| . | | Timor-Oriental . Alors que les Indonésiens et l'Onu discutent de l'envoi d'une force de paix, les massacres continuent. | | Massacres à huis clos | | Sous le poids de la pression internationale, le président indonésien Jusuf Habibie a fini par donner son feu vert, dimanche 12 septembre, à l'envoi d'une force de paix internationale pour « restaurer la paix et la sécurité » au Timor-Oriental. L'acceptation, la veille, par le général Wiranto, commandant en chef des forces armées et ministre de l'Intérieur indonésien, de recevoir la requête de la délégation du Conseil de sécurité à Dili (capitale du Timor-Oriental) avait laissé présager cet accord. Celui qui semble être l'homme fort du régime a dû être sensible à l'accusation des Etats-Unis de son implication directe dans les massacres perpétrés, depuis la victoire massive des partisans de l'indépendance le 30 août. Depuis cette date en effet, et malgré l'affirmation du président Habibie que son pays respectait le choix des Est-Timorais, les milices pro-indonésiennes, aidées de l'armée, se livrent à une véritable chasse à l'homme. En conséquence et face à la passivité de Jakarta, Washington a suspendu toutes ses livraisons de matériel militaire (d'un montant annuel de 46 millions de dollars), tandis que le Fonds Monétaire International (FMI) a gelé le programme daide de 460 millions de dollars accordé depuis la crise asiatique de 1997. | « Le diable se cache dans les détails » | | La seconde grave crise après le Kosova que doit affronter cette année la communauté internationale (le vote d'autodétermination s'est déroulé sous l'égide de l'Onu) est cependant loin d'être résolue. Cependant, l'approbation du gouvernement indonésien est pour l'instant verbale. Le fait que le général Wiranto ait demandé samedi aux membres du Conseil de sécurité « si le moment est approprié pour développer une force internationale » alors que le Timor-Oriental est à feu et à sang, en dit déjà long. Par ailleurs, M. Habibie a mentionné, dans la version indonésienne de son discours, que la force internationale agira « de concert avec les forces armées indonésiennes dans une coopération de sécurité », alors que cela ne figurait pas dans le texte anglais, ce qui a suscité des interrogations chez les diplomates. « Le diable se cache dans les détails », a mis en garde Sandy Berger, le conseiller pour la sécurité nationale du président américain Bill Clinton. Ce sont de ces « détails » dont discutent depuis lundi 13 septembre le chef de la diplomatie indonésienne Ali Atalas avec les membres de l'Onu à New York. M. Atalas a affirmé au secrétaire général Kofi Annan que son pays ne posait « pas de conditions » à l'envoi d'une force, même s'il avait une préférence pour que cette force soit en majorité fournie par les pays de l'ASEAN (pays du sud-est asiatique). Un conseiller du président indonésien avait reconnu que des soldats asiatiques seraient « mieux acceptés » par la population. Or, les associations humanitaires doutent de l'impartialité d'une telle force, car l'Indonésie est le pays le plus important dans la région. « Les liens entre les forces armées des pays du sud-est asiatique sont forts, les militaires se connaissent, le réseau est solide », explique Charles Santiago, délégué d'un centre de recherches socio-économiques basé en Malaisie. « Etant donné que l'Indonésie a assumé un rôle de grand frère au sein de l'ASEAN, il est fort possible que la force de maintien de la paix soit soumise aux intérêts du gouvernement indonésien », s'est-il inquiété. Dans le même temps, l'Australie a indiqué qu'elle était prête à déployer 4 500 hommes (sur 7 000) et à envoyer un premier contingent dans les 24 heures. Un autre sujet de discussion est la définition du mandat de la force de paix. Il est « essentiel d'avoir un mandat solide pour la force afin qu'elle soit efficace (...) nous ne voulons pas nous retrouver dans une situation du type de la Forpronu », a insisté Richard Holbrooke, ambassadeur des Etats-Unis à l'Onu et artisan des accords de Dayton en 1995, lesquels ont mis fin à la guerre en Bosnie. La force de paix de l'Onu n'avait pu alors empêcher les massacres, faute de mandat et de moyens pour agir. | La terreur dans les camps | | En attendant que l'Onu et Jakarta se mettent d'accord, la situation se détériore rapidement sur place. Le siège de la mission de l'Onu, dont il ne reste plus qu'une douzaine de membres sur place, brûlait mardi matin (14 septembre) à Dili. La veille, l'Unamet avait évacué les locaux et organisé l'évacuation des 1 500 personnes réfugiées sous son drapeau. Selon elle, sur les 800 000 habitants que compte le Timor-Oriental, 100 000 sont dispersés dans la montagne et plus de 70 000 autres sont réfugiés dans des camps au Timor-Occidental. Or, dans les deux cas, les vies des Est-Timorais sont en danger. Dans les montagnes, la famine menace. « Il y a des milliers de réfugiés dans les montagnes, qui se nourrissent avec des racines, ou avec ce qu'ils peuvent trouver sur place », affirme David Wimhurst, porte-parole de l'Unamet, qui envisage d'envoyer de la nourriture par largage aérien. Par ailleurs, l'horreur continue pour les réfugiés dans les camps contrôlés par les milices à l'ouest. « Des gens sont abattus en plein jour », raconte un témoin dans la ville frontière d'Atambua. Selon des témoignages concordants, les miliciens armés, qui contrôlent les camps, trient les déplacés et en emmènent certains vers des destinations inconnues. Des informations, non encore vérifiées, font état d'exécutions sommaires, les corps étant parfois ensuite détruits à l'explosif avant que leurs débris ne soient jetés à la mer. On ignore encore le nombre de victimes de ces meurtres, mais il est fort probable qu'il s'élève à plusieurs centaines de morts et non à 55 comme l'a prétendu l'armée indonésienne. En outre, au moins quatre prêtres et six religieuses ont été tués. Un porte-parole de l'organisation humanitaire catholique Caritas a déclaré que le directeur de la cellule de Caritas au Timor-Oriental, le père timorais Francisco Baretto, ainsi qu'une « grande partie de l'équipe de l'organisation humanitaire ont été assassinés ». LEglise catholique, qui est considérée comme un frein à lintégration du Timor-Oriental à l'Indonésie, où la majorité de la population est musulmane, constitue une des cibles privilégiées des milices anti-indépendantistes. | | Anne-Claire Kerbuf | | | Retour au sommaire | |
|