| . | Groupes armés . En protestation à l'élimination de 4 leaders de la Gamaa islamiya, l'avocat islamiste Montasser Al-Zayat se retire de la vie politique. | | La trêve n'est pas en péril | | L'avocat Montasser Al-Zayat, grand défenseur des islamistes radicalistes, a annoncé, la semaine dernière, son retrait de la vie politique en signe de protestation contre l'élimination de quatre leaders de la Gamaa islamiya. Il a été en effet annoncé, mardi 8 septembre, qu'une rafle des forces de sécurité dans une banlieue de Guiza et un échange de tirs entre la police et des islamistes avaient causé la mort de Farid Salem Kedwani, accusé dans 34 procès, évadé depuis des années et considéré par les forces de sécurité comme l'actuel leader de l'aile militaire de la Gamaa, ainsi que de trois autres membres du groupe. La mort de Kedwani et de ses trois complices ainsi que l'annonce de Montasser Al-Zayat concernant son retrait de la vie politique revêtent une grande importance pour plusieurs raisons. Montasser Al-Zayat est considéré par tous ceux qui s'intéressent à la mouvance islamique en Egypte comme l'homme public le plus proche de la Gamaa islamiya et le plus capable d'exprimer les nouvelles tendances de ce groupe, celles qui sont apparues au cours des deux dernières années. Al-Zayat fut le premier à appeler la Gamaa à annoncer l'initiative d'arrêt de la violence qui date d'avril 96. Initiative alors adoptée par Khaled Ibrahim, l'émir de la Gamaa à Assouan et défendue par Al-Zayat. Bien que cette première initiative ait échoué, Al-Zayat a poursuivi ses efforts jusqu'à ce que 6 leaders fondateurs de la Gamaa lancent, le 5 juillet 97, leur initiative d'arrêt de la violence. Et, le 24 mars 99, tous les leaders de la Gamaa ont décidé d'arrêter définitivement les violences contre l'Etat et contre la société égyptienne à l'intérieur et à l'extérieur du pays. Ainsi, Al-Zayat a considéré le succès de cette initiative et la décision définitive d'arrêt de la violence qui l'a suivi comme un succès personnel. | Les raisons d'un retrait | | C'est dans ce contexte qu'il faut analyser le retrait de Montasser Al-Zayat de la vie politique. L'avocat a annoncé que, confronté à « une voie sans issue », il avait pris cette décision. Puisque selon lui, la mort des quatre leaders évadés « n'aide pas à créer l'atmosphère de compréhension recherchée ». Il a ajouté que cet incident « risque de créer des tensions et fait craindre » un retour des violences mutuelles entre l'Etat et les groupes islamistes, notamment la Gamaa islamiya. Al-Zayat a en outre condamné la rafle des forces de sécurité et la mort des quatre leaders, tout en affirmant que « ces quatre personnes s'en tenaient à l'initiative d'arrêt de la violence », lancée par la Gamaa en mars dernier. Ainsi, la démission d'Al-Zayat ne serait pas uniquement un acte de protestation, mais aussi une façon d'exprimer sa crainte quant à l'avenir de la décision d'arrêt de la violence. | Analyse de la décision | | De plus, on ne peut analyser le sens de la décision de l'avocat qu'à la lumière de son précédent retrait de la vie politique à la suite de l'attentat de Louqsor du 17 novembre 97 perpétré par un groupe dissident de la Gamaa islamiya, attentat qui a fait plus de 60 morts. Al-Zayat avait alors annoncé son retrait de la vie politique, car ce massacre ôtait toute crédibilité à l'initiative d'arrêt de la violence qu'il voulait étendre et qui avait été lancée 4 mois auparavant. Le soutien que certains leaders de la Gamaa à l'étranger avait apporté à l'attentat l'avait particulièrement décidé à se retirer. Montasser Al-Zayat était cependant revenu sur sa décision quelques mois plus tard, lorsque la Gamaa a décliné toute responsabilité quant à l'attentat et surtout lorsque certains leaders du groupe en Egypte et à l'étranger l'ont condamné. Dans ce contexte, le retrait d'Al-Zayat n'était qu'un geste de protestation contre « les décisions fautives » de certains leaders de la Gamaa. | Le choix de l'impartialité | | Quant au récent retrait d'Al-Zayat, il s'agit certes d'une protestation contre la mort des quatre leaders de la Gamaa provoquée par les forces de sécurité. Et, il est vrai que dans les deux cas, sa principale préoccupation était l'avenir de l'initiative. Mais il semble que l'avocat islamiste ait aussi pris cette décision pour ne pas être critiqué par les leaders et les membres radicalistes de la Gamaa, qui lui auraient reproché de ne pas réagir à la mort des quatre leaders, notamment de Farid Kedwani qui occupe une place importante dans l'aile militaire du groupe. Et ce, alors qu'Al-Zayat avait réagi après l'attentat de Louqsor. Il s'agirait donc pour Al-Zayat de se montrer impartial. Quant à la question du décès des quatre leaders et de son influence sur l'initiative d'arrêt de la violence, elle peut être considérée sous plusieurs angles. Le premier concerne les raisons qui ont poussé l'Etat à tuer les quatre membres de la Gamaa, notamment Farid Kedwani. Il s'agissait probablement de prouver que l'Etat est décidé à s'attaquer aux symboles de l'extrémisme et de la violence religieuse, et de les punir pour tout ce qu'ils ont fait avant de lancer l'initiative d'arrêt de la violence. De plus, il n'est pas à exclure que cette rafle, intervenue au lendemain de l'attaque contre le président Moubarak à Port-Saïd, avait pour but de prouver que les forces de sécurité sont capables de remplir leur rôle contre la violence et le terrorisme, même si les terroristes tués ne sont pas liés à l'attentat contre le président comme l'a prouvé l'enquête. Peut-être aussi que l'Etat a voulu, en tuant les quatre leaders de la Gamaa, notamment Kedwani, éviter qu'ils ne soient jugés avec le risque que les verdicts soient en contradiction avec la politique de l'Etat. | Arrêt de la violence | | Il est exclu que la mort des quatre leaders remet fondamentalement en cause la décision d'arrêt de la violence prise par la Gamaa islamiya après de longues négociations qui ont duré presque deux ans. La Gamaa n'a pris cette décision qu'après avoir calculé ce qu'elle lui rapporterait. Il lui serait difficile maintenant de revenir sur sa décision et de reprendre les violences, même si Kedwani occupait une place importante au sein du groupe. Toutefois, la mort de Kedwani et des trois autres leaders peut renforcer la position de certains plus radicalistes encore qui n'étaient pas très enthousiastes quant à l'idée de l'initiative d'arrêt de la violence, et qui se sont opposés à ceux qui la soutenaient. Mais ce conflit entre les deux clans de la Gamaa n'ira tout de même pas jusqu'à relancer les violences entre ce groupe et l'Etat, surtout que l'initiative d'arrêt de la violence a jusqu'à présent remporté un certain succès. | | Diaa Rachwan | | | Retour au sommaire | |
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