Processus de paix. A peine commencées, les négociations sur le volet syrien sont en panne, mettant le sud-Liban sous tension. Que veut vraiment Barak ?,
se demande notre éditorialiste.

Regain de tension
au Sud-Liban

La presse officielle syrienne a rendu, mardi, Israël responsable de l'escalade au Sud-Liban, et mis en garde le premier ministre israélien Ehud Barak. « Israël est le premier responsable de l'escalade, car c'est lui qui occupe les terres libanaise et syrienne et refuse de s'en retirer en faisant fi des décisions internationales », affirme le quotidien gouvernemental Téchrine. Lundi, M. Barak avait menacé de suspendre les négociations avec la Syrie, déjà interrompues, si Damas n'empêchait pas le Hezbollah de poursuivre ses opérations au Sud-Liban.
De son côté, le président libanais Emile Lahoud a affirmé son soutien au Hezbollah en lutte contre l'occupant israélien au Sud-Liban et souligné que son pays n'avait pas peur des menaces de représailles d'Israël. « Nous avons entendu les menaces d'Israël mais elles ne nous effraient pas », a déclaré M. Lahoud dans une interview au quotidien libanais As-Safir publiée mardi. « Nous sommes avec les combattants de la résistance et nous sommes volontaires pour assumer des sacrifices dans la lutte pour libérer notre terre de l'occupation (israélienne). Nous n'avons pas d'autre choix », a poursuivi le chef de l'Etat libanais.
En 24 heures, le mouvement intégriste libanais du Hezbollah a tué dans un attentat le numéro deux de l'Armée du Liban Sud (ALS-milice supplétive d'Israël) puis lancé une attaque contre un poste israélien dans la zone occupée au Sud-Liban, qui s'est soldée par la mort de trois soldats. Lundi, les attaques aériennes et bombardements israéliens ont été plus intensifs que d'habitude : quelque 36 missiles air-sol ont été tirés, faisant 3 victimes et détruisant 4 maisons.
Mardi, la radio de l'armée israélienne affirmait que M. Barak avait opté pour la « retenue », estimant que « des représailles de grande ampleur sont susceptibles de saboter le processus » de négociations avec la Syrie. Le vice-ministre israélien de la Défense, Ephraïm Sneh, a souligné pour sa part que le fait que l'armée israélienne n'ait pas réagi immédiatement « ne signifie pas qu'elle ne le fera pas dans les prochains jours ou semaines ».

Divergence de motivations

Interrompues depuis trois ans et demi, dans la foulée de l'accession au pouvoir en 1996 de la droite en Israël, les négociations multilatérales sur le Proche-Orient, censées lancer une coopération israélo-arabe, ont repris à Moscou dans un contexte difficile : impasse des pourparlers syro-israéliens et piétinement du volet palestinien du processus de paix.
La réunion du Comité de suivi des multilatérales a permis ainsi la tenue du premier face-à-face israélo-arabe, depuis l'entrée en fonction du gouvernement travailliste israélien d'Ehud Barak en juillet dernier. Cette rencontre, sous les auspices des Etats-Unis et de la Russie et en présence de ministres ou représentants européens et occidentaux, est donc une première. Mais les motivations des uns et des autres divergent diamétralement : les Israéliens cherchent à nouer des relations et à engager une coopération économique avec les Etats arabes, alors que ces derniers sont en majorité récalcitrants à une normalisation avec l'Etat hébreu en l'absence de progrès « substantiels » dans le processus de paix.
En effet, l'impasse persiste dans le volet syrien de ce processus, dont la relance à la mi-décembre à Washington avait été à l'origine de la convocation de la réunion de Moscou, dans la perspective d'un possible règlement rapide entre Tel-Aviv et Damas. C’est ce qui a poussé la Syrie, qui — avec le Liban — boycotte les multilatérales, a voir dans la réunion de Moscou « un satisfecit » donné à Israël au moment où ce pays bloquait le processus de paix.
Dans son volet palestinien, le processus de paix piétine et un accord-cadre sur le statut final d'ici la mi-février semble compromis. « Israël veut une normalisation avec les Arabes, mais sans contrepartie, ce que nous ne tolérerons jamais », a expliqué Fayçal Al-Husseini, chargé de la question de Jérusalem au sein de l'Autorité palestinienne. C’est sans doute pour cette raison que le responsable palestinien a rappelé que les Arabes ont accepté de participer à la rencontre de Moscou juste « pour écouter » ce que proposent les Israéliens.
L’Egypte a de son côté affirmé, par la voix de son président Hosni Moubarak, qu'elle « n'a accepté de participer aux multilatérales qu'après la relance du volet syro-israélien ». Son but est surtout de défendre sa position sur les armes nucléaires israéliennes, afin de faire du Proche-Orient une région exempte d'armes de destruction massive. Depuis de longues années, Le Caire a fait du démantèlement de l'arsenal nucléaire israélien son cheval de bataille.
Certes, la normalisation entre les pays arabes et l’Etat juif a fait un bout de chemin : quatre pays arabes (Maroc, Tunisie, Oman et Qatar) ont échangé des bureaux d'intérêts avec Israël. La Mauritanie a récemment établi des relations diplomatiques au niveau des ambassadeurs et dispose d'une ambassade à Tel-Aviv, au même titre que l'Egypte et la Jordanie, liées à Israël par des traités de paix. Les diverses réunions tenues dans le cadre des négociations multilatérales, depuis leur lancement en 1992, sur le désarmement, la coopération économique, l'eau, les réfugiés et l'environnement, ont amorcé une esquisse de coopération régionale restée cependant sans lendemain. En attendant une percée sur les différents volets du processus de paix.

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