| | J'ai eu la sensation que nous ne faisions qu'une | | « Riham Abdel-Hakim possède une des plus belles voix existantes actuellement dans le domaine du chant arabe », affirme le chef d'orchestre libanais Sélim Sahab à propos de la jeune fille qui a joué le rôle d'Oum Kalsoum adolescente dans le feuilleton du même nom. « Chez elle, nous retrouvons réunis des éléments introuvables dans une voix féminine. Sa voix rauque et dramatique, défiant toutes les normes, elle atteint la note ré », explique-t-il. Elle avait fait connaissance avec le metteur en scène Enaam Mohamad Ali il y a un peu plus de deux ans, lorsque celle-ci était encore en train de recruter le casting du feuilleton Oum Kalsoum. « J'étais censée y participer en tant que chanteuse seulement, mais quand tante Enaam m'a vue, elle a décidé de me confier le rôle d'Oum Kalsoum adolescente », dit-elle. L'idée est tentante, mais Riham est prudente. « Je lui ai dit, lors de notre première rencontre, que je n'avais jamais travaillé en tant qu'actrice. Mais elle m'a rassurée en me disant de ne pas avoir peur et de compter sur elle », ajoute-t-elle. C'est ainsi que la jeune fille timide de dix-sept ans s'est fait connaître du grand public, faisant valoir un talent étonnant et une sensibilité à fleur de peau. La jeune fille aux cheveux longs et aux traits de paysanne, a, au bout de quelques feuilletons, été projetée sur le devant de la scène. Et gagné immédiatement la reconnaissance non seulement du grand public, mais aussi des grands artistes. Ses dons de chanteuse se sont déjà révélés il y a une dizaine d'années, lorsqu'elle chantait à la chorale des enfants de l'Opéra du Caire, à l'âge de 7 ans. « En l'écoutant, j'ai tout de suite su que la texture de sa voix lui permettrait de chanter les uvres les plus difficiles du patrimoine arabe. Et depuis, je n'arrête pas de faire appel à ses talents », raconte Sahab. Sur les planches, ce sont les poèmes en arabe classique qu'elle préfère chanter. Et elle le fait à la perfection. Sa sensibilité, perceptible à chaque mot prononcé, émotionne à chaque fois son public. Et devant les caméras, elle a eu et a procuré le même plaisir. « Dans le feuilleton Oum Kalsoum, je fus la seule à avoir été à la fois actrice et chanteuse. Et au moment où j'interprétais les chansons religieuses de son enfance, j'ai eu la sensation que nous ne faisions qu'une seule personne ». Une sensation largement ressentie, au point que beaucoup se sont demandés si le phénomène Oum Kalsoum pouvait renaître. « Il est évident que Riham a des talents multiples. Sa voix est à la hauteur de celle de la Diva. Mais pour donner naissance à une nouvelle Oum Kalsoum, on devrait réunir autour de cette belle voix, les grands génies de la poésie et de la composition, comme cela a été le cas pour la Diva. Seul l'avenir nous dira jusqu'où pourra aller Riham », conclut Sahab. | | Randa Achmawi |
| Le public est la véritable vedette | | L'aspect le plus important à souligner est l'accueil chaleureux qu'a réservé le public à toute l'équipe du feuilleton Oum Kalsoum. Quand bien même toute publicité était absente, le public a su guider son choix vers lui et a passé toutes ses soirées devant l'écran pour suivre les épisodes. Sensible à cet engouement, Sabrine, qui a joué le rôle-titre, assure que « le public est la véritable vedette. Nous vivons dans une époque où les modèles exemplaires de héros font défaut. Lorsque Eneam Mohamad Ali m'a proposée d'interpréter le rôle d'Oum Kalsoum, la quatrième Pyramide de l'Egypte, j'ai mesuré le poids du travail que je devais accomplir pour représenter cette figure emblématique ». La réalisatrice enchaîne : « Cette uvre de la fin du siècle et du début d'un autre est peut-être un relais pour passer à d'autres de la même envergure qui pourront satisfaire le goût du public ». En effet, ce bijou culturel qui a fait sensation permet de savoir que le public ne se passionne pas pour tout. D'où vient la sélection de Sabrine pour ce rôle ? Elle avait eu l'élégance de jouer en même temps le rôle d'une modeste paysanne dans la série Gomhouriyet Zefta et celui d'une dame sympathique de la haute société dans Hawanem Garden City au mois de Ramadan de 1997. L'association de ces jeux disparates a été remarquée par la réalisatrice. Oum Kalsoum était en réalité une paysanne douce de Tamay Al-Zahayra, qui a su se conduire dans la haute société avec aisance et fraîcheur comme une grande dame de la chanson. La désignation de Sabrine était donc tout indiquée. La chanteuse Imane Al-Toukhi a été proposée pour ce rôle par le producteur Mamdouh Al-Leissi en 97, mais elle s'est désistée de crainte de ne pas être à la hauteur. Outre les documents écrits et filmés sur la Dame, le scénario de Mahfouz Abdel-Rahmane, dont est tiré le feuilleton, a été immanquablement une grande source d'informations pour la réalisatrice et son équipe. Assis au dernier rang dans un théâtre, écoutant chanter Oum Kalsoum sur scène, ce jeune décide d'écrire la biographie de cette Dame qui l'enchante. Le rêve devient réalité. Cependant, le public lui reproche de ne pas présenter assez les événements historiques qui recoupent la vie de la chanteuse tels le clin d'il des soldats égyptiens à Oum Kalsoum en 1948 auquel elle a répondu par une chanson. Ensuite, sa chanson Wallah zamane ya sélahi dédiée aux citoyens de Suez et aux soldats qui résistent aux bombardements massifs en 1956. Puisque l'art et la politique s'enchevêtrent, pourquoi l'amitié qui l'a liée à Nasser et ses activités lors de la Guerre de 73 suspendues par l'entremise de Sadate et de son épouse Gehane occupent-elles si peu d'espace ? « Je ne suis pas un polémiste dans une gazette qui tire sur tout ce qui bouge, s'intéressant aux rumeurs, se défend l'auteur. Je n'ai pas écrit un livre historique, politique, ou qui s'apparente à un documentaire ». | Parti pris dramatique | | Face aux 60 ans de la vie de la chanteuse, son idée était d'en tirer les moments les plus significatifs et les plus symboliques qui ont un statut de vérité parce qu'ils tracent l'itinéraire d'un mythe. « Je présente l'événement à partir de l'importance qu'il revêt pour Oum Kalsoum, dit-il. C'est un parti pris dramatique ». Ceci suppose de la part de la réalisatrice un temps préalable d'observation et de documentation, ainsi qu'un travail tout aussi long, fin et ferme avec les acteurs. Le rôle de Nasser interprété par Riyad Al-Khouli est très apprécié et applaudi par le public. Ce rôle a été joué auparavant dans deux uvres réussies Nasser 56 et La Vie de Nasser, mais ici, Riyad apporte sa touche personnelle. Il montre Nasser gracieux et solide, particulièrement au moment de la défaite de 67, « où il redistribue les cartes, dit-il, pour acheminer les citoyens vers l'affranchissement de l'échec, étape par étape, l'accomplissement d'un parcours qui, par timides avancées et subtils rétablissements, mène à la Victoire de 1973 ». Et justement Mahfouz Abdel-Rahmane annonce, par ailleurs, que sa prochaine uvre sera sur la guerre d'Octobre 73. | | Amina Hassan | | | Retour au sommaire | |