Un esprit de combattante
, 5-9-2018


Elle a choisi de remuer l’eau stagnante, braver les défis pour faire face aux tabous. Marie Assaad a réussi à graver son nom dans l’histoire du mouvement féministe en Egypte. Très impliquée dans la lutte des droits des femmes et des marginalisés, elle a sacrifié sa vie à cette cause. Du féminisme à l’acte social en passant par son activité remarquable au sein de l’Eglise orthodoxe, Marie a abordé les questions litigieuses avec intelligence, prudence et fermeté. Et dans les différents secteurs où elle a oeuvré, elle a réussi à mobiliser la foule et à créer une opinion publique favorable aux causes qu’elle défendait.

En 2008, le gouvernement égyptien a promulgué une loi criminalisant l’excision (7 ans de prison). Le premier procès a eu lieu en 2015, et ceci, grâce aux efforts déployés par cette activiste. Très tôt, dans les années 1950, elle a commencé à faire des recherches sur l’excision comme une pratique sociale qui laisse un impact sur la santé physique et psychologique des femmes.

En 1979, Assaad a publié son étude phare sur la mutilation génitale féminine en Egypte et en Afrique, la première du genre à mettre en relief les facteurs sociaux et culturels qui expliquent cette pratique dangereuse et néfaste. Cette étude est devenue la base de travail du comité préparant la Conférence Internationale de la Population et du Développement (CIPD) en 1994.

Dans sa maison qui a réuni par la suite un groupe d’activistes engagés dans la lutte contre l’excision, elle animait un salon périodique pour combattre cette pratique. Devenu plus tard le noyau du taskforce, ce groupe de travail, mis en place par Marie et dont elle était la coordinatrice, devait se concentrer principalement sur cet objectif. Elle fut formée à l’anthropologie à l’Université américaine en 1965, où elle a travaillé comme chercheuse montrant sa capacité à diagnostiquer les problèmes, à détecter le potentiel de travail sur terrain et à motiver le travail d’équipe.

Selon un document publié par l’ONG La Femme et la mémoire, cette activiste a fait une relecture des religions avec une vision féministe. Un esprit rebelle et innovateur que cette activiste, née en 1922, avait acquis dans le contexte de sa naissance suite à la Révolution de 1919 qui a témoigné de l’ascension du courant libéral dans la société égyptienne.

Quand elle était élève à l’école américaine, elle portait soutien aux familles pauvres et aidait les malades atteints de la tuberculose. Des années plus tard, elle se retrouve une autre fois parmi les démunis, aux côtés des chiffonniers qui vivaient dans des conditions lamentables. Avec son état d’esprit de combattante, elle se lance dans le défi.

Membre fondateur de l’ONG de la protection de l’environnement au quartier des Zabbaline (chiffonniers), l’un des plus pauvres quartiers en Egypte au Moqattam, elle a pu jouer un rôle important pour améliorer les conditions de vie de ces gens et ce, durant 20 ans, en faisant du travail volontaire. Grâce à la promotion des méthodes modernes de recyclage des déchets au Caire, Assaad a pu aider la communauté des chiffonniers à recycler 85% des déchets collectés. Et ce, sans compter le programme qu’elle a établi visant à améliorer les conditions de santé, d’éducation, etc.

Au sein de l’Eglise copte orthodoxe aussi, Marie a laissé son empreinte. Bien qu’elle ait été membre de l’Association chrétienne des jeunes femmes (YWCA) à l’âge de 13 ans en 1947, il a fallu attendre 1953 pour que Assaad soit nommée la première femme égyptienne à l’Association mondiale des jeunes chrétiennes. Déterminée à vaincre l’impossible, en 1980, Marie Assaad a été élue secrétaire générale du Conseil oecuménique des Eglises à Genève, devenant la première femme à être nommée aux structures exécutives du conseil. Elle a contribué à mettre de nombreux problèmes féminins à l’ordre du jour, et a fourni de nombreuses études sur les femmes et le genre.