| Al-Ahram Hebdo : Comment évaluez-vous ce Championnat du monde et vos chances de le remporter ? (Au moment de l'entretien, Power était qualifié pour les huitièmes de finale). Jonathon Power : Il est très difficile de jouer en Egypte, au milieu du désert, en plein air. Ce n'est pas un vrai tournoi de squash. La balle rebondit très haut. Il y a des mouches et de la poussière. Il fait chaud et le court n'est pas bon. Ce n'est pas du vrai squash. Le squash pour moi doit être joué dans un milieu fermé et climatisé. Le tournoi d'Al-Ahram est un excellent Open, il a beaucoup apporté au squash ; c'est un beau spectacle, mais un Championnat du monde nécessite autre chose. Ne me comprenez pas mal, j'aime bien jouer ici l'Open d'Al-Ahram, mais le Championnat du monde, non, non ! Les organisateurs ont réussi avec beaucoup d'argent à obtenir le championnat, mais ce n'est pas un Championnat du monde comme les autres. Ceci dit, je trouve que l'organisation est très bonne. Ce sont juste les conditions extérieures au tournoi. En Egypte, ils ont de l'expérience dans l'organisation des tournois. C'est clair. Combien de temps espérez-vous conserver la première place du classement mondial, que vous occupez depuis 7 mois, devant l'Ecossais Peter Nicol, à seulement 8 points de vous ? Je crois que Peter va retrouver sa place à la tête du classement mondial. Je ne suis pas au top, car je ressens des douleurs au dos et aux épaules. Je ne crois pas que je pourrai remporter ces Championnats du monde. Lors de l'Open de Hong-Kong, je pouvais à peine bouger et j'ai dû m'incliner 3/0 en finale contre Nicol. Je crois que juste après le Championnat du monde d'Al-Ahram, je vais rétrograder à la 2e place du classement mondial. Mais si j'accède en finale, je garderai peut-être ma place. Si je n'étais pas blessé, personne ne pourrait me détrôner. Nicol n'arrive pas à me battre si je ne suis pas blessé. Qui voyez-vous en finale ? Je ne crois pas que j'irai en finale. Peut-être Nicol et Barrada ou Simon Parke. Quant à moi, je ne me sens pas bien. Je n'ai pas envie de jouer et je veux retourner au Canada. Je suis à 70 % de mes capacités. Pourquoi êtes-vous la bête noire de Nicol ? J'ai des avantages purement techniques. Je contrôle mieux la balle que lui. Il passe son temps à courir et courir, car il est fort physiquement, mais au bout d'un moment il se fatigue, alors que moi je reste au milieu du court. Après un jeu et demi, il est mort. Et, je le bats chaque fois. Quels sont les autres joueurs pouvant espérer devenir numéro 1 au classement mondial ? Les 2 qui me suivent au classement, Barrada et Paul Johnson, sont de bons joueurs. Leur classement reflète leur niveau du moment. Ahmad Barrada est un joueur inconstant. Il peut parfois gagner, mais pas tout le temps, ce qui est insuffisant pour devenir n°1. Paul Johnson est bon sur le plan physique. Il se déplace très bien sur le court, mais ses tirs sont très imprécis. Il ne joue pas assez de volées. Quant à l'Ecossais Martin Heath, son classement va certainement baisser parce que son niveau est très médiocre en ce moment. Il n'a réalisé aucun bon résultat, à l'exception du dernier Open d'Al-Ahram, lorsqu'il a réussi à dépasser les quarts de finale grâce à un tableau facile. Son classement juste, c'est la 10e place mondiale. Mais le joueur le plus talentueux qui mérite d'être dans le top 5, c'est l'Anglais Simon Parke. Il est fort actuellement. Pensez-vous que depuis la disparition de la légende pakistanaise Jansher Khan (10 ans numéro 1 mondial), plus personne n'est capable de se maintenir longtemps en tête du classement ? Peter Nicol et Moi, on va se succéder longtemps à cette place. Mais aucun autre joueur ne pourra réaliser cet exploit, car un très grand fossé nous sépare des autres joueurs, comme l'Egyptien Ahmad Barrada, 3e au classement mondial ou l'Anglais Paul Johnson (4e). Ces deux-là n'arrivent pas à nous battre. Vous avez pourtant pronostiqué Barrada en finale ... Ce ne sont pas les Championnats du monde, mais les championnats de Barrada. Peut-être qu'Ahmad Barrada peut nous battre en Egypte, car cette édition est conçue spécialement pour lui : le public et le court sur lequel il est habitué à jouer. Tout le monde le dit : le tournoi est organisé en Egypte pour que Barrada devienne champion du monde. Mais dès qu'il sort d'Egypte pour participer à d'autres tournois, il est incapable de nous battre. C'est seulement avec le public égyptien qu'il peut y arriver. Qu'allez-vous faire après ce championnat ? Je vais rentrer chez moi. Je vais consulter énormément pour guérir et arrêter de consommer des médicaments qui influencent énormément mon moral. L'important pour moi est de bien préparer l'Open des Etats-Unis qui aura lieu au début du mois de novembre prochain. Le Canada a des chances dans la compétition par équipes si vous y participez ... C'est vrai. Je joue dans cet objectif. Si on gagne, peut-être que cela fera de la pub pour le squash canadien. Quelques joueurs comme Peter Nicol refusent de jouer en équipes car ils sont professionnels. Ils jouent seulement pour l'argent. Moi, j'aime bien jouer sous les couleurs du drapeau canadien et on a des chances de remporter ce tournoi, avec Graham Ryding en excellente forme. Malgré tous mes efforts pour mieux faire connaître le squash au Canada, cela ne sert à rien. Peut-être avec le temps. Cela ne va jamais affaiblir ma volonté. Quelles sont selon vous les meilleures équipes de ce championnat ? Le Canada, l'Angleterre, l'Egypte et l'Australie. L'Egypte est très très forte. A part Barrada, il y a le très talentueux Amr Chabana. Il va gagner toutes ses rencontres. L'Egypte peut même battre les Anglais, car Barrada bat le n°1 anglais Johnson et Chabana, le n°3 égyptien, bat n'importe quel n°3 anglais. Mais ce sera très difficile pour l'Egypte de nous battre. En principe, je bas toujours Barrada et mon coéquipier Graham Ryding bat Omar Al-Borolossi, le n°2 égyptien, à chaque fois qu'il le rencontre. Donc, il me paraît difficile que l'Egypte nous batte. Champion du monde et numéro 1 au classement mondial, avez-vous d'autres ambitions en squash ? Il est difficile d'exprimer mes sentiments. Actuellement, je n'ai pas la rigueur nécessaire pour jouer comme avant. La rigueur qui consiste par exemple à se lever tôt le matin pour s'entraîner. C'est normal. Après tout ce que j'ai réalisé, j'ai peut-être besoin d'un peu de détente. |