Les pays émergents n'exercent plus la même séduction

Al-Ahram Hebdo : En tant que directeur des investissements du bureau régional de l'IFC (International Finance Corporation), que devrait être, selon vous, le rôle des investisseurs étrangers au sein de la Bourse égyptienne ?
Tarek Allouba : Dans beaucoup de pays émergents, dont l'Egypte, ce sont les étrangers qui ont inspiré le boom du marché des capitaux. En 1996, tous les fonds d'investissements internationaux s'intéressaient à l'Egypte. Plusieurs facteurs ont contribué à cet état de fait, tels le début effectif de la privatisation, le retour de la croissance économique et les bons indices macroéconomiques. L'économie égyptienne affiche une bonne santé depuis 1994, mais la communauté internationale ne s'en est rendue compte qu'en 1996.
— Est-ce aussi le départ des investisseurs étrangers qui a provoqué la baisse, puis la récession qui règne aujourd'hui ?
— Après la hausse, il était logique que les étrangers, afin de réaliser leurs profits, sortent du marché en février et mars 1997. C'était aussi le moment où les petits investisseurs égyptiens, attirés par les grandes marges de profits, ont commencé à s'introduire en Bourse. Les étrangers se sont retirés et les derniers arrivés ont subi la baisse des cours. Nous avons tous cru qu'il s'agissait d'une période d'ajustement, mais la situation s'est prolongée et malgré les bons indices de l'économie, la situation ne s'améliore pas.
— Malgré le rétablissement des économies asiatiques, la Bourse égyptienne n'attire pas un volume significatif d'investissements étrangers. Pensez-vous que cela soit lié à des problèmes internes ?
— Lorsque les investisseurs étrangers vendent des actions et rencontrent des difficultés à transférer leurs profits à cause du manque de dollars, ils n'investissent pas. Mais je crois que le problème est d'ordre général.
Les investisseurs n'ont pas encore retrouvé leur intérêt pour les pays émergents, celui d'avant la crise asiatique. Et puis certains marchés émergents comme la Russie et le Brésil ont entre-temps subi des problèmes similaires et les économies américaines et européennes enregistrent de bons résultats. Les dirigeants des fonds préfèrent logiquement investir dans ces marchés au lieu de prendre des risques dans les pays émergents.
— Qu'est-ce qui pourrait encourager un retour massif des étrangers semblable à celui de 96 ?
— Une décision ne changera pas le cours des choses ; la situation est plutôt liée à l'état psychologique des investisseurs. En 1996, il n'y a pas eu de décision particulière, mais une vague d'indices positifs qui a influencé le comportement des investisseurs et qui a fait que l'activité boursière est montée en flèche. Aujourd'hui, les investisseurs observent attentivement le marché égyptien sans s'engager concrètement. Plus les cours seront bas et plus les chances de hausse seront grandes.
Mais la décision d'investir demeure liée au facteur risque, perçu par les investisseurs, et il est actuellement très élevé en ce qui concerne les pays émergents. Lorsque l'équation changera, les investisseurs seront de retour dans ces pays, y compris en Egypte. Le phénomène est commun à l'ensemble des pays émergents.

Propos recueillis par
Yasser Sobhi

International . La Bourse égyptienne a toutes les caractéristiques d'un grand marché. Ou presque. 
Au seuil du
marché international

Flemmings, ING Barings, ABN Amro, Concord, Lazard, Morgan Stanley, Dan Witter et d'autres sont aujourd'hui présents sur le marché égyptien, la plupart sous forme d'une joint-venture avec des sociétés égyptiennes. D'autres banques d'investissement effectuent des opérations sur le marché égyptien, dont Merryl Lynch et JP Morgan. Les études concernant la Bourse égyptienne sont de plus en plus fréquentes parmi les rapports mondiaux. Cela ne correspond pas simplement à un regain d'intérêt. C'est aussi une preuve de l'internationalisation de la Bourse qui date de 1992, après qu'une loi pour la régir ait été instaurée.
D'une part, et malgré une tendance à la baisse, la part des investisseurs étrangers représente actuellement quelque 20 % du volume total des échanges boursiers quotidiens. C'est en 1996 et au début de 1997 que la présence des étrangers était la plus importante, avec environ 40 % du volume des échanges. Ce ne sont pas seulement des investisseurs américains et européens, mais aussi des pays comme le Maroc et les monarchies du Golfe. Les étrangers sont réputés sur le marché pour avoir réalisé les meilleurs profits en Bourse et pour s'en être retirés au meilleur moment.


L'arrivée des GDR

D'autre part, des sociétés égyptiennes ont réussi à s'imposer sur le marché financier mondial, en opérant un rapprochement de différentes Bourses, grâce au système GDR (Global Deposit Receipt). Ce système consiste à s'enquérir de certificats, à la place d'actions, qui peuvent être échangés sur la Bourse internationale. Six sociétés sont déjà cotées à la Bourse de Londres et une a été récemment enregistrée à celle de Luxembourg. Ces GDR sont très sensibles au développement et aux facteurs qui influencent les marchés internationaux. Une fois que les GDR de la CIB, par exemple, montent, le phénomène se répercute sur le prix des actions en Bourse égyptienne, et peut même déterminer pour une large part la tendance générale de la Bourse. Durant les six premiers mois de cette année, les GDR ont augmenté de 2,58 %.
En outre, 64 sociétés égyptiennes, représentant 70 % de la capitalisation du marché national, sont dans l'indice de l'IFCG (International Finance Corporation Global) depuis janvier 97, et 34 sociétés sont enregistrées au sein de l'IFCI (IFC Investable) qui est une référence majeure pour les investisseurs internationaux et qui détermine pour une large part les orientations des grands fonds d'investissement.
L'Egypte a réussi à accomplir ses premiers pas dans l'internationalisation. Mais son marché n'est pas encore prêt pour une intégration complète dans le système financier mondial. Si les turbulences du marché international mènent les responsables égyptiens à engager de très prudentes mesures, ils sont néanmoins déterminés à continuer dans la voie de l'intégration. La question est de savoir quand et comment.
Lors de la conférence annuelle « Euromoney », dans un paysage économique national globalement favorable, les responsables égyptiens auront donc à fournir une explication aux lacunes actuelles, concernant le dollar, les liquidités, et la balance de paiements.

Yasser Sobhi

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