| | Sécurité régionale et zone de libre-échange | | Abdel-Azim Hammad* | | Il ne s'agit certainement pas d'un pur hasard ! Lors de sa dernière visite au Caire, le secrétaire d'Etat au Foreign Office, Robin Cook, a abordé pour la première fois ce qu'il a qualifié de fruit d'une paix globale et durable au Proche-Orient. Il a abordé la question de la création d'une zone de libre-échange euro-méditerranéenne. Selon M. Cook, l'un des atouts de cette grande région est le nombre de ses habitants, qui dépasse 1 milliard. Le but est que les peuples de la région puissent tous profiter des fruits de la paix. Juste quelques jours après, le célèbre éditorialiste américain, Thomas Friedman, est venu au Caire pour présenter sa théorie et son livre La Lexus et le rameau d'olivier, un livre qui mérite la dénomination d'« évangile de la mondialisation ». Lors de ses nombreuses rencontres au Caire, Friedman a déclaré que l'avenir de lEgypte, après l'instauration de la paix, résidait dans son leadership sur les pays arabes et sa relation avec l'Union Européenne (UE). Et ce dans le cadre d'une zone de libre-échange ou d'un marché commun. Ainsi, lEgypte pourra-t-elle récolter, seule si elle le désire ou avec les pays arabes, les fruits de la mondialisation. Ce projet constitue l'alternative à l'ancien projet régional connu sous le nom de « marché commun proche-oriental » attribué à Shimon Pérès. Le refus arabe du projet de Pérès constitue l'une des raisons de ce nouveau projet. Il est dans l'intérêt des parties internationales (l'UE et les Etats-Unis) de ne pas laisser le leadership stratégique de la région à Israël sans restrictions ni conditions. Personne dans la région n'a en effet oublié l'ancienne demande israélienne d'obtenir un « quota équitable » dans toutes les industries de l'extraction et du transport du pétrole du Golfe vers les marchés internationaux. Cette demande a été refusée non seulement par les Arabes, mais a fait aussi l'objet d'un refus plus féroce par le lobby américain de l'industrie pétrolière et ses alliés européens. L'invitation britannique à créer cette zone de libre-échange a coïncidé avec une activité diplomatique européenne intense sur le front de la paix au Proche-Orient, avec outre la visite du secrétaire d'Etat au Foreign Office dans la région, la réunion de Yasser Arafat avec les leaders de l'UE, ainsi que les visites prévues des présidents italien et allemand et du pape Jean-Paul II au Proche-Orient. L'objectif de ces visites est d'ouvrir de nouvelles voies au processus de paix, tout en renforçant le rôle européen. Toutefois, l'ultime succès que pourrait réaliser le rôle politique européen dans le processus de paix, c'est l'approbation de principe d'Israël et des Etats-Unis de la participation militaire française dans les arrangements sécuritaires entre la Syrie et Israël. En outre, le nouveau projet européen constitue non seulement une alternative au projet de Pérès, mais aussi au marché arabe commun. Ce dernier constitue l'une des lignes de force de la politique régionale égyptienne. Malheureusement, la réponse arabe à ce projet égyptien, ainsi qu'à la création d'une organisation pour le commerce arabe libre est toujours lente. L'initiative que prend lEgypte constitue le seul pas concret. Or, il faudra encore de longues années pour pouvoir dire que les accords bilatéraux entre les pays arabes ont abouti. De plus, le piétinement du marché arabe commun limite la capacité des pays arabes à se tenir sur un pied d'égalité avec les autres blocs régionaux. Plus encore, le manque de volonté politique arabe commune influence négativement l'une des questions les plus importantes : la sécurité régionale. Mais ni le projet européen ni le projet israélien ne font allusion à ce sujet, alors même que le projet d'union européenne n'a abouti qu'en garantissant la sécurité européenne sous les auspices de l'Otan.
