| Optimisme mesuré pour les multilatérales | | Les co-parrains russes et américains du règlement au Proche-Orient ont exprimé mardi l'espoir que les négociations multilatérales en cours à Moscou redonneront un élan au processus de paix dans la région. « Notre présence ici démontre que les parties ne sont pas seules dans leur désir d'emprunter la voie de la paix (...) nous les aiderons tout au long du chemin », a dit la secrétaire d'Etat américaine Madeleine Albright, sans cacher que les négociations seraient encore longues et difficiles. « Nous avons une perspective pour mettre fin à 50 ans d'hostilité dans la région », a renchéri le président russe par intérim Vladimir Poutine, à la tribune de la réunion. « Il existe une chance tangible d'ouvrir une voie pour établir des relations basées sur le respect mutuel et l'égalité », a-t-il ajouté. Et de souligner cependant que dans un processus de paix, il y a « des hauts et des bas », faisant allusion aux difficultés actuelles des négociations, notamment dans leurs volets syrien et palestinien. Le ministre israélien des Affaires étrangères, David Lévy, s'est voulu quant à lui très optimiste. « La relance des multilatérales va donner un nouvel élan à la paix », a-t-il déclaré, constatant que les pays occidentaux membres du comité de suivi « sont prêts à aider les parties prenantes au Proche-Orient et à contribuer à l'établissement de la paix dans la région ». De son côté, le ministre égyptien des Affaires étrangères, Amr Moussa, est intervenu sur un point des plus importants aux yeux du Caire, à savoir le contrôle de l'armement dans la région. Il a lié mardi toute réunion du groupe de travail chargé de ce dossier à un examen de l'arsenal nucléaire israélien. « Le groupe sur le contrôle de l'armement ne pourra pas se réunir sans un agenda global incluant tous les problèmes en suspens, en tête desquels la question de l'armement nucléaire dans la région : l'armement nucléaire israélien et la création au Proche-Orient d'une zone exempte d'armes de destruction massive », a déclaré M. Moussa. Le ministre se référait à l'un des cinq groupes de travail issus des négociations multilatérales. Les quatre autres groupes, chargés des réfugiés, du développement économique régional, de l'eau et de l'environnement, doivent se réunir durant le 1er semestre 2000, éventuellement en avril et mai, selon des participants. Les négociations multilatérales étaient suspendues depuis trois ans et demi, dans la foulée de l'accession de la droite israélienne au pouvoir en 1996. Outre la Russie et les Etats-Unis, quatre pays arabes (l'Egypte, la Jordanie, l'Arabie saoudite et la Tunisie), l'Autorité palestinienne ainsi qu'Israël, l'Union européenne présidée par le Portugal, la Norvège, le Canada et le Japon sont également concernés par ces discussions. |
| | La paix et le nucléaire | | Absents du Forum économique de Davos, le président Moubarak et le premier ministre israélien, Ehud Barak, se sont rencontrés dimanche dernier au Caire pour discuter du processus de paix. Pourquoi cette visite éclair du chef du gouvernement israélien ? Sa venue au Caire est intervenue quelques jours après la visite de Moubarak à Damas le 22 janvier dernier. A son retour de Syrie, Moubarak avait déclaré que l'Egypte était prête à rapprocher les points de vue entre Syriens et Israéliens. Le premier sujet de discussion a donc été axé sur la position de Damas à la suite du blocage des négociations israélo-syriennes. « L'Egypte, premier signataire d'un traité de paix avec Israël en 1979, est en contact permanent avec toutes les parties concernées et peut jouer un rôle dans l'instauration de la paix, bien que les Etats-Unis soient les parrains des négociations », a déclaré Moubarak, affirmant que toutes les parties concernées étaient en relation avec Le Caire. « L'Egypte veut le succès de ces pourparlers sur la base de la restitution de tous les droits syriens représentés par le retour aux