| | Les combattants tchétchènes ont quitté Grozny | | Tous les combattants tchétchènes ont quitté Grozny dans la nuit de lundi à mardi, a annoncé mardi un haut responsable tchétchène, Movladi Oudougov. « Il n'y a plus actuellement de combattants tchétchènes à Grozny », a ajouté le responsable joint en Tchétchénie depuis Moscou par téléphone. « Les combattants ont quitté la capitale tchétchène selon un plan accepté par le conseil militaire tchétchène il y a deux mois. Les combattants ont rempli leur tâche militaire de défense de la ville et ils ont quitté la ville vers 3 heures du matin », a ajouté le responsable, citant le chef de guerre Chamil Bassaïev. En outre, deux chefs de guerre tchétchènes importants, Aslambek Ismaïlov et Khunkar Israpilov, ont été tués mardi matin dans des combats dans l'ouest de la Tchétchénie, a affirmé Movladi Oudougov. L'information sur le retrait des combattants tchétchènes n'a pu être immédiatement confirmée auprès des Russes. Les combattants avaient ordre de tenir la ville jusqu'au 1er février, a ajouté Movladi Oudougov, qui est membre du comité de défense tchétchène. Les Tchétchènes ont perdu six combattants au cours des dernières 24 heures et dix autres ont été blessés alors qu'ils quittaient Grozny, selon la même source. L'assaut contre Grozny avait été lancé le 25 décembre dernier par les Russes. Movladi Oudougov a par ailleurs fait état de la mort de deux généraux tchétchènes dans l'ouest de la Tchétchénie. Les combattants tchétchènes ont affirmé avoir abattu un avion et deux hélicoptères russes et capturé trois soldats russes, dont un lieutenant-colonel. |
| | L'enlisement | | Les combats continuent à faire rage dans la capitale tchétchène. Les troupes russes avancent lentement vers le centre de Grozny, sans réussir à s'emparer de cette ville où les soldats russes, mal entraînés, affrontent la guérilla d'un ennemi insaisissable. Malgré la résistance acharnée des indépendantistes tchétchènes, le ministre de la Défense, Igor Sergueïev, a pourtant estimé samedi, que la « libération » de Grozny était « proche d'un tournant », surtout que les troupes fédérales se sont emparées, vendredi, de la place Minoutka, un carrefour stratégique qui ouvre la voie vers le centre-ville et qui était depuis des jours l'enjeu de féroces combats. Cependant, un des chefs de guerre islamistes en Tchétchénie, le commandant Khattab, a menacé de lancer des contre-offensives en Tchétchénie et en Russie. « Que les Russes sachent que les moudjahidines sont prêts à prendre n'importe quelle ville et pas seulement de Tchétchénie mais aussi de Russie », a-t-il déclaré. « Nous avions le projet de nous emparer de quelques villes que la Russie avait déclaré nettoyées et nous avons rempli ce programme », a-t-il ajouté en se référant aux contre-offensives des rebelles indépendantistes pour reprendre aux mains des Russes deux localités « libérées » de Tchétchénie vers la mi-janvier : Argoun et Chali, à l'est de Grozny. Cette menace du commandant Khattab a redoublé linquiétude des Russes quant à des contre-offensives de plus en plus féroces. « La menace d'actes terroristes tchétchènes en Russie est donc réelle », a estimé, vendredi, le président russe en exercice, Vladimir Poutine. Selon les experts militaires, Poutine brandit la menace terroriste tchétchène pour justifier la guerre, entretenir sa popularité en vue de la présidentielle, et faire oublier les lourdes pertes russes en Tchétchénie. D'après le dernier bilan, les combats ont fait plus de 7 000 morts parmi les Russes depuis le début de l'offensive en Tchétchénie il y a quatre mois. | Moscou condamnée | | La recrudescence du conflit a engendré, cette semaine, des réactions plus fermes de la part de la communauté internationale. Vendredi, le président américain, Bill Clinton, a dénoncé cette guerre « cruelle et sans issue ». L'Organisation de la Conférence Islamique (OCI) et la Ligue arabe au Caire ont, de leur côté, renouvelé leur appel à un cessez-le-feu immédiat et au dialogue pour régler la crise dans la République indépendantiste du Caucase. Loffensive a valu à Moscou cette semaine ses premières sanctions commerciales avec la décision de la Commission européenne de limiter de 20 % certains quotas d'importations d'acier russe, soit un manque à gagner d'environ 30 millions de dollars. Toutefois, le Conseil de l'Europe a accordé à Moscou un délai jusqu'en avril « pour faire des progrès » en matière de droits de l'Homme en Tchétchénie avant de lui imposer dautres sanctions. Dans une recommandation adoptée à la majorité, cette assemblée demande notamment à la Russie d'instaurer un cessez-le-feu complet et immédiat d'ici avril, d'entamer immédiatement un dialogue politique avec les autorités tchétchènes élues et d'éviter tout rapatriement forcé de réfugiés. Dans une première réaction, un responsable du Kremlin, Sergueï Iastrjembski, a minimisé cette mesure qu'il a qualifiée d'« avertissement symbolique ». « Il est impossible d'établir des sanctions contre la Russie. C'est un grand pays qui fournit à l'Europe une grande quantité de ressources naturelles. Il faut y prêter également attention », a-t-il déclaré. De peur de voir la crise prendre plus denvergure, le secrétaire général de l'Onu, Kofi Annan, a effectué une mission diplomatique à Moscou, cette semaine, pendant laquelle il sest entretenu avec Vladimir Poutine. Il a réitéré à Moscou sa préoccupation de voir la population civile tchétchène victime des frappes russes sur la République indépendantiste. | | | Retour au sommaire | |