Ibrahim Abdel-Méguid : L’écriture est une vision et une prise de position par rapport à tout ce qui se passe autour de soi
Rasha Hanafy, 30-3-2016

romancier égyptien, Ibrahim Abdel-Méguid, qui figure sur la liste des nominations pour le prix Cheikh Zayed de la littérature, avec son autobiographie romancière Au-delà de l’écriture : Mon expérience avec la créativité.


Al-Ahram Hebdo : Votre récit Au-delà de l’écriture : Mon expérience avec la créativité figure sur la liste courte des nominations pour le prix Cheikh Zayed. Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à écrire cette autobiographie centrée sur l’écriture ?
Ibrahim Abdel-Méguid : Je trouve qu’il y a un manque réel de ce genre d’écriture dans notre vie culturelle. Il n’y a qu’une seule oeuvre de ce genre qui me vient à l’esprit. Elle a été réalisée par le poète égyptien, Salah Abdel-Sabour, sur la poésie, publiée en 1969 et intitulée Hayati fi Al-Chear (ma vie dans la poésie). Dans cet ouvrage, il parle de son expérience avec la poésie et le contexte de l’écriture d’un poème. Pourtant, ce genre d’écriture est très connu en Occident. J’ai donc pensé à présenter au lecteur, avec beaucoup de précisions, les coulisses de mes écritures et les conditions dans lesquelles sont nés mes romans. Et ce, non pas sous forme de confessions, mais plutôt en donnant mes opinions sur tous les sujets. Parce que l’écriture est une vision et une prise de position par rapport à tout ce qui se passe autour de soi. En outre, j’ai bien voulu montrer au lecteur comment se déroule le processus de créativité romancière chez l’écrivain, depuis le moment de la naissance de l’idée du roman jusqu’à sa publication. Je possède une longue expérience avec l’écriture, et je pense que le fait de chroniquer mes ouvrages donne plus d’explications sur les restrictions et les tabous que j’ai essayé de briser, notamment dans le procédé même de l’écriture.

— Certains critiques et romanciers pensent que le fait de présenter le monde sous-jacent de l’écriture diminue le côté imaginaire chez le lecteur en lui fournissant les réponses à toutes les questions. Qu’en pensez-vous ?
— Je ne suis pas d’accord avec ce point de vue. Au contraire, je pense que chroniquer l’écriture est au coeur du processus de créativité chez le romancier. En outre, ce genre d’écriture, qui explique aux lecteurs et aux critiques les circonstances, les raisons, les débuts de chaque roman, fournit des réponses à de nombreuses questions qu’ils peuvent se poser lors de la lecture ou de l’étude critique de l’ouvrage.

— Vous étiez le lauréat du prix Katara pour la littérature, en 2015, avec votre roman Adagio, vous étiez aussi déjà sur la liste courte des nominations pour le prix Cheikh Zayed pour la littérature en 2015, avec votre roman Houna Al-Qahira (ici Le Caire). Que pensez-vous des critiques que certains intellectuels ont formulées à votre encontre après que vous avez accepté le prix qatari ?
— Les prix littéraires sont reconnus dans le monde entier. C’est toujours encourageant (pour l’écrivain) et dans la grande majorité des cas, c’est la maison d’édition qui dépose les candidatures (pour les prix) après avoir obtenu l’accord de l’écrivain. A mon avis, ceux qui n’ont pas réussi à décrocher ces prix sont à l’origine de ces critiques. C’est vraiment déplorable ! J’ai souffert de ce genre de critique lorsque j’ai eu le prix Naguib Mahfouz, décerné par l’Université américaine du Caire en 1996. Il n’y avait pas de candidatures à l’époque, le lauréat était directement sélectionné par l’université. On m’avait alors critiqué et même accusé d’être un agent américain ! Je me rappelle qu’à l’époque, j’avais écrit un article pour dénoncer toutes ces accusations, et j’avais même choisi d’en rire en prétendant d’être espion pour la somme de 1 000 dollars. Mahfouz m’a défendu en rétorquant : « C’est fou de critiquer un prix qui porte mon nom, et qui a été remporté par deux grands écrivains tels Latifa Al-Zayat et Ibrahim Abdel-Méguid, des écrivains qui ont marqué la culture égyptienne et arabe ». Je n’ai pas d’autre commentaire .

Ma Waraa Al-Kitaba : Tagrebati Maa Al-Ibdae (au-delà de l’écriture : mon expérience avec la créativité) d’Ibrahim Abdel-Méguid, aux éditions Al-Masriya Al-Lobnaniya, 2014.



Prix Cheikh Zayed
Le prix Cheikh Zayed pour le livre a sélectionné trois ouvrages pour la liste courte de 2016. Le romancier yéménite Ali Al-Muqri, l’Iraqien Muhsin Al-Ramli et l’Egyptien Ibrahim Abdel-Méguid. Le lauréat et la personnalité de l’année seront annoncés en marge du Salon du livre d’Abu-Dhabi, du 27 avril au 3 mai prochain.