| | Walt Disney et les Arabes | | Par Salama. A. Salama | | Les Emirats arabes unis se dressent actuellement contre la société américaine Walt Disney, qui s'apprête à organiser une gigantesque exposition où elle réserve un pavillon entier à Israël, avec pour intitulé : « Jérusalem, capital d'Israël ». Le ministre émirati de la Culture a demandé au directeur de l'Unesco d'intervenir auprès de la société afin d'interdire la présence d'un tel pavillon avec un tel intitulé, car ce geste est une atteinte flagrante aux sentiments des musulmans, une défiguration de l'histoire de la ville, d'autant plus que la communauté internationale ne reconnaît pas Jérusalem comme capitale d'Israël. Les efforts émiratis sont louables, mais c'est comme prêcher dans le désert. Ni les efforts de l'Unesco, ni ceux de son directeur Federico Mayor ne pourront avoir d'effets tant que les pays et les peuples arabes seront incapables de comprendre les mécanismes et les intérêts qui motivent ce genre de multinationales, qui sont souvent plus puissantes que les gouvernements, les organisations et les institutions. La société Walt Disney a un passé riche en atteintes aux Arabes et aux musulmans, falsifiant leur histoire, défigurant leur identité, et les représentant dans d'innombrables films comme des peuples arriérés dont les enfants sont sales et barbares, et les femmes des objets sexuels soumis aux hommes. Et ils peignent les nouvelles générations comme des terroristes et des fanatiques religieux. Le danger est que ces films, comme Aladin ou Opération Condor, sont distribués partout dans le monde, à grande échelle ; ils touchent les mentalités et les curs de millions de personnes de différentes générations et de différentes cultures. La production de ces films est gigantesque, avec de grandes vedettes comme Demy Moore. Les peuples et les gouvernements arabes qui ne ménagent aucun effort pour confisquer livres, journaux et revues arabes qui ne sont pas à leur goût sont restés muets et soumis face aux dérapages de Walt Disney. A l'exception de quelques cris lancés dans certains articles de presse, personne n'a rien fait pour organiser un boycott total de ces productions, que ce soient les films de divertissement, les documentaires ou autres. Bien au contraire, les programmes des télévisions arabes sont chargés de films Walt Disney. Les pays arabes représentent pour cette société un marché considérable. Ils visionnent en effet ses dessins animés, feuilletons et documentaires. Ce qui tout simplement signifie que nous contribuons largement au financement de ces films qui défigurent notre image et qui portent atteinte à notre réputation. Que se serait-il passé si Israël avait fait l'objet de ce genre de campagnes racistes ? Les juifs, malgré leur nombre limité, parviennent à mieux s'organiser à l'échelle mondiale et sont les plus qualifiés pour pourchasser ce genre de sociétés, en leur intentant des procès et en leur réclamant des indemnités, sans attendre l'Unesco ou l'intervention de M. Federico Mayor ou encore de la Ligue arabe. Les Emirats arabes unis n'ont donc qu'à se calmer, car il n'ont pas choisi le bon moyen !
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| | Autour du IVe mandat de Moubarak | | Par Mohamed Sid-Ahmed | | Le IVe mandat du président Moubarak coïncide avec le commencement d'un nouveau siècle et d'un nouveau millénaire. Partant, il coïncide également avec des aspirations à de nouvelles conjonctures appropriées aux nécessités d'un monde nouveau. Et en Egypte, le pays le plus ancien du monde, les affaires sont évaluées à long terme. Le défi le plus important que l'Egypte devra relever avec l'avènement du siècle nouveau est certainement l'apparition d'un nouveau type de relations avec Israël, et ce par l'intermédiaire d'un contexte futur apparenté à la paix et non à un affrontement voilé ou à une guerre. Les relations avec Israël ne sont plus gérées par la guerre ou l'inimitié, ni par le partenariat en vue de convaincre de nouvelles parties de l'importance de se joindre à la marche de la paix, comme c'était encore le cas lors de la conférence de Madrid. Ce qui est nouveau et qui persistera pour longtemps, c'est une concurrence égypto-israélienne prolongée. Ce n'est ni une relation de guerre, ni une relation de partenariat, mais une concurrence entre les deux Etats qui se résume à savoir qui sera le plus capable de déterminer l'avenir du Proche-Orient. On dit que la remise en route du processus de paix garantit de nouveaux horizons et de nouvelles opportunités aux relations égypto-israéliennes. Mais les choses ne sont pas aussi simples. Nous