucher de son premier enfant dans un hôpital public gratuit du quartier populaire de Sayeda Zeinab. A peine a-t-elle eu le temps de serrer le nouveau-né dans ses bras et de faire connaissance avec lui que le médecin lui annonce que son enfant est prématuré. N'ayant jamais consulté un gynécologue, faute de moyens, Fatma est désemparée. Pour sauver l'enfant, il faut le placer en couveuse, au moins une semaine. Mais ce service n'est pas gratuit. Et Fatma n'a pas le sou. « C'est seulement parce que j'étais obligée de faire une césarienne que je suis venue ici, sinon, j'aurais accouché chez une sage-femme », explique-t-elle. Une semaine de couveuse coûte 210 L.E. Somme dont le couple ne dispose pas et que personne ne peut lui prêter. Alors le père décide : « Pas de couveuse. C'est Dieu qui prendra soin de mon enfant. Il lui laissera la vie s'il le veut ». Heureusement, le gynécologue de l'hôpital, ému, choisit d'assumer les frais de la couveuse. Mais la Providence n'intervient pas toujours. L'Etat ne cesse d'assurer que la gratuité des soins médicaux est un droit élémentaire pour ceux qui ont de faibles revenus. Mais entre le discours et la réalité ... Même dans un hôpital public où les soins sont soi-disant gratuits, le malade doit payer médicaments, radioscopies, endoscopies, etc. Et la facture grimpe vite ... Gratuité vous dites ? Selon une étude effectuée par le Centre National égyptien des Recherches Sociales (CNRS), 7 % des Egyptiens atteints de maladies chroniques ou graves (problèmes cardiaques, hépathiques ou pulmonaires, cancer, insuffisance rénale) renoncent à se soigner, faute de moyens. Cette étude effectuée sur un échantillon de 2 000 personnes dans 7 gouvernorats indique que les femmes, les chômeurs et les travailleurs journaliers sont les plus touchés. Ceci parce qu'ils ne bénéficient d'aucune assurance. Pour un quart de ces 7 %, ce renoncement est définitif et ne constitue pas un simple ajournement. | L'assurance mirage | | Même pour les 40 % d'Egyptiens couverts par une assurance (nouveaux-nés, élèves, lycéens, salariés et fonctionnaires), les soins coûtent cher. Mahmoud Mohamad, parce qu'il est fonctionnaire, est automatiquement assuré. Père de trois enfants, il ne gagne que 140 L.E. par mois. Atteint d'une cirrhose du foie, ses problèmes de santé font trembler toute sa famille. « La vie devient très difficile lorsque maladie et pauvreté s'en mêlent », avoue-t-il. Il s'est rendu au Centre des maladies du foie de Ménoufiya. Même si les soins sont censés y être gratuits, Mahmoud s'est vu facturer le sang qui lui a été transfusé. « Ce sont les membres du comité de l'aumône de la mosquée qui ont payé à ma place », raconte-t-il. Mais cette aide ponctuelle ne peut suffire, ce qu'il faut, c'est un soutien financier fiable en toutes circonstances. Sa seule lueur d'espoir : une lettre envoyée à un magazine dans laquelle il réclame une aide financière pour les soins qui lui sont nécessaires. Son appel au secours sera-t-il entendu ? Dans les hôpitaux publics gratuits ou ceux qui dépendent de l'assurance-santé, nombreux sont les malades sans ressources obligés de confier leur vie à une équipe médicale peu qualifiée, qui ne se donnent pas toujours la peine d'offrir un service de qualité, surtout à ceux qui n'ont pas de quoi payer. Bahiya, cardiaque, devait subir une opération à cur ouvert. Femme au foyer et épouse d'un ouvrier au revenu très modeste, elle entre à l'hôpital public de Demerdach où, durant deux semaines, elle servira de cobaye aux nouveaux diplômés de la faculté de médecine qui effectuent leur internat à l'hôpital. « Trois jours après l'opération, ma sur est morte. Les gens comme nous, apparemment des parias parce que nous n'avons pas le sou, n'ont pas droit à des soins de qualité », s'indigne la sur de Bahiya. Nadia Radwane, sociologue et chercheuse au CNRS, affirme que « chacun se voit fournir les soins correspondant à ses ressources ». Selon elle, la vie devient, pour beaucoup, un luxe, accessible uniquement à ceux qui en paient le prix. | Le certificat « sésame » | | Le ministère de la Santé assure que les soins gratuits malgré leurs déficiences ont le mérite d'exister. Mais, doit-on se satisfaire de cette situation ? Les travers du système poussent certains à ne pas se soigner du tout. L'Institut de cardiologie d'Imbaba traite 200 cas par jour. Mais la demande est bien plus importante. Chawqi, un habitant de Charqiya, est venu jusqu'au Caire à trois reprises pour profiter des soins gratuits offerts par l'institut. Il est toujours sur la liste d'attente. N'ayant ni les moyens de se soigner dans un hôpital privé, ni le « piston » nécessaire pour se faire admettre à l'institut, il a finalement décidé de rentrer chez lui et a renoncé à se soigner. « Je ne peux pas accepter d'être un fardeau pour ma famille. Je préfère mourir en silence », confie Chawqi, dont le fils aîné de 13 ans a dû travailler en tant que mécanicien pour 5 L.E. par jour afin d'assumer les responsabilités familiales. Ce genre de réaction est assez fréquent. Selon l'étude du CNRS, nombreux sont ceux qui entament un parcours médical, mais qui changent d'avis en cours de route, soit par manque d'argent, soit à cause de la complexité du processus. Un problème qui a attiré l'attention des responsables au ministère de la Santé. Ceux-ci ont programmé une augmentation du nombre d'instituts spécialisés gratuits. « Huit centres pour le cur et 7 autres pour les tumeurs seront inaugurés d'ici cinq ans », affirme Saïd Aoun. En attendant, il existe une autre solution pour les plus démunis. Mais elle exige de la persévérance. Des milliers de malades frappent aux portes du Comité d'études des cas à revenus limités, dépendant du ministère de la Santé. Ceux dont le dossier sera accepté obtiendront un certificat leur facilitant la vie (voir encadré). « Un certificat me permettant d'être traité aux frais de l'Etat est mon seul espoir », avoue Lameï, maçon, atteint d'un cancer des os. « Tout ce que je demande, c'est de suivre une chimiothérapie gratuitement dans n'importe quel hôpital. Sinon, le prix d'une seule séance atteint 1 300 L.E. », explique-t-il. Si l'Etat consacre actuellement 800 millions de L.E. au traitement gratuit, dont devraient normalement bénéficier 350 000 démunis par an (un budget qui ne dépassait pas les 15 millions au début des années 90), Medhat Abdel-Hadi, membre de la Commission de la santé à l'Assemblée du peuple, affirme que la moitié de cette somme est réservée à des personnalités. La gratuité des soins n'étant souvent que pure chimère, les malades démunis ont plusieurs alternatives : frapper aux portes des responsables pour être soignés aux frais de l'Etat, utiliser les médias, ou attendre qu'une main leur soit tendue. Souvent, cette dernière possibilité est inacceptable, surtout à la campagne où dignité et honneur sont si importants. « C'est une honte de mendier pour se soigner. Il vaut mieux mourir que de demander l'aumône », dit Hag Sabri, vieillard de Haute-Egypte. | | Amira Doss Dina Darwich | | | | |