frontières du 4 juin 1967 », a-t-il ajouté. Au Caire, les responsables égyptiens ont confirmé au premier ministre israélien la position de la Syrie qui refuse de reprendre les négociations avec Israël avant d'obtenir de ce dernier un engagement clair sur un retrait total du Golan. Le conseiller politique du président Moubarak, Ossama Al-Baz, a estimé dimanche que les négociations israélo-syriennes pourraient se prolonger durant plusieurs mois et peut-être un an avant d'aboutir à un accord de paix. « La Syrie veut récupérer ses territoires occupés en 1967, et sa position dans les négociations est solide, car elle est basée sur des résolutions internationales, notamment les résolutions 242 et 338 du Conseil de sécurité de l'Onu », a ajouté M. Al-Baz. Ehud Barak a affirmé pour sa part qu'Israël ne fournira pas à Damas d'engagement préalable sur l'étendue de son retrait du Golan. « Notre position sur cette question est très claire. Nous ne pouvons pas fournir un engagement politique d'Israël à la Syrie avant même que les négociations ne commencent », a-t-il déclaré. « Les deux partenaires devront négocier sans conditions préalables (...). Quand les Syriens seront prêts, nous serons prêts ». Barak a insisté sur le fait qu'il ne mettait un trait ni sur le passé, ni sur Madrid, la conférence internationale qui avait lancé le processus de paix au Proche-Orient en 1991, ni même sur les négociations qui ont eu lieu sous les mandats de Yitzhaq Rabin, Shimon Pérès et Benyamin Netanyahu. | Probable progression | | Outre les négociations syro-israéliennes, le volet palestinien a également été évoqué. Barak a promis devant Moubarak de restituer dans dix jours une autre partie des territoires aux Palestiniens. « D'ici dix jours, nous allons transmettre une autre partie des territoires à l'Autorité palestinienne », a-t-il déclaré, sans donner de précisions sur les territoires qui seront restitués. « Nous nous attendons à ce que les Palestiniens honorent leurs propres engagements prévus par l'accord de Charm Al-Cheikh », a-t-il affirmé. « Nous avons signé l'accord de Charm Al-Cheikh et nous allons l'appliquer ». L'Egypte a estimé, selon une source diplomatique, qu'une progression sur ce volet verra le jour la semaine prochaine. L'armée israélienne avait transféré aux Palestiniens, les 5 et 6 janvier dernier, le contrôle total de 2 % de la Cisjordanie, alors que l'Autorité palestinienne se voyait confier les pouvoirs civils sur 3 % supplémentaires, où l'Etat hébreu continue toutefois d'assurer la sécurité. Au terme du troisième retrait prévu par Charm Al-Cheikh, les Palestiniens devraient contrôler, partiellement ou totalement, 40 % de la Cisjordanie. Le troisième sujet de discussion a porté sur les armes nucléaires. Moubarak a déclaré que l'Egypte participait cette semaine aux négociations multilatérales sur le Proche-Orient, qui avaient démarré lundi dernier à Moscou, pour défendre sa position sur les armes nucléaires israéliennes. Pourtant, Barak a refusé de définir la position de son pays par rapport à l'adhésion au TNP (Traité de Non Prolifération nucléaire). Néanmoins, Ossama Al-Baz a estimé que les Etats-Unis seront contraints de changer leur politique favorable à Israël en matière de nucléaire, lorsque la paix régnera au Proche-Orient. « La politique américaine de deux poids, deux mesures, suivie par les Etats-Unis en ce qui concerne les armes nucléaires israéliennes, changera après la conclusion par Israël d'accords de paix avec toutes les parties arabes », a déclaré M. Al-Baz. Pour lui, Israël ne pourra plus soutenir qu'il est un petit Etat entouré d'autres Etats puissants et agressifs. Et nul ne peut croire qu'Israël, qui occupe des territoires arabes et qui construit des colonies, est incapable de se défendre ou de défendre ses citoyens. « Le monde entier sait qu'Israël peut vivre en sécurité et nous n'y opposons aucune objection », a-t-il ajouté. | | Chérif Ahmed | | | Retour au sommaire | |