Bourse égyptienne . La rénovation ne doit pas faire oublier qu'il faudra davantage qu'un changement de façade pour accéder au statut de grande place financière.
En attendant une rénovation
en profondeur

La Bourse se fait belle. A 20h, jeudi 16 septembre, le rideau sera levé sur la première phase de restauration de la façade. Une inauguration qui aura lieu en présence du président de la Bourse et qui coïncide avec la conférence Euromoney et la présence de nombreux investisseurs. Au-delà de la Bourse, toute la rue Chérifein a subi un véritable lifting.
De même, un nouveau tableau électronique comparable à ceux de Londres et de New York a été installé à l'intérieur du bâtiment. Un café, tout près de la Bourse, sera équipé d'écrans permettant aux investisseurs de suivre directement les évolutions du marché. Des salles de réunions ont été aménagées dans le bâtiment lui-même pour accueillir les hôtes étrangers. Le premier étage de la Bourse sera réservé à la collecte d'informations électroniques et au dernier étage, un balcon en verre permettra d'observer les activités dans la corbeille. 12 millions de L.E. ont dû être collectées, dont 5 millions offertes par l'homme d'affaires Rami Lakah, un million par Arab Contractors qui s'est chargée de la rénovation, le reste provenant de diverses sociétés d'investissements, d'hommes d'affaires et même de simples particuliers habitant le quartier.
Si la rénovation est appréciée par la plupart des opérateurs, ne serait-ce que sur le plan esthétique, elle se veut, selon les responsables du marché financier, le symbole d'une nouvelle ère. L'objectif est d'imposer une nouvelle place financière. Le ministère de l'Economie, le Conseil d'administration de la Bourse et l'Organisme du marché financier ont leur stratégie. L'ex-président de la Bourse, Chérif Raafat, qui en est le précurseur, s'est fixé trois phases qui constituent le cadre de la réforme pour la période à venir. Son successeur Sameh Al-Torgomane qu'il a personnellement formé suit ses traces et tente d'appliquer la stratégie définie. Il s'agit premièrement d'introduire un système de régulation plus efficace, de développer les ressources humaines du marché et de moderniser les équipements technologiques. La deuxième phase consiste en la promotion de l'Egypte à l'étranger afin de la présenter comme une place financière incontournable au Moyen-Orient et en Afrique. Enfin, il faudra opérer un changement radical des mentalités chez les investisseurs afin qu'ils mènent des actions sur le long terme.


Scepticisme des opérateurs

L'objectif affiché est partagé par tous les acteurs du marché. Mais beaucoup sont sceptiques quant aux chances actuelles d'y parvenir. Les opérateurs sont persuadés qu'aujourd'hui, le marché financier égyptien n'est pas compétitif. Il n'arrive même pas à lancer de nouveaux produits, comme les produits financiers dérivés ou les obligations émises par les gouvernorats afin de financer leurs projets.
Il souffre également d'un manque important de sociétés de courtage, alors que celles qui existent n'ont pas d'activités assez diversifiées. De plus, les courtiers sont toujours interdits d'accès au marché. Les entreprises spécialisées chargées d'informer le public sur la situation financière des sociétés cotées en Bourse n'ont toujours pas vu le jour. Le système de financement de la construction de logements grâce à l'émission d'obligations à long terme est toujours ignoré par le marché, alors qu'il remporte un franc succès dans d'autres pays. De plus, les assurances et les fonds de pensions, principaux facteurs de la relance des Bourses étrangères, sont encore trop timides sur le marché financier égyptien, avec à peine 1,5 milliard de L.E. d'investissements.
« Le marché évoluera peu si le climat entourant les investissements ne change pas de façon radicale », assure Hani Tewfiq, PDG de Global Management. « Les responsables du marché financier s'y sont mal pris. L'instauration d'un système informatique ne peut pas activer le marché. Il est nécessaire que l'économie égyptienne soit gérée par des jeunes, et les responsables actuels, qui réfléchissent encore comme dans les années 60, doivent être plus courageux face au retard accumulé, afin de réussir les privatisations. Le public doit être informé par une autorité compétente de ce qui se passe au lieu de se faire une opinion sur les rumeurs qui circulent. Les banques, qui sont actuellement de véritables bombes à retardement, doivent cesser d'octroyer des crédits à leurs clientèles alors que les garanties présentées ne sont pas suffisantes. La modernisation ne doit pas consister en de simples rénovations ou en la promulgation de réglementations difficiles à appliquer ». A bon entendeur, salut !

Rania Hassanein

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