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OUA . Le sommet extraordinaire de l'organisation a opté pour une « union africaine » qui devrait voir le jour en 2001.
Entre rêve et réalité

Le sommet extraordinaire de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA), réuni les 8 et 9 septembre à Syrte à l'initiative du colonel Kadhafi, a décidé d'établir une « union africaine » conforme à la charte de l'OUA. L'acte constitutif devrait être solennellement adopté en 2001 à Syrte, lors d'un autre sommet extraordinaire. Cette union sera également basée sur le traité d'Abuja, signé en 1991, et établissant la Communauté économique africaine, indique la « déclaration de Syrte » rendue publique à l'issue du sommet qui a débattu des « importantes propositions soumises par le colonel Kadhafi et particulièrement de sa vision d'une Afrique forte et unie ». Le texte précise que la décision d'établir l'union africaine, qui devrait voir le jour en 2001, a été prise à l'issue de « discussions franches et exhaustives », laissant ainsi entendre que des réticences se sont fait jour.
Les 43 chefs d'Etat et de gouvernement présents se sont engagés à « assurer un rapide établissement des institutions prévues dans ce traité, telles que la banque centrale africaine, le fonds monétaire africain, la cour africaine de justice et, en particulier, le parlement africain », qui devrait être mis en place en 2000. Le conseil des ministres des Affaires étrangères de l'OUA devra remettre un rapport à ce sujet lors du 36e sommet ordinaire qui se tiendra en juillet 2000 à Lomé (Togo). Les dirigeants africains ont par ailleurs mandaté le président en exercice de l'OUA et chef de l'Etat algérien Abdelaziz Bouteflika, ainsi que le président sud-africain Thabo Mbeki pour qu'ils négocient « d'urgence » avec les pays créditeurs une « suppression totale » de la dette africaine. Par ailleurs, une conférence ministérielle africaine sur la sécurité, la stabilité, le développement et la coopération en Afrique se tiendra « dès que possible ».


L'Afrique au Conseil de sécurité

Partisan, au départ, de la création des « Etats-Unis d'Afrique », solution historique à ses yeux pour régler les conflits du continent noir, le colonel Kadhafi a fini par se rallier à l'idée de la proclamation rapide d'une « union africaine ». Par ailleurs, le dirigeant libyen a réclamé une place pour l'Afrique au Conseil de sécurité ou, à défaut, que les prérogatives de ce conseil, disposant du droit de veto, soient transférées à l'Assemblée générale des Nations-Unies. « Nous ne pouvons pas continuer à servir de décor à l'Assemblée générale, dépourvue de tout pouvoir, alors que l'Afrique représente près du tiers des pays membres de l'Onu », a déclaré le dirigeant libyen. « L’Africain est plus grand que le Russe, le Français ou le Britannique qui disposent du droit de veto au Conseil de sécurité », a souligné le chef libyen. Lançant une violente attaque contre « ceux qui ont traité les Africains comme des esclaves », le colonel Kadhafi a estimé que ces derniers « devraient s'excuser officiellement de leurs méfaits et verser des réparations pour les pertes en vies humaines et matérielles qu'ils ont causées ».


Un long chemin

En fait, pour beaucoup de dirigeants africains, le colonel Kadhafi précipitait les choses en proposant l'établissement d'une union africaine début 2000. Et le chemin vers l’union africaine n’est pas aussi court que semble le penser le dirigeant libyen, notamment parce que les souverainetés en seraient nécessairement affectées en cas d'union. Ainsi, pour l'ancien secrétaire général de l'OUA, le Togolais Edem Kodjo, ces transferts pourraient être réalisés « dans les domaines économique et social ». Et d'ajouter qu'il juge nécessaire de « repenser totalement » le concept de l'intangibilité des frontières. Cependant, M. Edem estime que le débat lancé est « un nouveau souffle, un pas en avant ». « Maintenant, entre ce qui sortira des résolutions finales et ce qui se fera concrètement, je ne suis pas sûr que nous aurons sauté le pas totalement », a-t-il prudemment ajouté.
Même prudence chez le chef de la diplomatie égyptienne, Amr Moussa, pour qui l'établissement d'une union africaine est un rêve lointain. Il a également considéré que le continent était marginalisé, non seulement pour des raisons externes, mais aussi pour des causes propres aux Etats africains. A cet égard, il a demandé aux gouvernements africains de modifier leurs attitudes dans les domaines politique, sécuritaire, social, culturel et sanitaire.
Le chef de l'Etat algérien, Abdelaziz Bouteflika, président en exercice de l'OUA, a pour sa part souligné que l’union africaine ne pourrait être atteinte sans paix, stabilité et réconciliation sur le continent noir. Afin de construire une Afrique unie, « la paix est indispensable et celle-ci naît de la concertation, du dialogue et de la tolérance », a-t-il conclu.

Linda Messaci

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