| L'émergence de l'Egypte et du monde arabe | | C'est devenu une tradition. Avec le début de l'automne la saison la plus agréable , pour la troisième année consécutive, l'Egypte accueille la conférence d'Euromoney. Cette année, elle dure 3 jours, du 14 au 16 septembre. 1 000 participants sont présents pour aborder le thème « Les Economies émergentes arabes au seuil d'un nouveau millénaire ». Les discussions regrouperont l'élite des investisseurs égyptiens et arabes accompagnés de décideurs et d'experts économiques et financiers internationaux. Depuis que l'Egypte s'est vue attribuée le surnom de « tigre sur le Nil » en 1997, lors de la conférence du même nom, elle n'a pas manqué une occasion de conforter sa situation par rapport à ses voisins. « C'est sans conteste l'occasion idéale pour l'Egypte de se placer sur le devant de la scène et de présenter les avancées de son développement au monde entier », commente Mahmoud Mohieddine, conseiller auprès du ministre de l'Economie. Par ailleurs, « cet événement permet aux gouvernements arabes de présenter aux investisseurs de nouvelles opportunités, comme en 1997 lorsque le gouvernement égyptien avait annoncé l'introduction du système BOOT », explique-t-il. Ce système permet au secteur privé de participer, entre autres, à la construction de différents projets d'infrastructures, de communications, de transport et d'énergie. Cette année, les marchés financiers arabes seront le principal sujet, mais c'est en fait la deuxième fois que la conférence est organisée sur le même thème. L'année dernière, quand la crise financière asiatique et russe battait son plein, elle avait pour titre « Les Economies arabes et les paradis de l'investissement ». Les discussions se sont alors réorientées sur l'étude de l'impact de la crise sur ces économies, ainsi que leurs atouts, comparés au restant des pays émergents. Le fil des discussions se poursuivra dans le même sens cette année. « Il est important d'examiner notre propre situation dans un contexte, et non pas de façon isolée. C'est pourquoi il nous a semblé essentiel de traiter l'économie égyptienne dans son contexte arabe, qui est le plus proche et le plus important », explique Dalia Khalifa, membre délégué du groupe Global Capital. | | | Bourse égyptienne . La conférence Euromoney sur les marchés émergents dans le monde arabe se termine ce jeudi. Survol de l'état de la place du Caire. | La déprime malgré des cours attractifs | | Elle est la plus importante du monde arabe. Ses titres sont les plus attractifs et les moins chers de tous les marchés émergents, car elle possède le plus bas P/E ratio (prix sur bénéfices) et donne les meilleurs dividendes. Par contre, la récession y règne, et ce depuis février 1997. Les cours des actions n'ont pas connu de redressement significatif. Cette dépression dure plus longtemps que prévu, et amène aujourd'hui à beaucoup d'interrogations, en dépit de la santé de l'indice général de l'Organisme du marché financier qui vole de record en record (voir encadré sur les graphiques ci-dessous). « Les cours sont très attractifs. La courbe descendante continue et s'accentue, la tendance va s'inverser, mais on ne sait pas vraiment quand », confie Achraf Salman, directeur général du Groupe stratégique. En fait, « la récession va continuer jusqu'à ce que les conditions du marché s'améliorent et notamment le problème du dollar. Cependant, des indices permettent d'entrevoir le retour de recettes importantes en devises grâce au tourisme, au pétrole et au Canal de Suez », explique Ahmad Al-Helw, directeur général d'Intercapital. La semaine dernière, la Banque Centrale a lancé un milliard de dollars sur le marché. Le cours du billet vert, comme la pénurie, a régressé. De plus, pour réguler la situation, le gouvernement vient d'accepter, jeudi dernier, d'exempter les bénéfices provenant des investissements en titres financiers. Beaucoup d'analystes pensent que cette mesure aura un impact très positif. Restent cependant de nombreux problèmes de fonds à régler. En effet, plusieurs facteurs affectent le marché, troublant la confiance des investisseurs. La pénurie de dollars a été le principal obstacle qui a freiné les investisseurs étrangers. Car même si ces derniers réalisent quelques profits, ceux-ci seront grevés au moment de leur transfert. En outre, le manque de liquidité en livres égyptiennes accentue la récession et assèche le marché. Ce problème a plusieurs sources. Le gouvernement a lancé des bons pour soutenir l'intérêt sur la livre, et ce à hauteur de plus de 6 milliards de L.E. De plus, la décision des banques de refuser le financement de crédits pour l'importation de produits de consommation, sauf si l'importateur est en mesure de payer la totalité du prix de la transaction, a incité les grandes sociétés à se refaire de la liquidité sur le dos de leurs investissements en Bourse. Enfin, un important volume, traditionnellement disponible, est allé sur de nouveaux projets, dont les résultats concrets sont attendus à long terme. Tous ces facteurs ont accentué la pression sur les sources de financement, d'autant plus que le marché local représente la principale source de financement des secteurs privé et public, lesquels n'ont pas encore l'audace d'aller puiser dans le marché international. Mais il y a plus que les problèmes monétaires. Les décisions impromptues prises à plusieurs reprises par le gouvernement ont eu un impact négatif sur les prévisions du contexte et sur la confiance des investisseurs. La décision de limiter les ventes des magasins hors-taxes un an et demi après leur privatisation a affecté non seulement les sociétés égyptiennes en charge de leur gestion, et dont le capital est introduit en Bourse, mais aussi les investisseurs, troublés par ce changement brusque des règles du jeu. A cela s'ajoutent les mesures prises sans consultation préalable du marché, concernant la taxation sur les investissements des banques dans les bons du trésor, l'organisation du commerce et des prêts des banques. Quant aux problèmes techniques de la Bourse, des avancées considérables ont eu lieu, mais les investisseurs se plaignent de la durée excessive requise pour l'exécution de transactions à travers le système de compensation et de règlement. Les interruptions des activités boursières du Caire, pour cause de dysfonctionnement, ont rendu les responsables conscients de l'urgence d'une modernisation technologique de la Bourse. Bref, les investisseurs, quelle que soit leur importance, attendent des jours meilleurs. Mais comme l'assurent les experts sur le marché, dès que les cours seront de nouveau à la hausse, les capitaux effectueront un puissant retour. | | Yasser Sobhi Rania Hassanein | | | Retour au sommaire | |