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L'attentat contre le président
entre exagération et minimisation
par Mohamed Salmawy
Les citoyens égyptiens ont été bouleversés par l'attentat commis la semaine dernière contre le président Moubarak, bien plus que ne l'ont été nos respectables médias officiels. Alors que les gens étaient inquiets et bouleversés à cause de cet attentat aux dimensions et aux motifs encore obscurs, elle, s'est simplement contentée de diffuser la nouvelle de l'attentat suivie du communiqué officiel du ministère de l'Intérieur. C'est comme si cet attentat avait eu pour cible un responsable de l'administration locale de Port-Saïd.
La télévision égyptienne a certes précédé tous les autres médias en diffusant la nouvelle et en faisant donc un scoop avec le communiqué du ministère de l'Intérieur, mais elle n'a pu offrir aucun service journalistique au public assoiffé de connaître les faits. En revanche, les quotidiens, eux, ont réussi à publier le lendemain matin des informations détaillées, et certains ont même pu obtenir des déclarations exclusives provenant du président lui-même sur l'attentat, ses circonstances et son influence sur le cours des événements.
Il semble clair que, dès le début, les médias officiels ne voulaient pas donner de l'ampleur à l'attentat et lui accorder plus d'importance qu'il ne le méritait. C'est là une bonne décision que la télévision a certainement déduit — de manière directe ou indirecte — du comportement du président Moubarak, qui s'est contenté de panser sa blessure superficielle et de poursuivre le programme de sa visite sans aucun changement. C'était ainsi qu'il fallait agir.
Pourtant,
une différence existe — et j'ignore si la télévision en a pris conscience — entre l'exagération et la minimisation des faits. Il était possible, voire indispensable — sur le plan médiatique et politique — d'accorder un plus grand intérêt à cet attentat en lui consacrant le temps et les efforts médiatiques nécessaires pour pouvoir répondre aux questions du public. Les médias officiels, eux, ont opté pour la politique de l'autruche, alors que toutes les informations concernant l'attentat étaient transmises par d'autres canaux : médias étrangers, rumeurs, etc.
Nous aurions souhaité que la télévision égyptienne couronne son scoop repris par toutes les chaînes par un travail journalistique en bonne et due forme, à l'instar de la presse écrite. Elle aurait dû se rendre sur les lieux de l'attentat, enquêter sur les événements, le dossier judiciaire du coupable, sa personnalité et ses motifs, et réaliser un reportage sur la réaction du président lui-même. De plus, sur le plan international, il était insensé que le suivi se limite uniquement au dénombrement des messages des rois et présidents.
Il fallait prendre en considération les éventuelles répercussions de l'attentat sur le marché financier, les investissements et le tourisme. C'est le seul moyen de travailler de manière journalistique et de donner à l'événement sa juste valeur sans tomber dans l'exagération. En revanche, le fait de minimiser l'importance de l'attentat ou de l'ignorer complètement est le meilleur moyen de donner libre cours aux rumeurs et aux informations erronées. Le président Moubarak a sauvé la situation en prononçant un discours en direct à la télévision à la suite de l'attentat. Des agences de presse de renom, comme l'AFP et Reuter, ont annoncé que le coupable ne s'était approché du président que pour lui présenter une plainte et non pour lui porter atteinte. Cette information s'est avérée par la suite fausse. Mais il aurait suffi de jeter la lumière sur la véritable personnalité du coupable et ses penchants agressifs, afin de réfuter l'information diffusée par les agences de presse au vu du manque d'informations sur l'attentat.
Si la télévision égyptienne avait immédiatement dévoilé les dimensions et les détails de l'attentat au lieu d'attendre les communiqués officiels et de se contenter de les diffuser, les informations erronées n'auraient plus eu de place et l'attentat aurait été compris à sa juste portée.
Ce n'est pas l'espace médiatique que l'on octroie à un événement qui lui donne sa valeur, mais le fait de le couvrir correctement en n'omettant aucun détail. Le procédé adopté par la télévision soulève des questions relativement importantes sur la relation entre les médias et le gouvernement. Est-ce une relation de dépendance ? Ou bien est-ce une relation antagoniste ? A savoir que les médias auraient pour rôle de chercher les moyens d'attaquer et de s'opposer à tout communiqué ou à toute politique émis par le gouvernement.
Mais la relation adéquate entre les médias et le gouvernement ne se situe pas dans l'opposition ou dans la dépendance. Elle se situe ailleurs, dans une relation plus mûre et plus raisonnable, et surtout plus consciente du droit du peuple à connaître la vérité. Si les premières informations émises par les institutions officielles affirment que le coupable était atteint de folie et qu'il n'appartenait à aucun groupe politique, cela signifie-t-il qu'en diffusant ces informations, nous sommes parvenus à la réalité des faits. Ou bien devons-nous traiter ces déclarations comme l'élément d'une « énigme », et leur accorder la dimension qu'elles méritent, sans pour autant ignorer la globalité des faits ? Car les considérations des services de sécurité de l'Etat sont différentes de celles de la presse. L'objectif des déclarations des appareils officiels était d'affirmer que les groupuscules islamiques, dont l'un d'entre eux a commis l'attentat contre Sadate en 1981, n'étaient pas responsables de cet événement. Et cela est à 100 % vrai.
Il n'est pas suffisant que le coupable ne fasse pas partie d'un groupuscule extrémiste pour démettre les responsables de la sécurité de Port-Saïd de leurs responsabilités. Si ce même coupable avait déjà attaqué il y a des années, l'ex-gouverneur de Port-Saïd, avait fait au moins deux fois de la prison, portait une barbe islamique et sa femme le niqab, — femme à laquelle il ne permettait pas de sortir de la maison, qu'il frappait et injuriait régulièrement —, et enfin pensait que la société était athée comme il l'avait affirmé en attaquant l'ex-gouverneur de Port-Saïd, est-il important, après tout cela, qu'il soit membre actif d'un groupuscule ou non ? Les médias auraient dû traiter autrement ces réalités. Ils devaient faire une enquête sur les services de sécurité et leur position à l'égard de ceux qui ne sont pas membres de groupuscules terroristes, mais qui adoptent d'une manière ou d'une autre leurs idées. Car ils constituent en fait la deuxième ligne des groupuscules et une réserve éventuelle en hommes. Si ces personnes en question ont des casiers judiciaires bien chargés, pourquoi les laisse-t-on se promener ainsi dans les villes et les gouvernorats que visite le président de la République ?
La télévision avait une occasion rare, celle de devenir la seule source d'informations sur l'attentat durant toute une journée, avant la parution des journaux du lendemain. Dans le monde des médias, une journée est extrêmement longue. Elle permet de prendre les choses en main et d'avoir le contrôle des premières impressions du monde entier. Si la télévision avait saisi cette occasion, elle aurait réussi pour la première fois à diriger les médias du monde. La presse a ainsi réussi là où la télévision a échoué, à savoir donner à l'incident sa juste valeur sans ignorer les interrogations du public, ni exagérer les faits, ni non plus minimiser l'importance de l'événement.

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