Foire du livre . La foire est l'occasion d'un tour d'horizon des maisons d'édition arabes. Sous les piles de publications-bateaux et de cyber-ouvrages, se cachent quelques trésors.

Références

Al-Fikr al-arabi bein al-awlama wal hadassa wa ma baad al-hadassa (La Pensée arabe entre mondialisation, modernité et postmodernité), de Mahmoud Amin Al-Alem, n°29 de Qadaya fikriya. Al-Awlama wal tariq al-salès (La Mondialisation et la 3e voie), de Sayed Yassine, éd. Miret.

 

Quoi de neuf en arabe ?

Alors que le livre arabe souffre d'un problème de distribution et d'un manque de lecteurs, la Foire internationale du Caire est l'occasion de dresser un état des lieux. Elle constitue une sorte de thermomètre permettant d'évaluer la santé du secteur de l'édition.
Connaître le nombre précis des livres publiés chaque année semble chose impossible. Même le président de l'Union des éditeurs arabes, Ibrahim Al-Moallem, ne peut fournir ce chiffre, non plus que le nombre d'ouvrages présentés à la foire. « En Egypte, Dar al-kotob recensait, en 1998, 13 900 titres sans que ce chiffre soit officiel. Cette méconnaissance est un vrai problème », affirme le président de l'Union. Celle-ci présente cette année une sorte d'annuaire, un guide comportant une longue bibliographie des publications de l'an dernier. Mais elle ne concerne que les membres de l'Union et bon nombre d'éditeurs n'en font pas partie.
Bon. Si une approche quantitative paraît exclue, voyons ce qu'il en est de la qualité des publications. Est-ce vrai ce que l'on répète sur la culture arabe ? Qu'elle tourne en rond dans le patrimoine classique, ou même dans les écrits contemporains, dans la traduction et la présentation de l'« autre » culture ?
Une simple tournée dans les pavillons suffit à prendre conscience de la banalité de nombreuses publications et de la tendance exagérée à sortir des ouvrages techniques sur Internet et l'informatique en général. Mais à part cela, quelles sont en gros les lignes communes qui régissent le livre arabe ?


Traductions sans stratégie

On se plaint de plus en plus d'un manque de traductions littéraires ou d'ouvrages de pensée critique. Dans de nombreux stands, on peut trouver des traductions intéressantes (Lorca, Alain Touraine, poésie asiatique, nouvelles d'Amérique latine ...), mais il est vrai qu'il ne semble pas y avoir de projet global. Quelques exceptions cependant, comme le Projet national de traduction, l'enfant chéri du Haut Conseil de la Culture égyptien. Ce projet, qui atteint ses trois ans, a pour objectif la traduction systématique des grandes œuvres de la pensée humaine — telles Al-Siyassa wal tassamoh ou La Politique et la tolérance, d'Abdel-Kébir Al-Khatibi et Al-Gamaate al-motakhayala ou Les Communautés imaginées, de Benedict Anderson), la relecture du patrimoine (Qabr Ibn Arabi ou La Tombe d'Ibn Arabi, d'Abdelouhab Al-Meddeb) et la littérature, notamment la poésie comme les recueils de Fernando Pessoa, Philip Larkin, Lorca, etc.
La collection Maktabet Nobel (Bibliothèque Nobel), qui a fait paraître depuis 1998 une vingtaine d'œuvres de grands noms comme Anatole France, Faulkner et Saramago, est le second projet de traduction louable, soutenue par la maison d'édition syrienne Al-Mada, en coopération avec la Fondation culturelle d'Abou-Dhabi. Un reproche cependant : les livres primés sont systématiquement privilégiés par les traducteurs. Or, ils ne représentent pas forcément ce qui s'écrit de plus intéressant dans d'autres langues que l'arabe.
Une autre tendance se dessine dans de nombreux pays arabes. La multiplication des publications liées à diverses manifestations (festivals, colloques, symposiums). Ainsi, les colloques organisés par le Haut Conseil de la culture du Caire sont toujours accompagnés de publications, comme celles sur la femme, les pionnières, etc, parues à l'occasion du colloque sur Qassem Amin et l'émancipation de la femme. De même, le Festival de cinéma de Damas est l'occasion pour le ministre syrien de la Culture (qui produit de 100 à 150 titres par an) de multiplier les ouvrages sur le septième art. Ainsi, sont disponibles en arabe Tahlil al-aflam (L'Analyse des films), de Jacques Aumont et Bénaa al-rouëya (La Construction de la vision) d'Antonioni, etc.


La Tunisie se spécialise

Même si la Bibliothèque syrienne ou Al-Maktaba al-souriya n'est plus aussi orientée idéologiquement qu'auparavant, elle continue à traduire des ouvrages politiques (tels Fi al-solta, al-tarikh al-tabiï li tataworha (Du pouvoir, l'histoire naturelle de son évolution), de Bertrand de Jouvenel, ou Kayfa qomna bil sawra ou Comment avons-nous mené la révolution du Turc Aziz Nissan).
La Tunisie, elle, présente 200 titres à la foire. Moins de traductions, car les droits à verser sont trop importants, explique Abdel-Wahab Al-Dakhli, directeur du département de littérature du ministère tunisien de la Culture. Cependant, selon lui, une fondation culturelle devrait bientôt jouer un grand rôle concernant les traductions en Tunisie.
Pour l'instant, le modèle tunisien offre un exemple de la spécialisation. Ainsi, Alif présente une collection sur la Méditerranée (ex : Carthage, Les Lettres et les arts). Cérès propose de son côté des livres luxueux, avec de jolies photos et une impression de qualité ainsi qu'une collection pour adolescents qui unit pédagogie et divertissement. De nombreuses éditions universitaires offrent une gamme de publications très intéressantes, comme Dar Mohamad Ali Al-Hami qui propose Le Colonialisme capitaliste et les formules sociales, d'Al-Hadi Al-Yémoumi. De plus, la série Oyoune al-moasser (Yeux du contemporain) dresse un panorama de la littérature arabe actuelle avec Adonis, Sonaellah Ibrahim ou Mohamad Al-Bossati.
Pour les amateurs de grands classiques, une large place est faite à la foire aux ouvrages redondants sur le patrimoine arabe religieux ou idéologique. Ces mêmes ouvrages que l'on trouve tous les ans et qui omettent la critique et la lecture du réel. Néanmoins, le Centre culturel arabe du Maroc est une exception, avec une stratégie et une vision bien précises. Avec un grand catalogue d'écrivains non-conformistes, comme Mohamad Abed Al-Gabri, Ali Harb, Fatma Al-Mernissi, ou des écrivains de l'exil comme Nasr Hamed Abou-Zeid ou Abdel-Rahmane Mounif et son dernier roman Ard al-sawad (Terre drapée de noir), cette maison insiste sur une vision critique qui souffre d'oppression et qui se heurte en temps normal aux contraintes politiques et culturelles.

Ahmed Gharib
et Dina Kabil

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