| | *Politologue |
| | A propos des négociations multilatérales | | par Mohamed Sid-Ahmed | | Les négociations multilatérales, qui ont repris à Moscou, se déroulent sans la participation de la Syrie ni du Liban. Ce qui paraît étrange, surtout au moment où les négociations du Proche-Orient ont atteint une phase critique. Les négociations multilatérales font partie du processus de paix lancé lors de la Conférence de Madrid en 1991, dont la première session a été tenue du 28 au 29 janvier 1992 à Moscou avec la présence des représentants de 36 pays (dont les délégations palestiniennes et israéliennes). Or, les représentants de la Syrie et du Liban n'y ont pas pris part. Lors de cette première réunion, il a été décidé de former 5 groupes de travail dans les domaines suivants : l'environnement, le contrôle des armements et la sécurité régionale, les réfugiés, l'eau et enfin le développement économique. Deux objectifs ont été fixés pour ces négociations multilatérales. Le premier est d'aboutir à un règlement des nombreux problèmes régionaux du Proche-Orient dans le cadre de l'instauration de la paix. Quant au second, c'est de trouver un mécanisme pour établir la confiance indispensable pour l'instauration de la paix. Citons à titre d'exemple la relance du tourisme et du commerce, la construction de routes et de voies d'eau entre les pays du Proche-Orient, ainsi que la préservation des ressources naturelles et écologiques. Tout ceci constitue des aspects à même de garantir la stabilité des relations, de la paix et de la sécurité dans la région. Cependant, les négociations multilatérales ont toujours été considérées comme complémentaires des négociations bilatérales entre Israël et les parties arabes. Et ce puisque le principe sur lequel les négociations sont fondées est « la terre contre la paix ». Quant à la restitution des territoires, elle s'inscrit dans le cadre des négociations bilatérales conformément à la résolution du Conseil de sécurité n°242. Plus encore, il est impossible de fixer les principes de la paix alors que les négociations bilatérales trébuchent, et la terre n'est pas restituée. Quant aux négociations multilatérales, elles visent à renforcer les bilatérales et non pas à les remplacer, à les négliger ou à les sous-estimer. Or, avec le coup d'arrêt qu'ont connu les négociations bilatérales au moment de l'accession de Netanyahu au pouvoir, des voix se sont élevées appelant à un rôle plus significatif des négociations multilatérales. Selon les partisans de cette opinion, le trébuchement des négociations bilatérales ne doit nullement mener à l'effondrement de l'ensemble du processus de paix. Plus encore, les négociations multilatérales sont à même de sauver les négociations en général et d'empêcher leur gel total. En tout cas, ceci va de pair avec la logique de la mondialisation. Il est désormais impossible de renoncer à un ordre basé sur le bipolarisme au niveau mondial et de continuer à l'adopter au niveau régional. Ceci constituait l'essence-même de la polémique qui a eu lieu lors de la tenue de la Conférence économique de Doha en 1997. Insister à tenir la conférence partait de la logique qui cherche à utiliser le « marché proche-oriental » comme moyen d'empêcher l'effondrement complet du processus de paix. Ceux qui ont boycotté la conférence pensent qu'il est impossible de poursuivre les négociations multilatérales et d'instaurer la paix, alors que la terre n'est pas restituée. Ajoutons que le slogan de « la terre contre la paix » possède deux faces indissociables. On ne peut réaliser un progrès dans l'une sans qu'il n'en soit de même pour l'autre. Aussi, Le Caire, ainsi que d'autres capitales arabes, ont-ils boycotté la Conférence de Doha, et les négociations multilatérales ont été gelées. Cependant, ce gel fut considéré comme une mesure exceptionnelle et temporaire dictée par le comportement de Netanyahu qui avait bloqué les négociations bilatérales et n'avait pas respecté les accords conclus. Après l'accession de Barak au pouvoir, l'objectif de la reprise des négociations multilatérales est le moyen de trouver un équilibre avec les négociations bilatérales. Et ce sur tous les volets et notamment sur le volet syrien. Même si l'on n'appuie pas la position de la Syrie qui insiste pour ne pas prendre part à ces négociations, on ne peut que se demander : n'est-il pas dans notre intérêt de temporiser, surtout dans cette phase critique de négociations ? En fait, nous devons tenir compte de l'impossibilité pour le négociateur syrien d'adhérer aux négociations multilatérales sans risquer sa position de principe visant à récupérer le Golan en entier jusqu'aux lignes du 4 juin 1967 en contrepartie de relations normales de paix. Il incombe aux groupes de travail des négociations multilatérales de discuter de nombreux aspects de cette paix, mais comment cela sera-t-il possible alors qu'Israël refuse de restituer le Golan jusqu'aux lignes du 4 juin 1967 ? Réclamer à la Syrie d'adhérer aux négociations multilatérales actuellement en cours, c'est exiger d'elle d'accepter un marché portant atteinte à sa souveraineté, sans même lui garantir la récupération de ses territoires. Il est vrai que la logique de la mondialisation ne s'intéresse nullement au respect de la souveraineté nationale et part du principe selon lequel renoncer à la souveraineté nationale n'est plus condamnable. Toutefois, aucun pays ne peut réclamer à un autre, conformément à la charte de l'Onu et à la légitimité internationale, de renoncer à sa souveraineté au moins du point de vue formel ! Le plus grave est que l'horizon actuel est celui des entités transcendant les Etats, horizon qui néglige souvent la souveraineté nationale dans le nouvel ordre mondial unipolaire. Plus dangereuse encore est l'existence de nombreux Etats impatients qui cherchent à rejoindre le train de la mondialisation le plus tôt possible. Ils considèrent les pays arabes qui tiennent à leur souveraineté comme des forces obstruant le cours de la mondialisation et allant à l'encontre de leurs rêves. Ceci nous incite donc à renforcer la position de la Syrie qui tient à récupérer ses droits et ses territoires. Nous avons cru au départ que les négociations bilatérales appelant à l'échange de « la terre contre la paix » constituait le principe fondamental : les négociations multilatérales étant considérées comme complémentaires. Or, les événement actuels, à la lumière de la logique de la mondialisation, démontrent que les négociations multilatérales sont sur le point de devenir l'élément essentiel. Et les négociations bilatérales sont réduites au statut de devenir un prétexte pour leur tenue.
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