Attentat . Une défaillance sécuritaire a facilité l'attaque du 6 septembre contre le président Moubarak à Port-Saïd, selon l'enquête menée par le ministère de l'Intérieur.

Laisser-aller criminel
Des lacunes en matière de sécurité, un « baltagui » (homme de main) se transformant en auteur d'attentat contre le président de la République, la presse égyptienne ne manque pas de mettre l'accent sur ces deux questions et leurs implications politiques et sociales. Au lendemain de l'attaque, les journaux ont évoqué son caractère « isolé », mais se sont posés des questions sur les motivations de cet homme, Hussein Al-Sayed Soliman, connu sous le nom d'« Al-Arabi ».
Le quotidien Al-Wafd, le premier, révélait que cet individu avait fait partie des services d'ordre du Parti National Démocrate (PND, au pouvoir) lors des élections législatives de 1996 et qu'il avait « intimidé et usé de brutalités envers les candidats wafdistes et leurs partisans ». La même idée est développée par l'hebdomadaire Rose Al-Youssef, mais pour dénoncer les carences de la sécurité à Port-Saïd. C'est une véritable attaque en règle que lance le magazine contre les services de la police dans cette ville. Partant de l'idée que le président de la République est le symbole de l'Etat et que « toute agression contre lui est une agression contre la patrie », le magazine prétend que Port-Saïd est devenue une ville où la loi n'est guère respectée, ou les « baltaguis » se promènent librement, armes blanches en main, « et où les viols ont connu une recrudescence ces dernières années ». Et le magazine de mettre en garde contre ce phénomène dangereux. « Les terroristes ont commencé par des actes individuels à l'aide d'armes blanches avant de se constituer en groupuscules et organisations armées ».
La presse nationale, notamment Al-Ahram et Al-Akhbar, tout en mettant l'accent sur cet aspect, évoque aussi les perspectives d'avenir pour le nouveau mandat présidentiel. « Le changement n'est pas un but en soi, mais un moyen de donner de l'élan au progrès et d'améliorer le bien-être », souligne Galal Doweidar, rédacteur en chef d'Al-Akhbar. Celui-ci, tout en taxant de spéculations toutes les projections concernant ce changement, a souligné notamment l'importance de mesures « contre le laisser-aller », lequel prévaut à l'heure actuelle et qui est devenu « une caractéristique dans le comportement d'une partie de la société », a estimé Doweidar sans donner d'autres précisions, affirmant cependant détenir ces informations du président Moubarak lui-même. Une meilleure organisation de la société, telle serait la leçon de cet attentat.

Ahmed Loutfi

La sécurité mise en cause

L'attaque armée contre le président Moubarak, la semaine dernière à Port-Saïd, a été rendue possible en raison d'une grave défaillance sécuritaire. C'est ce qu'a révélé l'enquête menée cette semaine par une commission spéciale qui a été formée par le ministre de l'Intérieur, Habib Al-Adli. « Lorsque le chef de l'Etat se rend en visite dans un lieu précis, tous les anciens détenus doivent être rassemblés et placés sous surveillance, par précaution. Or, l'enquête a révélé que le chef de la police à Hay Al-Arab, où résidait l'auteur de l'attaque, n'a pas pris les précautions qu'il fallait. Avant la visite, les policiers s'étaient rendus chez Hussein Al-Sayed Soliman surnommé Al-Arabi, mais ils ne l'ont pas trouvé et n'ont pas cherché à le trouver », explique une source anonyme au sein de la commission d'enquête.
L'homme qui avait attaqué le président en le touchant légèrement à la main a été identifié par le police comme un « déséquilibré » qui suivait un traitement psychologique dans un hôpital de Port-Saïd.
Les services d'investigations criminelles sont, eux aussi, accusés de défaillance. « Le rôle de ces services est de placer des agents dans la foule pour surveiller de près le passage du cortège. Or, selon l'enquête, ces agents n'ont pas été vigilants. Ils étaient pris par le spectacle et le passage du cortège présidentiel », souligne la source.
Dans des déclarations au quotidien Al-Ahram, le président Moubarak avait lui-même critiqué les carences des services de sécurité, affirmant que tous ceux qui sont coupables de négligence devront rendre compte de leur conduite. Deux jours après l'incident, M. Habib Al-Adli a démis de leurs fonctions trois généraux de police dont le chef des services de Sûreté de l'Etat. 14 autres officiers de police ont été déférés devant le tribunal correctionnel pour négligence. Dans des déclarations faites samedi devant la Commission de la défense et de la sécurité nationale au Parlement, le ministre de l'Intérieur a confirmé la négligence de la sécurité. « Aucune mesure préventive n'avait été prise pour arrêter cet homme dangereux », a reconnu M. Habib Al-Adli. Pourtant, selon le ministre, 2 400 officiers de la sécurité et de la police secrète avaient été mobilisés pour protéger le convoi présidentiel. « Dans ce contexte, j'ai pris la décision de nommer un nouveau chef pour les services de Sûreté de l'Etat, et de muter le chef de la police de Port-Saïd et le chef des investigations criminelles à Port-Saïd », a déclaré le ministre. Le général Salah Salama, adjoint au ministre de l'Intérieur, remplace le général Hani Al-Ezabi à la tête de la Sûreté de l'Etat. Par ailleurs, le général Mohamad Farid Hassanein a été nommé à la police de Port-Saïd à la place du général Hassan Gébril. Quant aux investigations criminelles, elles seront dirigées par le général Azmi Badawi à la place de Mohamad Chaalane.


Négligence des gardes du corps

Il existe d'autres aspects négatifs qui ont facilité l'attaque contre le chef de l'Etat. « Premièrement, le choix de la rue du 23 Juillet pour le passage du cortège présidentiel n'était pas bon. Cette rue est très étroite, ce qui a empêché les véhicules de sécurité de circuler aux côtés du véhicule présidentiel. Ils ont été obligés de se placer devant et derrière la voiture du chef de l'Etat ».
Enfin, la lenteur des gardes du corps est à souligner. L'enquête a révélé en effet que l'assaillant est tombé par terre dans sa course vers le cortège présidentiel, et a eu le temps de se relever et de poursuivre sa ruée. Le président l'a repoussé à deux reprises avant que les gardes n'interviennent enfin. Les failles se trouvaient donc à tous les niveaux.

Chérine Abdel-Azim

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