devons nous référer aux relations étroites qu'on voulait permanentes entre la France et l'Allemagne à la suite de la seconde guerre mondiale. Ces relations ont été considérées comme l'exemple le plus éminent de la possibilité de l'établissement d'une paix sûre entre deux grands Etats européens, entre lesquels il y avait eu trois guerres sanglantes en moins d'un siècle. Mais aujourd'hui, il est ouvertement dit de ces relations étroites qualifiées d'intangibles et d'élément décisif pour l'édifice européen en entier, qu'elles sont exposées à de fortes rechutes au seuil du nouveau siècle. Israël constituera donc un nouveau défi, celui d'un Etat développé dans le nouvel ordre mondial. Un Etat développé sur les deux volets économique et technologique. Dans le domaine informatique, Israël n'a pas de concurrent à part les Etats-Unis. Israël constitue donc aujourd'hui un défi civilisationnel après avoir constitué pour longtemps un défi idéologique et militaire. Ceci ne doit pas être pris à la légère. Donc, faire face en Egypte à ce défi d'ordre civilisationnel nécessite un régime politique apte à investir au maximum les talents des Egyptiens pour qu'ils soient capables de s'engager dans de nouveaux combats, non pas militaires, mais plutôt civilisationnels et culturels. Or, ceci nécessite à son tour de manier le mieux possible la carte de la démocratie. Les défis sont aujourd'hui relativement différents de ceux qui existaient à l'époque de Nasser puis de Sadate. Mais à ce propos, une réalité s'impose, le régime politique en Egypte est toujours présidentiel. Ce régime était sans doute le plus approprié avec les défis des phases passées, puisque nous avions besoin d'une autorité centrale forte pour l'affrontement militaire avec Israël. Puis, cette même autorité était également nécessaire pour relever les défis de la phase suivante, le compromis d'après la guerre d'Octobre dans laquelle l'Egypte était seule, loin de toutes les autres parties arabes. Mais aujourd'hui, nous avons besoin d'une reformulation du régime politique en Egypte face aux nouveaux défis politiques. Ceci ne signifie pas que le défi représenté par les différentes formes du radicalisme islamique a disparu. Mais le danger qu'il représente est moins important. Un danger plus important occupe maintenant le devant de la scène. Aujourd'hui, l'Egypte s'engage dans deux courses principales : une course pour éliminer les conditions qui ont encouragé le développement du radicalisme islamique, et une autre avec Israël, face à la volonté de cet Etat de détenir seul les destins de la région. L'Egypte doit faire face aux deux défis ensemble. Si elle réussit à empêcher Israël de détenir les destins de la région, elle réussira à dominer le radicalisme islamique et vice versa. Cette question a été exposée au président Moubarak et au peuple par les partis d'opposition en Egypte, Al-Wafd, le Rassemblement, le Parti nassérien et le Travail dans un appel commun ratifié par les présidents des partis. Cet appel renferme de nombreuses requêtes, et en conclusion, ses signataires ont exprimé leur ambition de voir ces requêtes constituer « le premier pas sur la voie de la réforme politique et constitutionnelle radicale, de façon à favoriser le climat de transition en Egypte vers une république parlementaire, où le peuple sera la source de tous les pouvoirs. Une république basée sur un vrai pluralisme, où l'alternance est possible car le pouvoir repose sur des élections honnêtes. Une république représentée par un gouvernement qui s'appuie sur la confiance du peuple en ses représentants, qui se partagent la responsabilité ministérielle de façon à ce que le président de l'Etat soit le symbole de la patrie, et qu'il soit élu parmi plusieurs candidats pour au plus deux mandats consécutifs ». Cet appel n'est pas un défi lancé au chef de l'Etat. Ce défi est lancé d'un côté par Israël qui tente de devenir l'Etat n°1 de la région, et de l'autre par l'extrémisme religieux. Le danger totalitaire régressera parallèlement avec la capacité de prouver le succès à relever le défi israélien. Celui-ci nécessite une coopération entre tous, le gouvernement et l'opposition, les jeunes et les vieux, et l'ensemble de la société, avec en particulier ce qu'on appelle « la société civile ». Moubarak a 6 années devant lui pour réaliser cette transition requise pour que l'Egypte soit en accord avec une requête unanimement réclamée par les peuples : la démocratie et le pluralisme comme consensus souhaité par tous les peuples du monde, et ce dans le cadre d'un Etat de droit.
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