Expositions . Au Centre des arts d'Al-Guézira, Gamil Chafiq et Fathi Afifi explorent de nouvelles voies. Est-ce un exploit, ou bien seront-ils obligés de faire marche arrière ?

 

 








Les œuvres de Gamil Chafiq et de Fathi Afifi sont exposées au Centre des arts d'Al-Guézira, 1 rue Al-Marsafi, Zamalek. Tous les jours de 9h à 14h et de 18h à 22h. Tél. : 341 86 72.

Les explorateurs de l'art

Les Epaves de la mer. Ce n'est pas seulement le titre de l'exposition de Gamil Chafiq qui suggère la simplicité, la chose brute que le hasard a jetée au bord de la mer. C'est, d'une façon littérale, l'expérience du peintre (et sculpteur ?) Gamil Chafiq qui a collectionné, pendant dix ans lors de ses voyages aux bords de la Méditerranée et de la Mer Rouge, des bouts de bois qu'il a légèrement maniés en respectant l'identité de chaque pièce.
Des bouts de bois qui ont été sculptés par la nature, par la mer qui les a rongés, laissant une surface incrustée et travaillée naturellement, à moins que des algues ne les aient métamorphosés. « Cette pièce-là m'a inspiré impérativement le museau d'un poisson, bien qu'au début j'eus l'idée de faire des visages pareils aux visage du Fayoum », confie l'artiste en désignant un poisson brutal, sauvage, différent de ceux calmes et sages qui l'ont toujours caractérisé. Il se laisse donc s'évader avec ce que chaque pièce lui inspire ; ici, il met quelques retouches et laisse la forme naturelle s'imposer ; là, il peint des visages aux expressions très variées et qui sont un mélange de traits grecs, coptes, pareils aux visages du Fayoum. Ce projet rappelle la participation de Gamil Chafiq au symposium de sculpture en Roumanie, où il a composé des formes variées de poissons sur des minéraux marins. Mais là, l'expérience du bois lui permet un rapport plus intime, le bois qui respire le temps pose à l'artiste de nombreuses questions sur ce même temps.
Ces pièces retravaillées, posées sur des pieds-tiges, comme un tronc d'arbre relèvent-elles du décoratif, comme le chuchotent certaines voix ? Il est difficile de classer le travail de Gamil Chafiq. Il n'est pas de la peinture, non plus que de la sculpture. C'est là, le défi de l'artiste : créer une œuvre qui se situe entre les deux, à la fois une pièce qui dialogue avec l'espace et une toile qui repose sur la masse en bois. « Lorsque je travaille sur le bois, je le considère comme la toile, c'est-à-dire que je m'intéresse aux divers éléments de la composition, etc. Mais le bois a le privilège de me donner une texture ancienne qui défie le temps. C'est pourquoi l'œuvre riche de significations ne peut être comparée à l'œuvre décorative. L'une agit avec le symbole et l'autre avec le signe ».


Un regard d'enfant

Qui de nous a pu capter cette succession d'images fugitives ? C'est le souci de l'artiste qui tente de garder en nous la stupéfaction de l'enfant. C'est la tendance du Found sculpture, la sculpture trouvée au hasard, lancée par Jean Dubuffet (dans Ramasse Mousse). La tentative de Gamil Chafiq rappelle la contemplation d'un enfant, ou disons d'une personne romantique qui regarde la lune et les nuages et laisse son imagination dessiner des formes et des formes.
Un exercice à la fois difficile et amusant. Mais, à force de perfectionner ses œuvres, de présenter un travail accompli, le peintre qui a vécu tout seul ces exploits, cet étonnement enfantin, ne nous donne qu'à moitié la chance de les partager avec lui.
Dans la salle voisine, un autre peintre fait peau neuve, c'est Fathi Afifi. Connu par ces toiles en noir et blanc, Afifi s'aventure dans les couleurs et aussi dans de nouveaux thèmes. Auparavant, Fathi Afifi abordait un monde qui lui est très intime : les ouvriers. On voyait sur ses toiles l'apparition très minimale de l'homme, qui se réduit à de petites formes répétitives face à la domination de la machine. Ici, le peintre donne plus d'espace à l'homme, s'intéresse à sa vie quotidienne. Il nous montre des scènes de train de troisième classe, avec des gens simples épuisés en fin de journées, un homme endormi près de son bureau, des scènes mouvementées à la station de métro. En fait, Afifi a voulu rappeler aux gens qu'il est peintre avant tout, qu'il n'est pas graphiste, il a voulu donner aux coloris une fonction dramatique. A-t-il vraiment réussi sa tâche ?
« Je m'approche dans cette exposition d'un état conceptuel, et je pense que les couleurs peuvent atténuer le poids de l'idée sur la toile », avance Fathi Afifi. Ainsi, il recourt à une palette très claire, franche, mais sur des espaces limités. On a l'impression que l'aspect dramatique qu'on a reconnu dans ses toiles en noir et blanc avec son parfait usage du clair-obscur correspondait plus à son monde des usines, plein de contradictions. Aujourd'hui, il se noie dans des rapprochements conceptuels. Mais l'exposition, tel qu'il l'avoue lui-même, n'est-elle pas le laboratoire du peintre ?

Dina Kabil

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